Mémoires de Sully, t. I, p
5. De Fontainebleau, le jeudi « absolu » (jeudi saint, 18 avril), Henri IV écrit : « Je vous prie ne manquer pas de me venir trouver dès le jour de Pasques, si tost que vous aurés faict la cène à Ablon, où je donneray ordre qu'il s'y trouvera des chevaux de poste tout prests, car estant quasy tout seul en ce lieu, j'auray plus de moyen de discourir avec vous sans estre importune de personne. A Dieu, mon amy que j'aime bien. Henry » (B. h. p., 1854, p. 149).
6. Ci-dessus p. 177. (Mém. du duc de la Force, t. I, p. 387).
LE FILS DE SULLY ÉPOUSE M1,c DE ROHAN 325
n'avaient pas d'enfant l. Mais le roi s'y était opposé, « étant mal satisfait de Madame de Rohan » (la douairière). Un peu plus tard l'alliance du conseiller favori est recherchée pour Guy de Laval : sa mère était pourtant réputée pour sa fierté -, et il fallait bien que l'ancien petit gentilhomme beauceron fut devenu premier ministre pour qu'elle lui demandât une fille en mariage pour son fils... Ce fut en vain d'ailleurs. Rosny dit que c'était « trop d'honneur, vu le peu de mariage [dot] qu'il faisait état de donner à sa fille3. » Le projet, bien qu'appuyé d'abord par le roi, n'eut donc pas de suite. Après le jour de Noël où il rencontre à Ablon, le rival, bientôt plus heureux, M. de Rohan, le duc de la Force écrit à sa femme : « Cela est rompu, M. de Laval ne se trouva pas à l'assemblée. » Nous avons vu comment il devint catholique quelques mois après.
Il y avait cependant eu, semble-t-il, jusqu'à des promesses échangées, lorsqu'une nouvelle intervention du roi changea décidément la face des choses. Il se promenait avec son ministre, un matin de janvier 1605, aux Tuileries, sur la grande terrasse « du côté des Capucins » (qui subsiste encore en face la rue de Castiglione). Adroitement, il mit la conversation sur le chapitre matrimonial et engagea à « rompre doucement » les engagements réciproques, puis avec le beau-père et la mère de Laval. Peut-être est-ce à la conversion prochaine du jeune comte qu'il fit allusion en disant : « J'ay maintenant changé d'advis pour des raisons que je vous diray une autre fois. » Conseillant alors ce qu'il avait empêché naguère, il décida Rosny à accorder sa fille au duc de Rohan.
Madame de Mornay, grand-tante du fiancé, à laquelle, en cette
1. Cf. Saint-Simon (Mémoires, éd. de Boislisle, t. V, p. 221). « M. de Sully en faisant le mariage de sa fille représenta si bien à Henri IV l'honneur que cette branche de Rohan avoit de lui appartenir de fort près, et d'être même l'héritière de la Navarre s'il n'avoit point d'enfants, par Isabelle de Navarre, sa grand tante et leur grand mère, qu'il obtint un tabouret de grâce aux deux sœurs de son gendre, l'autre étant déjà mariée » (l'année précédente, au duc de Deux-Ponts).
2. Marbault (Remarques sur les Mém. de Sully, collection Michaud, If, 35) prétend que le roi n'avait nommé M. de Fervaques maréchal de France « que pour lui faire avoir en mariage [1599] Mme de Laval, qui ne voulait pas déchoir. » Un portrait de Mme de Fervaques, à la Bibl. natif, au crayon, porte la date 1595 (Exposition de portraits, etc., 1907, catalogue par M. Bouchot, p. 200).