RETENTISSEMENT DES CONTROVERSES
(« Messieurs du Tiers Etat », « Messieurs les Catholiques de Taris, » etc.) firent en réalité appel à l'opinion publique dans quelque Eglise que ce fût au-delà des frontières ; mais cela tenait aussi au caractère cosmopolite des auditoires : le nombre des étrangers en voyage ou en séjour à Paris était assez considérable. Aux conférences, nous avons signalé la présence d'Anglais dans les deux camps ; d'Italiens, d'Espagnols, de Portugais parmi les assistants catholiques ; de Hollandais et de Suisses parmi les protestants 1. Des deux relations faites après la controverse de 1002, l'une est rédigée par un gentilhomme écossais, l'autre est dédiée à l'archevêque de Cologne '-'.
Mais ni l'inscription d'un nom étranger sur la première page d'un livre, ni la présence personnelle d'auditeurs étrangers à la conférence n'étaient nécessaires pour assurer le retentissement d'une controverse au-delà des frontières, depuis les Highlands jusqu'au Rhin : chaque conférencier pouvait dire à Paris ce que Jacques Ier disait à Londres : « Notre controverse est générale 3. » Par le caractère des sujets traités, par la nature des arguments employés, les controverses parisiennes du début du xvne siècle étaient faites pour intéresser les esprits religieux de tous les pays, c'est-à-dire à peu près tous les esprits cultivés de ce temps. Et par ce rayonnement de la pensée et de la langue française les controversistes servaient, dans la capitale, un des desseins les plus chers d'Henri IV; ils contribuaient à placer et à maintenir la France au rang qu'il voulait lui donner en Europe : le premier.
Si grands que soient tous ces avantages, il serait faux de conclure cependant que les controverses n'aient pas eu aussi leurs inconvénients.
D'abord elles ont passionné les esprits — conférenciers et auditeurs — au point que les débats oraux sont maintes fois devenus impossibles, tellement les gens étaient surexcités dans la salle de conférence et jusque dans la ville4. Même dans les discussions par écrits, la violence des sentiments et des expressions a souvent atteint un diapason déplorable, et entraîné de fâcheuses conséquences, au point que le gouvernement jugeait nécessaire