‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 365 sur 558 · PROTESTATIONS DES SEIGNEURS DE CHARENTON · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS DES SEIGNEURS DE CHARENTON

truit de La volonté du roy, sur les bruits confus qui se répandoient, veilloit continuellement que les religionnaires n'eussent entrée dans son bourg pour y faire aucune acquisition, et son zèle pour la religion eut tant d'effet que pendant plus de six ans il leur fut impossible d'exécuter leur entreprise *. »

Le 22 juillet 1606, en sa qualité de seigneur haut justicier catholique, il adresse une requête au roi prétendant s'appuyer sur les édits (celui de Nantes n'est pas expressément nommé) contre l'établissement projeté du culte protestant sans son autorisation. Mais le roi passe outre et, se trouvant à Fresnes à deux lieues à l'ouest d'Ablon et trois au sud-ouest de Charenton, signe les lettres patentes du 1er août, « nonobstant oppositions ou appellations quelconques » dont il réserve la connaissance à son conseil. Dès le lendemain, et de nouveau le 7 août, Jean le Bossu vient en personne se plaindre au prévôt des marchands et aux échevins de Paris qui se bornent à donner acte de la protestation -.

« Il supplioit très humblement Sa Majesté deffense estre faicte de faire aulcun exercice de ladite religion prétendue au dedans de sondit village et es environs, et d'aultant qu'il semble que cela concerne l'interest du publicq mesme de ladite ville en advertissoit lesdits sieurs prevost des marchans et eschevins, pour adviser et considérer s'il etoit expédient pour le debvoir de leur charge d'en faire de leur part très humble remonstrance à Sa Majesté •:. »

1. «, Extrait des registres du Conseil d'Estat sur la requeste présentée au Roi en son conseil par François le Bossu, seigneur de Charenton, 7 juillet 1687. » (Papiers Ch. Read, Bibl. hist. prot.).

2. « Verbal à cause des poursuites faites par les religionnaires, etc., » publié B. h. p., 1854, p. 422, d'après les Registres de l'Hôtel de Ville, H. 1794, f° 126.

3. Aux Archives nat. le dossier concernant cette affaire a disparu : ancienne cote TT 321, actuellement TT 240 : « Pièces touchant l'exercice de Charenton » (de 1562 à 1671». Il ne reste que la table donnant les indications suivantes : « Lettres patentes de Henry 4 pour l'establissement de l'exercice, 1er août 1606. — Oppositions de Me Jean Le Bossu, sec" du roi et seigr de Charenton, des 2 et 7 aoust 1606. — Déclaration de M. de Maupeou intendant des finances que le lieu par luy acquis à Charenton est pour et au nom des habitans de Paris faisant profession de la R. P. R. du 23 aoust 1606. — Procès-verbal des srs de Laubespine de Chasteauneuf et Jeannin de Montjeu, conseillers d'estat, d'est ablissement de l'exce de la R. P. R. à Charenton, du 26 aoust 1606. — Acte de foy et hommage de ceux de la H. P. R. au s' le Bossu, sju- de Charenton Saint-Maurice, du fief du Thérouaune autrement dit la Rivière, où se fait l'exce de lad. religion, du 4 octobre 1606. — Aete du mesme jour de protestation par le sr le Bossu que la réception de foy et hommages et payement de droicts ne luy pourra ouvre ni

Fait intéressant qu'on n'a pas relevé jusqu'ici : le propriétaire du terrain que voulaient acheter les réformés était précisément l'un des exécuteurs de l'Edit, le commissaire protestant nommé par le roi, M. de Chàteauneuf : cette circonstance put contribuer à faire choisir Charenton plutôt qu'Ivry 1. Ou peutêtre même Chàteauneuf était-il devenu acquéreur tout exprès pour faciliter la négociation : en effet il était propriétaire depuis un an à peine (30 septembre 1005 : aussitôt après l'assemblée de Chàtelleraut, close le 9 août), lorsqu'il revendit, le 23 août 1006, à son collègue au Conseil d'Etat Gilles de Maupeou, protestant depuis six ans seulement et qui par le zèle déployé en cette affaire était évidemment heureux de montrer la sincérité de son adhésion à l'Eglise réformée.

Il remplit très utilement à Charenton, au point de vue juridique, un rôle d'intermédiaire analogue à celui que M. de Ruquidort avait naguère joué dans les contrats relatifs aux premiers immeubles d'Ablon 2.

Trente ans après, Du Moulin, dédiant à M. de Maupeou la première Décade de ses sermons (1030) lui rappelle la situation importante qu'il occupait dans les affaires de l'Eglise et dans celles de l'Etat : « Je ne me souviens jamais du temps auquel je servois à Paris, que vous ne reveniez à ma mémoire. Je me représente les jours èsquels la douceur de votre conversation et les témoignages de vostre bienvueillance m'estoyent en encouragement. Alors vous estiez élevé aux grandes charges et vaquiez avec fidélité et intégrité aux plus importantes affaires du

préjudiciel* pour que defïenses soient faites à ceux de la R. P. R. de faire l'exercice au-dedans de sa paroisse. » Heureusement le texte des pièces manquant aux Archives peut être reconstitué grâce aux manuscrits de la Bibliothèque nationale (fr. 20965), aux minutes du notaire François, et à des recueils imprimés : J. Lefèvhe, Recueil de ce qui s'est fait en France de plus considérable contre les protestants depuis la Révocation, etc., Paris, 1686, in-4° ; — Ch. Read, le Temple de Charenton, B. h. p., 1854, p. 422. Cf. O. Douen, la Révocation à Paris, t. I (1894), p. 111. Le texte que nous publions aux Pièces justificatives (XVIII) est plus correct et plus complet que celui de M. Read.

1. M. Douen (Révoc. à Paris, I, p. 113) dit à tort : « Le Bossu fut contraint de vendre au consistoire une partie de son domaine ; » la vente ne fut pas faite « au consistoire » et surtout la famille Le Bossu ne possédait plus que certains droits seigneuriaux, mais non le terrain même (jadis possédé par un ancêtre maternel de J. Le Bossu, le chancelier Olivier qui fut au service de Marguerite de Navarre et ami de Michel de l'Hôpital).

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