LA PART DES PROTESTANTS DANS LA RESTAURATION DE PARIS
g 1. Les artisans de la paix politique et religieuse. - Henri IV, Sully et la « République chrétienne » (1606). — Intolérance générale en Europe. — Henri IV et Sully champions de la tolérance.
§ 2. L'embellissement de Paris. — L' « ami des bâtisseurs. » - - Les artistes protestants : architectes (les Du Cerceau) ; ingénieurs (Errard, etc.) ; peintres (Bunel) ; sculpteurs (Prieur) ; médailleurs (les Danfrie, les Dupré, les Briot). — Jardins et promenades. — Les ormes ou « Rosny » ; les mûriers (O. de Serres).
§ 3. Commerce et industrie. - - Laffemas et ses plans d'organisation industrielle. — Manufactures de tapisseries. — Les Canayes ; les Gobelins. — La teinturerie et le commerce du pastel. — Dessèchement des marais, mines, entreprises diverses.
g 4. Situation juridique des protestants. — Maîtres et ouvriers théoriquement égaux aux catholiques. — L'Eglise réformée incapable de posséder des biens dans Paris. — Artifices de procédure.
§ 1. Les artisans de la paix politique et religieuse
Plus nous étudions cette histoire de l'Eglise réformée de Paris, plus grand nous apparaît le rôle joué par ses membres dans l'histoire de la capitale restaurée sous Henri IV, et plus la construction d'un temple auprès des faubourgs nous semble se placer en cette année 1606 non pas fortuitement, mais par suite d'un concours de circonstances tout naturel.
C'est en cette année 1606 que Sully écrit au roi une longue lettre, plus tard retrouvée dans les « petites hormoires vertes » de son cabinet, et relative aux « magnifiques desseins » de république chrétienne formés par le roi et son ministre ; lointains précurseurs des pacifistes modernes et des diplomates délégués aux conférences de la Haye, ils rêvent déjà des Etats-Unis d'Europe ; bientôt de même Grotius, l'ancien élève de Du Moulin, qui accompagne, tout jeune, à Paris l'ambassadeur Oldenbarneveldt, ouvrira le chemin aux juristes apôtres de la Paix par le Droit. Entre
autres résolutions devant concourir à ses desseins, le roi avait pris celle de « tesmoigner plutost amour, pitié et compassion à ceux de religion contraire. »
C'est un éclatant « témoignage » de ce genre pour les protestants parisiens que le rapprochement de leur lieu de culte. Si précaire que nous semble aujourd'hui un tel état de choses, la liberté relative dont jouissait l'Eglise de Paris était déjà infiniment supérieure à ce qui existait dans les autres pays d'Europe à la même époque. La condition des membres de minorités religieuses était alors particulièrement dure dans les capitales. Les sujets catholiques, dans la plupart des états protestants, ne jouissaient pas de plus de liberté que les sujets protestant dans les états catholiques.
En Angleterre le souverain avait abandonné l'Eglise presbytérienne à laquelle il appartenait comme roi d'Ecosse, pour adopter l'Eglise de la majorité : en l'espèce, l'Eglise anglicane. Après la découverte de la conspiration des poudres (novembre 1905) on était en pleine réaction contre les jésuites. Un acte du parlement approuvé par le roi le 27 mai 1606 venait d'interdire au\ catholiques réfractaires au serment l'allégeance de paraître à la cour et de demeurer dans un rayon de dix milles de l'enceinte de la Cité de Londres 1. Naturellement il n'était pas question pour les catholiques, même assermentés, de célébrer le culte public à Londres ni aux environs. Pour empêcher ou atténuer ces mesures de répression violente Henri IV avait, mais en vain, fait adresser des représentations au roi d'Angleterre par l'ambassadeur français.
Aux Provinces-Unies les idées de tolérance seront de même défendues bientôt par un diplomate français, et il n'est autre que le commissaire à Charenton en 1606, Jeannin, au moment où il prépare avec Jean van Oldenbarneveldt la « trêve de douze ans » (1609). Il ne demande d'ailleurs pas la liberté du culte public, mais seulement « qu'on ne recherchât point les catholiques pour ce qu'ils faisaient dans leurs maisons ». « Le roi, disait-il, travailloit chez lui à éteindre par la paix les aigreurs qui naissent de la diversité des religions, et s'étant bien trouvé de ce conseil, il le donnoit volontiers à ses amis - ; » le conseil fut suivi : s'il n'y