IMPORTANCE DE L'ÉGLISE DE PARIS
Toutes les catégories sociales se trouvaient représentées dans l'Eglise de Paris, plus que dans aucune autre. « Cette Eglise, » écrivait le consistoire en 1600, « est comme un abrégé de tout le royaume. » Elle comprit, à toute époque, parmi ses membres permanents ou passagers, un nombre particulièrement grand d'hommes remarquables par leur mérite, leur fortune, leur rang dans la société, leurs fonctions clans l'Etat. Les portes du temple virent passer dans l'espace de deux générations l'élite du protestantisme français, partie essentielle de l'élite même du peuple français. A Paris comme ailleurs « les buguenots apportaient l'élément austère dans le grand édifice de l'unité nationale 1. »
En fait, sinon en droit — car elle subit toujours à regret cette conséquence de sa situation exceptionnelle — l'Eglise de Paris fut, en mainte circonstance grave, considérée par le gouvernement comme représentant l'ensemble des Eglises réformées de France. Elle servit de pierre de touche pour essayer des mesures de rigueur ou une politique de tolérance 2. Ses pasteurs accompagnèrent souvent comme introducteurs les envoyés des provinces auprès des autorités. Leurs sermons, assez fréquemment imprimés, exercèrent en France et hors de France une influence immense ; leurs écrits occupent dans l'histoire de la littérature, à un moment décisif dans la formation de la langue, une place des plus honorables et trop longtemps méconnue. Dans la plupart des quartiers de la Ville résidaient quelques protestants, et dans certains faubourgs, certaines rues, ils formaient la grande majorité des habitants.
Ainsi, à quelque point de vue qu'on se place, l'Eglise réformée constitue un élément non négligeable pour quiconque désire bien comprendre l'enchaînement des faits et l'évolution des idées à Paris et en France, dans les affaires religieuses, politiques, économiques et sociales, de 1598 à 1001.
1. Duc cI'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. III, p. 224.
2. Dans le même ordre d'idées on pourrait citer beaucoup de faits tels que ceux-ci : les mesures de police prises en cas d'inhumations de protestants au commencement du xvn° siècle à Paris sont bientôt recommandées à d'autres grandes villes (Lyon p. ex.) comme les meilleures possible ; le règlement de la chambre de l'Edit à Paris sera observé dans la chambre de l'Edit à Rouen (Arch. Nat., E. 2« fol. 1, arrêt du Conseil du 4 janvier 1600), etc.
10 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV
Depuis la Rot orme jusqu'à la Révolution, cette période est la seule où, (huis la cité grandissante, l'Eglise ait eu, elle aussi, un développement à peu près normal. Avant 1598 ce sont les commencements entravés par la persécution ; après 1661 ce sont les préludes des mesures de restriction systématique qui aboutiront en 1685 à la disparition officielle de l'Eglise.
Sans doute il y a eu avant 1598 telle époque où les protestants parisiens ont été plus nombreux, proportionnellement à l'ensemble de la population, qu'à aucune date comprise entre 1598 et 1661 ; sans doute ils sont actuellement plus nombreux, comme chiffre absolu, qu'ils ne le furent jamais alors ; mais ni avant 1598 ni après 1661 ils n'ont joué, en tant qu'Eglise, un rôle aussi appréciable dans l'histoire de la capitale et de la nation. Soixante-trois ans comprennent à peu près deux tiers de siècles ; bien des gens ont vécu d'un bout à l'autre de cette période et assisté aux vicissitudes de l'Eglise : telle personne baptisée aussitôt après l'Edit, dans un lieu de culte, a été mariée dans un autre, bientôt détruit ; ses enfants baptisés et mariés dans le nouveau temple vivront assez à leur tour pour le voir détruire ; telle autre personne a même pu assister à la Saint- Barthélémy, et ses fils seront témoins de la Révocation *.
Trois événements peuvent servir à jalonner pour ainsi dire l'étendue de cette histoire de l'Eglise réformée de Paris de ].~>!)<S à 1661, et à la diviser en quatre périodes ayant chacune sa physionomie propre : ce sont la mort d'Henri IV (1610), l'incendie du temple de Charenton (1621), et la mort de Louis XIII (1643).
Nous bornerons le présent volume à l'étude de la première phase : faisant commencer les préliminaires de l'Edit vers l'entrée d'Henri IV à Paris, nous en suivrons la promulgation ( l l'application par son auteur même jusqu'au bout du règne. Lorsqu'on envisage ainsi seize années seulement, on retrouve encore à la fin beaucoup des personnages qui agissaient déjà au commencement ; et cependant, tout en limitant notre examen
I. I);ms les derniers mois avant la Révocation, « des vieillards irréprochables el même catholiques déposoient avoir vu les assemblées aux années de l'I'.dit Apologie du projet des réformés de France pour la conservation de la liberté de conscience, La Haye, 1685, in-12, p. 237).