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LE BUDGET DE L'ÉGLISE

revendu en 1605 par Rucquidort), enfin le temple construit en 1003 1.

Ces propriétés étaient une source de dépenses, et non un élément de recettes. Or, pour subvenir aux besoins du culte et des pauvres, il fallait des ressources. Le Consistoire possédait, en effet, à Paris et ailleurs, quelques rentes et d'autres biens mobiliers et immobiliers.

§ 1. Recettes

Malheureusement nous avons grand peine à nous faire une idée quelque peu précise du chiffre et de la nature de ces ressources, la surveillance des autorités intéressées l'Etat et l'Eglise catholique -—, s'étant toujours exercée, au point de vue fiscal, de la manière la plus étroite possible à l'égard des réformés. Ceux-ci ont donc dû user de mille subterfuges : fidéicommis, interposition de personnes, etc., pour conserver la jouissance de leurs biens en sauvegardant les formes légales.

Le Consistoire, ou plutôt l'Eglise (car le Consistoire n'est jamais nommé, par exemple, dans les actes notariés de cette catégorie), possédait des ressources qu'on peut répartir en trois groupes : produits des dons et legs, contributions régulières des fidèles, collectes ordinaires et extraordinaires.

On a, dans des études générales, reconstitué ailleurs le budget moyen d'une Eglise réformée, au moyen de renseignements pour la plupart postérieurs à notre époque. Nous nous bornerons à résumer ci-après les documents que nous avons réunis sur l'Eglise de Paris de 1593 à 1600.

Sur les dons et legs nous avons des renseignements épais dans les biographies, lettres et minutes de notaires. Reaucoup de membres de l'Eglise enterrés ensuite dans les cimetières dont nous avons parlé, et même certaines personnes qui moururent loin de Paris, ne manquèrent pas (comme c'était l'usage parmi les catholiques aussi) de laisser quelque chose aux pauvres ou à l'Eglise dans leur testament. L'Edit de Nantes (art. XLII des particuliers) reconnaît formellement la validité des « donations et légal s faits et à faire, soit par disposition de dernière volonté ou entre vifs, pour rentretenement des ministres, docteurs, écoliers et pau-

1, Voir ci-dessus notre chapitre IV, p. KL"),

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vres, et autres causes pies. » Et un manuscrit de la main de S. Durant, pasteur à Paris à partir de 1000, nous a transmis u à « règlement pour les legs testamentaires » qui venait d'être établi par le Synode national de 1607 K On y conseille aux donateurs de faire consister leurs libéralités en deniers plutôt qu'en immeubles, et ces capitaux doivent être placés « au denier seize » en rentes sur les maisons communes des villes où les « principaux habitants » sont protestants : l'Hôtel-de-Ville de Paris ne figure donc pas sur la liste. Toutes les garanties possibles sont prescrites pour assurer le bon placement des fonds et l'emploi normal des revenus. Quant à la forme de l'acte, elle est laissée à la discrétion des donateurs ou plutôt de leurs notaires, cependant il paraît désirable qu'il y ait au moins dans chaque province une certaine uniformité dans les lignes générales : (« plusieurs provinces, » constate le Synode, « ont leur stile et forme de contrats fort différents ») et même un formulaire est, à titre d'indication, proposé comme pouvant être utilisé dans tout le royaume : il est conforme aux coutumes de l'Ile de France et nous ne serions pas surpris qu'il ait été rédigé en grande partie par quelques-uns des anciens de Paris, si experts en matière de procédure -.

En fait, quant aux dispositions essentielles, tous les testaments de cette époque sont a peu près sur le même modèle : profession de foi, indication du cimetière où l'on désire être enterré ; donations, etc. Voici par exemple les dernières volontés de Charlotte Cauchon, femme d'un simple entrepreneur du temple d'Ablon, Jehan Desfossés : on reconnaît de suite qu'il s'agit d'une huguenote à ce fait qu'elle n'invoque pas, comme telle autre testatrice contemporaine, la Vierge et les bons anges "- : « Pre-

1. Voir ci-après chap. III, .S 2, et appendice, Pièces justificatives, n° XXVI.

2. Ce formulaire s'applique aux donations « pour l'entretien du ministère. » Mais le préambule du règlement même prévoit l'autre catégorie de donations : « pour l'eut retenement des povres » ; dans les deux cas la donation doit être expressément affectée à une Eglise spéciale.

3. Ainsi Perrctte Isaac (avril 1606), d'après les minutes de M" U. Bourgeois, notaire catholique qui instrumenta souvent avec son collègue protestant François. La même étude (aujourd'hui Me Démanche) possède le testament, en date de janvier 1631, de Judith de Vivaretz, femme de Paul Cambier demeurant rue de la Harpe : « Premièrement recommande son finie à Dieu et le suplie lui remettre ses faultes ; item donne et lègue à damoiselle Gasparde de Vivaretz sa sœur la somme de mil livres ; item donne et lègue à Marguerite et Suzanne ses parentes la somme de soixante

mièrement a remercyé et remercye Dieu le Créateur de l'avoir créée et mise au monde, et aussi de l'avoir régénérée et donné congnoissance de son salut, et Jésus Christ nostre Seigneur et Rédempteur, croyant que pour l'effusion du précieux sang rcspandu de la croix pour les pescheurs racheptez, etc. » Suit l'ordre de l'inhumer au cimetière — alors tout récemment acquis

du faubourg Saint-Germain, puis une grande page de petits

legs à diverses personnes : trente livres à sa filleule, douze à « une pauvre fille nommée Suzanne Richer, » etc. *.

Le plus ancien legs à nous connu dont le Consistoire disposât au xvne siècle est antérieur à f589, époque vers laquelle il constituait à peu près le seul fonds d'une Eglise qui « n'était point. » Nous avons vu - comment l'existence de ce capital fut alors révélée à Du Moulin par son futur collègue La Faye. Celuici était « dispensateur de certains deniers que le général Portail luy avoit laissés en mourant pour les dispenser pour le bien et soustien de l'Eglise de Paris 3. »

Quel était ce « général, » c'est-à-dire trésorier général des finances 4 ? Probablement Rérenger « de Portail s » ou « Portai 6, » chevalier seigneur de la Pradelle, qui fut trésorier général, conseiller du roi et général de ses finances en la généralité de Toulouse. Son frère Jehan de Portai, viguier et chef du parti huguenot à Toulouse, y fut exécuté en 1562. Un acte de 1565 7

livres ; item donne et lègue aux pauvres la somme de trois cens livres laquelle elle veult leur estre distribuée promptement après son décès » (elle ne dit pas expressément par qui, ni où), etc.

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