APPLICATION DE LEDIT SELON SON ESPRIT
seils aux Rochelais, fait cette remarque : « La grande maxime observée dans l'exécution de l'Edit étoit de laisser les choses dans l'état où l'Edit les avoit trouvées, et de conserver à la religion réformée le privilège de dominante dans les lieux où elle en jouissoit au tems de l'Edit, comme la religion romaine y étoit maintenue à l'égard des lieux où elle n'en avoit pas été dépossédée. >
Vers ce même temps, aux cahiers présentés par les députés généraux le roi répondait dans ce même esprit « qu'on fît l'enregistrement de l'Edit dans les lieux où il n'étoit pas encore fait ; que les pauvres participassent indifféremment aux hôpitaux et aux aumônes ; que les officiers de Sa Majesté empêchassent les émotions populaires, et les injures de parole et de fait ; que le IVe des particuliers touchant la liberté d'assister les malades et les condamnez fût observé ; qu'on observât de même le IIe, qui exempte de contributions aux confrairies ; qu'on ne changeât rien à l'ordre établi pour la chambre de l'Edit de Paris *, mais qu'en cas de maladie, de récusation ou d'absence de celuy qui devoit servir dans la chambre, le plus ancien des cinq autres servît en sa place. »
Ce sont, en fait, six membres de l'Eglise de Paris — originaires de diverses provinces, mais fixés dans la capitale 2 — auxquels est formellement confirmée en 1606 la charge de veiller, avec le gouvernement, à l'observation de l'Edit.
Ces avis aux Rochelais catholiques, d'une part, et d'autre part ces réponses aux députés généraux intéressent très spécialement les protestants parisiens, et montrent combien Henri IV et Sully étaient en avance sur les idées moyennes de leurs contemporains. Beaucoup de Français (on ne peut dire : tous) ont aujourd'hui une conception encore plus large de la tolérance, de l'unité nationale, de la liberté et de l'égalité des citoyens, mais c'était déjà un progrès remarquable pour des hommes politiques, il y a trois siècles, d'en être arrivés au point où nous voyons le roi et son ministre.
Considérées à ce point de vue, les décisions prises à l'égard de l'Eglise de Paris prennent dans l'histoire de France et même dans
1. Les députés généraux demandaient « que les six conseillers réformez, ou du moins trois, servissent ordinairement à Paris dans la chambre de l'Edit, afin qu'il y eût assez de gens pour veiller à l'observation des édits » (Benoît, Hisl. de l'Edit, I, 437-4391.