‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 291 sur 558 · INTOLÉRANCE ORDINAIRE AU XVII" SIÈCLE · texte numérisé non relu

INTOLÉRANCE ORDINAIRE AU XVII" SIÈCLE

eut en droit rien de changé par une déclaration formelle, en fait « on toléra les catholiques en quelques provinces sans leur rien dire. » L'œuvre d'Henri IV et de Jeannin fut même plus durable à l'étranger que dans leur propre pays : et un protestant français, Benoît, écrivant après la Révocation, précisément en Hollande, peut envier la condition des catholiques hollandais : « Quoy qu'il n'y ait point de loy publique qui les maintienne, ils jouissent d'un repos dont on a privé ailleurs ceux à qui leurs souverains l'avoient promis par des Edits solennels. »

A Genève on était en plein régime théocratique ; les partisans de S. François de Sales étaient jugés aussi coupables que ceux du duc de Savoie ; la célébration de la messe était interdite, et le « magistrat » bannissait les gens indignes « de la communication des vrais fidèles 1. »

En France même, là où les protestants étaient en majorité, ils n'étaient pas toujours disposés à la tolérance, et restreignaient la liberté du culte public pour ceux de « contraire religion. » Précisément au moment où il vient de faciliter le rapprochement du temple malgré l'opposition des catholiques parisiens, Sully écrivait aux protestants rochelais de sages instructions inspirées des mêmes principes pour un cas analogue..., ou plutôt contraire, car les rôles étaient renversés : « Si les commissaires [de l'Edit] ont baillé [aux catholiques] une place pour rebastir un temple [une église] et que vous en soyez d'accord, vous ne les devez nullement empescher de bastir, mais si le lieu vous est incommode et suspect il faut essayer de leur en bailler un autre à leur contentement, sinon présenter au conseil requeste pour en estre ordonné, ayant ouï les raisons des uns et des autres 2. »

Ainsi la règle générale au commencement du xvn" siècle, dans tous les pays et dans toutes les Eglises, était que la majorité — de quelque religion qu'elle fût — empêchât la minorité de célébrer librement, ou du moins commodément, le culte public. La Réforme avait pourtant déjà fait avancer la cause de la liberté de conscience, en France notamment ; c'est l'honneur de ces

1. Registres du Conseil, 1601 et 1602 ; Reg. du consistoire du 26 août 160."). cités par E. Choisy, l'Etal chrétien calviniste à Genève au temps de Bèze, Genève et Paris, 1901, p. 454.

2. Mém. de Sully, II, 162. II a conservé l'habitude, courante au \\\" siècle, plus rare au xvn', d'appeler temple tout édifice consacré au culte, catholique aussi bien que protestant.

deux hommes (l'un appartenant encore, l'autre ayant appartenu à l'Eglise réformée) d'avoir devancé leurs contemporains et sincèrement travaillé partout à procurer à tous la liberté du culte. « Le pays où l'Edit de Nantes avait été promulgué et était honnêtement pratiqué marchait, on peut le dire, à la tête des nations dans la voie de la liberté religieuse 1. » Le « passe-droit » si équitablement accompli en faveur de l'Eglise de Paris devait avoir et eut en effet, comme tout ce qui se faisait dans la capitale de la Erance, un grand retentissement dans les provinces et à l'étranger.

§ 2. L'embellissement et le développement économique

de Paris

Si d'ailleurs, au point de vue des principes, la bienveillance d'Henri IV à l'égard des protestants parisiens est un épisode très conforme à sa politique intérieure et extérieure de ce temps, le fait de favoriser, aux portes de Paris, la construction d'un monument public tel qu'un temple (construction d'un genre alors tout nouveau) rentre aussi dans l'ensemble des mesures prises a cette époque par le souverain « ami des bastisseurs : » il se qualifiait lui-même ainsi dans une lettre adressée à Sully en 1607 2.

Ce fut, aux yeux de ses sujets, un des meilleurs titres à leur reconnaissance. « Sitost qu'il fut maître de Paris, on ne veid que maçons en besogne, » rappelle après sa mort un nouvelliste3. Et Malherbe, en 1008, écrivait à Peiresc : « Si vous revenez à Paris d'ici à deux ans, vous ne le connaistrez plus 4. » Sous ce règne, comme trois siècles plus tard sous l'administration des Delessert, des Haussmann, des de Selves, les protestants ont puissamment contribué à l'extension et à l'embellissement de la capitale. Sous Louis XIII elle sera plutôt enrichie d'édifices ecclésiastiques ; Henri IV, d'après les conseils de Sully, fit surtout construire ou reconstruire des bâtiments civils : ainsi l'Arsenal, le Collège de France, l'hôpital Saint-Louis ; la peste de 1000 fut précisément l'origine de cet établissement commencé en 1007 en pleine campa-

1. Histoire générale publiée sous la direction de MM. Lavisse et Rambaud, t. V (18051, les (/lierres de religion (1559-1648), par G. d'Avenel, p. 336,

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