CHARENTON EN
avait une « belle maison 1. » Charenton même, en 1600, était à peine un village, et « l'un des plus misérables du royaume. » Redouté alors comme une calamité par les seigneurs et habitants, tous catholiques, l'établissement du culte protestant fut au contraire l'une des principales causes du développement extraordinaire de ce pays qui, sous le régime de l'Edit et grâce à lui, devint « des plus considérables et des plus riches -'. »
Il s'y constitua alors une paroisse catholique importante, couverte d'établissements monastiques toujours plus nombreux : mais en 1000, dans le pauvre village dépendant de la paroisse de Conflans, il n'y avait point de curé, peu ou point de moines ni de nonnes : carmes déchaussés, religieuses du Val d'Osne et autres, vinrent se fixer dans ces parages pour contrebalancer l'influence protestante : vers 1002 nous avons vu les Frères de Saint-Jean de-Dieu installés par la reine à la Charité près du cimetière protestant du faubourg Saint-Germain ; peu après, deux d'entre eux viennent s'établir sur le fief de la Rivière : leur maison est devenue, par des transformations successives, l'asile national d'aliénés.
Abstraction faite de toutes ces additions ultérieures, que reste-t-il à Charenton en 1000 ? fort peu de chose : quelques maisons sur la route, du côté de Paris, des cabanes de pêcheurs et de bateliers le long de la Seine, dans la direction de Bercy et la Râpée, et aussi sur la Marne où se trouvent plusieurs îles avec des moulins 3.
Tout près s'élèvent deux résidences royales : les châteaux de Vincennes et de Saint-Maur, et lorsque la cour s'y trouve on interdira la fréquentation du temple de Charenton à tel grand seigneur protestant mal noté : ainsi en réponse à une demande de Sully, en faveur du duc de Rohan, semble-t-il, Marie de Médicis lui adresse, de Saint-Maur, en 1007, ce billet contresigné Philip peaux : « Mon cousin, le Roy m'avoit dit que la personne dont vous m'escrivez ne viendroit point à Charenton à cause de notre
1. P. Caybt, Chronologie septénaire, 1. II, p. 92 de l'édition de 1611.