LA VOCATION DES PASTEURS
ordonnés prêtres et reçus docteurs dans l'Eglise catholique étaient, en la réformant, restés fidèles à leur serment d'enseigner la vérité '. Ou bien au contraire, prenant l'offensive, le pasteur défiait à son tour le prêtre de rendre compte de sa propre vocation. A quoi tel d'entre eux répondait spirituellement : « Si nous n'avons pas de mission, les réformés n'en peuvent pas mesme apparemment prétendre 2. » Au fond, catholiques et réformés sont bien d'accord pour attribuer une extrême importance à l'institution du saint ministère dans l'Eglise, pour désirer qu'il ait toute l'autorité possible avec toutes les garanties désirables. Les catholiques au grand déplaisir de leurs adversaires, exploitent habilement ce fait qu'il y a toujours eu dans l'Eglise réformée une majorité conservatrice blâmant les tendances révolutionnaires d'une minorité qui exagère l'individualisme au détriment du bon ordre et de l'autorité du saint ministère. Bérulle cite une lettre de Bèze à un « perturbateur » (protestant dissident de Lyon) auquel il écrit : « Il n'est pas loisible sans vocation d'enseigner, beaucoup moins d'enseigner choses nouvelles \ »
La confession de foi réformée et les commentateurs de textes bibliques insistent sur la nécessité et la grandeur de la vocation : Bérulle en veut conclure que logiquement, les réformés devraient reconnaître que le ministère pastoral, tel qu'il est institué dans leurs Eglises, ne répond pas à ces préoccupations 4. Les controversistes protestants n'ont pas de peine à répondre que le clergé soi-disant fondé sur une base beaucoup plus ferme est encore beaucoup moins à la hauteur de la tâche. Les questions de per-
1. Du Moulin, Narre, p. 153 : « Luther avoit une vocation que ceux de l'Eglise romaine ne peuvent rejetter, car tout homme est ohligé d'accomplir son serment : Luther ayant esté esleu en l'Eglise romaine avec serment qu'il enseignerait la vérité de l'Evangile estoit ohligé d'accomplir son serment et d'enseigner la vérité laquelle depuis il a recogneue. »