‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 222 sur 558 · Discours, p · texte numérisé non relu

Discours, p

3. A propos du culte en général, tel qu'il l'a lui-même présidé naguère, l'ancien pasteur Gaver écrit : « J'adjouste pour une de mes propres raisons que les offices divins ne doivent point estre ainsi traictés avec profanité, comme il se faict entre vous » (Lettre à Damours, p. 19). Rotan (Response, p. 176) n'a pas manqué de s'inscrire en faux : « Aux exercices de la vraye piété auxquels nous nous employons, il n'y a profanation quelconque ; » et voici d'autre part la description de la messe, ou plutôt la caricature faite par l'ancien cordelier Bertrand d'Avignon (Déclaration, p. 32) : « Je représenteray les tours, retours, gestes, branles et mouvemens divers du Prestre chantant Messe, lequel se monstre tantost courbé, ores faisant un tourdion, puis s'arrestant au milieu de ses virevoltes, souventes fois demeurant tout court, et parfois marchant à petit pas, tantost il estend les bras puis les serre, maintenant il les hausse et soudain les baisse : ses doigts sont occupés sans cesse à faire croisades, souvent il marmonne entre ses dents et au contraire il crie tout haut après ceux ausquels il tourne le dos ; quelquefois il souffle des mots sur du pain et sur un calice, parfois aussi il faict du dormeur puis du reveillé qui souspire, sanglotte et soudain vient à chanter à haulte voix : per omnia ssecula sœculorum. Telles et infinies autres chimagrées ont-elles quelque chose de commun ou avec le très sainct sacrifice que Christ mourant a une fois faict pour nous ou avec le sacré mystère de la Cène du Seigneur '? Représentez-vous Jesus-Christ à table avec ses apostres, tourné vers eux, parlant en langue entendue de tous, leur donnant le pain sans l'eslever, distribuant les deux espèces à tous, etc. »

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Evidemment chacun des deux partis était scandalisé aussi sincèrement et aussi profondément de la façon dont l'autre parti comprenait et représentait le même mystère, de la façon dont l'homme, dans l'autre Eglise, traitait les choses de Dieu.

Les réformés croyaient encore défendre « l'honneur de Dieu » en combattant le rôle attribué au pape dans l'Eglise, comme ils critiquaient la place donnée au prêtre dans la messe. C'était là, comme nous l'avons dit, le second point sur lequel les controversistes sentaient bien qu'on ne pouvait se mettre d'accord.

Sans doute — nous l'avons constaté et le constaterons à mainte reprise - il existait dans l'Eglise catholique de France une tendance « gallicane » qui parlait volontiers d'une certaine liberté des évêques, d'une certaine indépendance des rois, d'une certaine autorité des conciles..., mais cette tendance existait, à notre époque, parmi les parlementaires plutôt que parmi les ecclésiastiques ; et dans le clergé parmi les moines plutôt que parmi les piètres séculiers : or ce sont les moines qui sont les champions attitrés du catholicisme, et parmi eux (pour faire nos cercles de plus en plus petits), ce sont surtout les jésuites qui formulent et défendent les dogmes catholiques dans les controverses avec les protestants. D'où il s'ensuit qu'une importance capitale est donnée, de plus en plus, aux dogmes particulièrement chers aux Jésuites ; ainsi l'autorité du pape auquel, par un vœu spécial, les fils d'Ignace de Loyola promettent entière obéissance.

Le dogme se précise parfois entre catholiques sur le champ de bataille même, en présence de l'ennemi : Cayer annonce à Du Moulin qu'il va parler « de l'adoration du pape... » ; l'expression — qui fait sursauter les protestants — semble outrée môme à un théologien catholique (un Carme) ; il prie l'imprudent « d'user d'un mot plus doux, » mais Cayer « et un docteur de Sorbonne qui lui assistait » maintiennent le mot « comme bon et souteitable1. >' De plus en plus s'affirme, en matière ecclésiastique

1. Narré, p. 9. Du Moulin prend acte, et rappelle ce précédent, quelques mois après, à M. Bouju : quant à l'adoration du pape, dit-il, « Cayer et la Sorbonne l'a maintenu, depuis peu, en la dernière dispute publique » (Cartel, p. 30). Deux ans auparavant (1600), à l'ancien jésuite E. de Beauval qui, devenu réformé, disait : « ('/est idolâtrie d'adorer aux pieds de notre saint Père le pape », Cayer répondait (Response, p. l.'î) : « C'est Dieu qui l'ordonne », et il citait un passage de l'Apocalypse (III, 9) où il ne s'agit, en réalité, nullement du pape.

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