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LA COMMUNION

Du Moulin éprouve un sentiment douloureux en constatant que l'antagonisme porte ainsi le plus vivement sur ce qui devrait être au contraire le meilleur trait d'union entre disciples de Jésus-Christ : union, communion avec Jésus-Christ, union, communion avec les autres chrétiens1.

Mais l'Eglise romaine avait, si l'on peut dire, fixé le contour du dogme d'une manière de plus en plus accentuée ; elle avait tout fait pour attirer et même fanatiser sur ce point la pensée des fidèles : aux volumineux écrits des docteurs se joignaient, sur les murs des églises, les sculptures et les peintures à l'usage des illettrés, représentant le Christ réellement présent dans l'hostie et réellement sacrifié par le prêtre. A Paris tout spécialement abondaient les scènes de ce genre, avec l'intention nettement marquée de confondre les hérétiques : à Saint-Gervais, aux Billettes, etc. -.

Comme les artistes des siècles précédents, les théologiens du Concile de Trente avaient travaillé à mettre toujours plus en évidence le dogme comhattu par les réformateurs : « Les facteurs de sa Saincteté, » dit à leur propos Du Moulin, « ont telle-

tions : « 1° de la mission des pasteurs ; 2° du sacrifice de la messe ; 3° de la présence réelle du corps de Jésus-Christ en la Saincte Eucharistie. »

1. V Apologie pour la Sainte Cène débute par ces mots (p. 9) : « L'apôtre saint Paul nous parle de la table du Seigneur comme d'une obligation à concorde. C'est chose déplorable que ce qui est un lien d'union soit devenu semence de dissension En ce point nous avons de nostre costé non seulement la Parole de Dieu, la raison, le sens, l'expérience, la déposition des anciens, mais mesmes le tesmoignage de nos adversaires, lesquels en ceste matière semblent avoir peur d'estre creuz et ne s'entendent pas eux-mesmes ; es autres points la foy leur manque, icy la foy et le sens commun. 2. Du Moulin, Apologie, p. 22 : « Il est advenu, si on les croit, que l'hostie a seigné à grosses gouttes comme cela se void peint à Paris sur le frontispice des Billettes, où un Juif donne à la sainte hostie force coups de canivet, dont le sang sort en abondance, puis on la jette en une chaudière pour la faire bouillir, en laquelle puis après est trouvé un homme entier, c'est-à-dire Jésus-Christ lui mesme bouillant dans la chaudière. » — P. 26 : « Bellarmin dit que l'âne d'un hérétique par le commandement que luy fit Saint Anthoine de Padoue laissa son avoine et fit révérence à la saincte hostie, à la honte et confusion des hérétiques : et est ce beau miracle peint

à Paris au cloistre de Saint-Gervais Mais le susdit tableau dit que c'esloit

l'asne d'un juif. » Détails piquants : L'église des Billettes a été affectée au culte protestant deux cents ans plus tard (180!)), et dès le temps de Du Moulin un protestant, Salomon de Brosse, était chargé de compléter par un portail l'église de Saint-Gervais.

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ment haussé et magnifié cette transsubstantiation qu'elle est devenue la livrée et escharpe du papisme et le palladium de la Babilone 1. »

Bon gré mal gré on en revenait toujours là, comme au « fondement », au point central de tout le labyrinthe : dans les discussions savantes et longuement préparées, comme dans les conversations à brûle-pourpoint -, dégénérant presque en altercation, en présence de Madame, entre Lobéran — théologien peu subtil et Cayer, non encore ouvertement apostat !. Si un apprenti controversiste ne paraissait pas capable de lutter sur beaucoup de terrains, celui-ci était le seul sur lequel on 1' « entraînât » d'abord : « hors ce point, dit-on à M. Bouju, vous estes comme un poisson hors de l'eau 4. »

Dans son ouvrage spécial : Apologie pour la Sainte Cène du Seigneur, contre la présence corporelle, Du Moulin résume en 1609 l'argumentation qui se retrouve plus ou moins complète dans toutes les conférences d'autres auteurs réformés : après une discussion préliminaire sur les mots messe, cène, eucharistie, discussion agrémentée de remarques philologiques et historiques

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