‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 362 sur 558 · A CHARENTON · texte numérisé non relu

A CHARENTON

§ 1. L'établissement du culte. — Charenton vers 1606. — Développement du village et des établissements catholiques au xvnc siècle. — Opposition des seigneurs à l'établissement du culte. — Le propriétaire provisoire : M. de Châteauneuf (1605-6). — L'acheteur au nom des protestants : M. de Maupeou. — Mode d'acquisition. — Procès-verbal officiel.

— Premier culte. — Nouvelles protestations du seigneur. — Acte de foi et hommage. — Désignation d'un « homme vivant et mourant. » — Nicolas Bigot et sa famille. — Louanges pastorales. — Anecdotes moins favorables. — Le Bourgeois gentilhomme et l'Avare.

§ 2. Le lieu de culte. — Les abords. — L'emplacement. — L'Hôtel de la Rivière. — Les fondations du premier temple. — - L'aspect extérieur. — Description contemporaine. — Temples de la même époque. — Claye, Montbéliard. — Cloches, clochers et clochetons. — Pourquoi les temples n'étaient pas plus beaux. — Durée de la construction du temple de Charenton (1606-1608). — Ventes et locations faites par le Consistoire.

— La maison consistoriale. — Les boutiques des libraires. — Les Louanges de, Charenton.

§ 1. L'établissement du culte

En dehors de toute autre considérai ion, la désignation de Charenton comme lieu d'exercice s'expliquerait fort bien au point

de vue purement géographique. Depuis une haute antiquité, le passage du principal affluent de la Seine sur la rive droite, à une faible distance en amont de la « Cité des Parisiens, » a eu une grande valeur stratégique ; au cours de toute l'histoire de France, de nombreux combats ont été livrés de ce côté. En temps de paU c'était un point de transit commercial des plus importants poulies marchandises venues par terre ou par eau, et pour les voyageurs qui trouvaient là un dernier relai de poste avant Paris 1.

Un pont fut construit peut-être dès le temps des Romains, et à la tête du pont une tour fortifiée, puis quelques autres bâtiments (dont la poste) furent le noyau de la ville actuelle. Comme sur la route de terre, pour les piétons, cavaliers et voituriers, en ce point de jonction des routes de Bourgogne et de Champagne, il y avait aussi au confluent de la Seine et de la Marne un arrêt important pour la batellerie.

Loin d'être la ville populeuse que nous voyons aujourd'hui soudée aux faubourgs de Paris par une file ininterrompue d'habitations, Charenton, sous Henri IV, n'était pas encore ce qu'il devint avant la fin du xvnp siècle, un « gros bourg clos de murailles accompagné aux deux bouts de deux villages - : » Saint-Maurice sur la Marne, les Carrières sur la Seine ; à Conflans, Villeroy

1. Ainsi en 1601, après la conférence de Fontainebleau, Du Plessis-Mornay se fait « conduire par eau » à Paris ; et « il me manda, écrit sa femme, de me rendre à Charenton pour délibérer ensemble de ce qu'aurions à faire » (Mémoires de Mme de Mornay, I, 381). En 1607 et 1608 le petit dauphin venant de Melun par la route « est mené « Charenton chez M. Cenami gentilhomme lucquois » (Journal de Héroard, I, 277 : 31 juillet 1607 et 10 septembre 1608) ; c'était probablement un protestant : le 15 mars 1609 est baptisée au temple de Charenton « Marie fille de M0 Claude Ozanne et de Sara de Cenanne, » nom que je n'ai vu nulle part et qui doit sans doute être lu Cenami (B. h. p., 1872, p. 266). Chez ces mêmes hôtes peut-être Héroard ramène encore le dauphin en 1609 « par delà du pont en une maison qui est sur la pointe du chemin de Brie et de Villeneuve, » aujourd'hui sur la commune d'Alfortville à l'angle des routes nationales n° 5 et n° 19. Sous le règne de Charles VIII Marc Cename et Henri de la Rivière (sans doute un nom fortuitement analogue à celui du fief charentonnais) avaient disputé l'office de payeur des gages des officiers de la chambre des comptes et d'huissier près ladite chambre, à Jacques Erlant qui en était pourvu (lettres de Charles VIII au Parlement, 17 février 1497 ; supplément aux lettres de Charles VIII, publié par M. B. de Mandrot dans VAnnuaire- Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1907, p. 232 ; cf. Lettres de Charles 17//, t. I, p. 251 ; n° clviii).

2. MORÉRI, Dictionnaire, éd. de 1699. Bayle ne consacre pas à Charenton d'article spécial (cf. t. II, p. 661 a), ni Chauffepié non plus.

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