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LA VOCATION DES PASTEURS

On reconnaît bien là un esprit ami de l'ordre en toutes choses, en religion comme en politique, sur la terre et « mesme au ciel. » 1! y aurait lieu ici de distinguer aussi parmi les membres des Eglises réformées deux tendances, deux courants d'idées qui se inarqueront plus nettement en France sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, au moment de la Révolution d'Angleterre : les uns, conservateurs plus respectueux des cadres de l'Eglise établie, les autres, « indépendants » et approuvant le mouvement plus radical des « non conformistes ». En 1610 Jacques Fr et Du Moulin sont d'accord pour proclamer qu'en fait d'organisation dans chaque pays l'Eglise a le droit de préférer le système le mieux en harmonie avec le tempérament national 1.

Cette question particulière de la hiérarchie, comme (fait plus surprenant) la question générale de l'Eglise, n'a guère été traitée qu'incidemment dans les controverses. Au contraire on a souvent pris comme sujet unique ou principal d'une conférence la vocation des pasteurs ou, comme préféraient dire les catholiques, la mission.

La succession apostolique est « la chaîne dorée descendue de Dieu, dont les poètes (qui estoient les prophètes des payens) ont tant parlé 2. » Faire remonter jusqu'à S. Pierre et aux autres apôtres, par le sacrement de l'ordre, cette chaîne ininterrompue des membres du clergé — quelle que fût l'indignité personnelle de certains chaînons — , c'était une des bases sur lesquelles reposait, pour les catholiques, l'idée d'Eglise. Comment, cette chaîne

1. Défense, p. 389 : « J'estime téméraire celui qui voudroit astreindre toutes les autres Eglises à la forme de police ecclésiastique pratiquée en son pays : ...bien loing du jugement charitable de Sa Majesté d'Angleterre qui, sur la fin de son livre, déclare qu'il n'entend aucunement condamner les Eglises qui ont une autre forme de police. »

2. Bkhulle, Discours, etc., p. 91. Cf. p. 104 : « En l'Eglise de Dieu, qui est l'image vive de la divine essence, pas un ne peut prétendre le pouvoir de communiquer cette divinité par grâce, que par la voie de la mission. » La vocation des pasteurs et la succession apostolique forment les deux tiers de la Réponse de Kotan à Cayer qui a écrit la même année la Tromperie des ministres. C'est aussi le premier sujet de la conférence et des publications à propos de Mme de Mazencourt (voir ci-dessus : Bérulle, Gontier, Du Moulin). Si la question de la vocation ne se trouvait pas incluse dans le programme primitif, elle s'y trouvait presque inévitablement introduite au cours de quelque incident : ainsi par l'Anglais Constable. à la lin île la conférence entre Du Moulin et Cayer.

une fois rompue, les protestants pouvaient-ils prétendre avoir des pasteurs, et ces pasteurs pouvaient-ils prétendre être les successeurs des apôtres (en tant que détenteurs de la vérité 0 ? Beaucoup de paroles ont été dites et beaucoup de livres écrits au sujet de l'article (XXXI) de la confession de foi des Eglises réformées, qui parlait de vocation ordinaire et extraordinaire '-. L'apostasie de certain pasteur Cayer par exemple" peut

avoir eu pour point de départ un doute sur la légitimité de son ministère dans l'Eglise. Les prêtres insistaient auprès des dames protestantes de la noblesse, plus sensibles aux avantages d'une société régulièrement constituée, sur ce fait que leurs pasteurs n'avaient pas qualité pour les conseiller, leur administrer les sacrements, etc. L Les pasteurs répliquaient d'ordinaire par deux arguments : quant à la doctrine, puisant la leur directement dans les écrits des apôtres; ils se sentaient autorisés à se dire leurs continuateurs plus légitimement que s'il y avait une série d'intermédiaires infidèles ; quant à la discipline, toutes les précautions étaient prises dans l'Eglise réformée pour suivre sur ce point aussi, en temps normal, les sages préceptes de l'Eglise primitive conservés dans l'Ecriture sainte. Seulement dans certains cas exceptionnels comme celui des réformateurs on admettait une vocation extraordinaire. Parfois on ajoutait des raisonnements plus subtils : Luther et les autres réformateurs,

1. Les jésuites seuls avaient parfois atténué la doctrine officielle : o Pressés par la force de la vérité ils ont esté contraints de recognoistre que la succession en l'Eglise est double : une des personnes, l'autre de la doctrine.. Les prétendus catholiques romains estiment que la personnelle est la plus nécessaire, » mais d'après les réformée « la vraie succession est la vérité de la doctrine de salut » (Rotan, Responce, p. 17).

2. « Nous croyons que nul ne se doit ingérer de son autorité propre pour gouverner l'Eglise, mais que cela se doit faire par élection, en tant qu'il est possible et que Dieu le permet. Laquelle exception nous y ajoutons notamment parce qu'il a fallu quelquefois, et même de notre temps (auquel l'état de l'Eglise étoit interrompu), que Dieu ail suscité des gens d'une façon extraordinaire pour dresser l'Eglise de nouveau, qui était en ruine et désolation. »

'.\. Pour lui, la première raison qui l'a amené à reconnaître dans l'Eglise romaine la véritable Eglise a été celle-ci : «La vocation du prétendue ministère est debatue et combatue de nullité, et enfin demeure atteinte et convaincue de faux » (Lettre à Humours, p. 8).

4. Les pasteurs ont « usurpé le ministère » etc. (Cartel, p. 56L Pour des raisons analogues le litre de « docteur en théologie » réformé est aussi nul que celui de pasteur (CAYER, Remonslrancc, p. 18).

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