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PROTESTANTS DE PARIS ET D'AUTRES CAPITALES

En pays tchèque la même question des édifices consacrés au culte se présentait, compliquée de rivalités de races et de langues ; mais la solution fut plus libérale qu'en Russie et même en France : « Le 15 juillet 1609 l'exercice libre de la Confession d'Augsbourg se fit dans un temple des Huissiers [lisez : Hussitesj lequel avoit esté longtemps auparavant fermé, et a esté la première fois que l'on a presché publiquement dans Prague en langue allemande 1. »

mai 1606 (B. h. p., 1868, p. 109). A cet ambassadeur, ou à l'un de ses prédécesseurs, le roi de France « instruit par les entretiens de Cotton, fit un jour le reproche que le Sénat permettait à Venise l'entrée des livres huguenots ; qu'il avait récemment entendu dire qu'il y était entré deux mille Nouveaux Testaments de fabrique huguenote. Là-dessus l'ambassadeur répondit qu'il n'en avait rien entendu, mais que Venise était une ville libre où toutes sortes de livres pouvaient être vus, lus et vendus, comme lui-même le permettait aux catholiques de son royaume. » Ce curieux renseignement sur la manière dont le roi, à Paris, s'intéressait aux affaires religieuses de Venise, est tiré du Journal de Voyage de Jean Diodati à Venise en septembre 1608 (br. in-8°, Genève, 1863, et B. h. p., 1866, p. 442 ; cf. lettre d'Odet de la Noue datée de Paris 24 avril 1608, B. h. p., 1867, p. 19). Mais le pasteur genevois fut déçu dans ses espérances : fra Paolo ne voulut pas se déclarer ouvertement pour la Réforme protestante : dès 1602 cependant il avait laissé à Venise le pasteur français Frégeville « prêcher le Christ » (aux Juifs, il est vrai : cf. Ephémérides de Casaubon, 9 des kal. de sept. 1603 et ci-dessus, p. , n. ). Jusqu'à la fin les réformés continuèrent à considérer P. Sarpi comme un allié, malgré la réconciliation de Venise et du pape par l'entremise d'Henri IV (1607). Après la mort de celui-ci une chanson protestante louera les Vénitiens d'avoir en 1606 chassé les Jésuites : « Venise a sagement d'un absolu pouvoir Chassé pour tout jamais ces traistres de sa terre Ces fusilz de dicord, ces trompettes de guerre. Il en faut venir là si tu désires avoir

Dominus tecum. »

Ce conseil adressé à la reine se trouve dans le Cabinet jésuitique, Cologne, 1682, in-16 ; B. h. p., 1894, p. 625).

Avant sa mort fra Paolo vit arriver à Venise (1620) et essaya en vain d'y retenir le futur pasteur de Paris Jean Daillé (/'Y. prot., 2" éd., t. V, col. 2.~>> ; le prédécesseur de celui-ci S. Durant avait alors un frère officier au service de la République : Ezéchiel Durant revint en 1631 mourir près de Venise dans son domaine d'Azola (Fr. prot., t. V, col. 1027). Les « singularité/ » de la ville en 1626 sont décrites par L. Aubery du Maurier que son précepteur Prioleau y avait conduit avant de devenir plus tard dans cette même Venise médecin du duc de Rohan (1630) et de se faire passer pour descendant du doge Priuli (Véritables faits cl gestes du seigneur B. Prioleau, etc., publiés par M. Réveillaud, Société des archives hist. de la Sainlonge, 1909, p. 45, 62. etc.). 1. Mercure de 1609, édition de 1619, p. 386.

C'est ainsi qu'on rend compte aux Parisiens de l'effet des « lettres de Majesté » par lesquelles l'empereur Rodolphe, en faisant quelques concessions, avait retardé de plusieurs années la guerre qui fut celle de trente ans. Même dans la capitale de l'Autriche les protestants purent, pendant un certain temps, assister au culte célébré dans la demeure particulière de quelques seigneurs, mais cette liberté leur fut vite enlevée ] et Du Plessis-Mornay avait trop tôt chanté victoire en écrivant à Rivet : « La religion est rétablie en Hongrie et Autriche. Le preschc mesme publiquement dans Vienne, ringenie Paulo V -. »

En ce qui concerne le transfert de l'exercice à Charenton, il est intéressant de constater que la gazette parisienne ne se borne pas à mentionner simplement le fait, mais en donne une double explication tout à fait conforme à la nôtre : le Mercure voit en effet là non point seulement une mesure de faveur relative à un cas exceptionnel, mais une application caractéristique de la politique générale du roi à cette époque :!. Ainsi à quelque point de vue que nous nous placions pour interroger les faits et les documents relatifs à un événement si peu considérable en apparence, nous en revenons toujours à une conclusion d'ordre tout à fait général : en autorisant la construction d'un temple à Charenton, Henri IV et Sully ont, en 1606, ajouté de solides assises au monument éternel de la liberté de conscience.

Seul de tous nos grands historiens, Michelet a vu toute la portée de cet acte, dépassant singulièrement le cercle restreint de l'histoire d'une Eglise locale ; seul il a déclaré que ce transfert d'un lieu de culte avait une importance capitale dans l'ensemble de l'histoire nationale à cette époque : « Le roi, dit-il, fit une chose courageuse : on ne peut se figurer quelle fut la violence des résistances. Ce simple rapprochement du Temple (sic), mis si près du centre, presque dans Paris, le prêche en ce lieu sonore,

1. G. Loesche, Geschichte des Protestantismus in Œlerreich, Tûbingen et Leipzig, Mohr, 1902, p. 47.

2. Lettre du 7 juillet 1608 {Mémoires de MoRNAY, édition de 1652, I, 192).

3. Mercure de 1606, édition de 1619, p. 364 : » Soit parce que le roy en ceste année leva toutes les modifications et restrictions qui avoient esté faites par les cours de Parlement sur l'Edit de Nantes ; soit pour la commodité du baptesme des petits enfans dont quelques-uns estaient morts en la longueur du chemin... »

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