‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 415 sur 558 · Journal de l'Estoile, p · texte numérisé non relu

Journal de l'Estoile, p

'2. Ephémérides, p. 697.

3. Bib. soc. hist. prot., nus. n° 59. 200 feuillets, avec encadrement de traits à l'encre rouge à toutes les pages. Le texte des articles de la discipline est en plus gros caractères, les décisions des synodes, et les notes

l'arminianisme l(.»1

aux principes de son Eglise, il les a maintenus d'une part contre les catholiques, d'autre part contre les arminiens.

§ 3. Attitude à l'égard des pasteurs arminiens

Les cinq pasteurs qui ont exercé leur ministère dans l'Eglise de Paris sous Henri IV : Lobéran, La Faye, Couët, Du Moulin et Durant, étaient fermement attachés à l'orthodoxie calviniste la plus stricte, et c'est également le cas de presque tous les autres prédicateurs, venus de la province ou de l'étranger, admis à prêcher à Ablon ou Charenton pendant leurs séjours à Paris.

Deux ou trois cependant font exception, et il nous faut en parler, non pas à cause d'eux-mêmes qui n'appartiennent pas à l'Eglise de Paris, mais à cause des idées qu'ils représentent, idées qui commencent alors à intéresser quelques personnes (très peu nombreuses d'ailleurs, semble-t-il) parmi les membres de cette Eglise.

Ce n'est pas ici le lieu d'étudier la lutte contre la doctrine de la prédestination ou arminianisme, une des questions théologiques les plus importantes et les plus difficiles. En Hollande même, où elle a pris naissance, c'est plus tard seulement qu'elle

marginales — très nombreuses — en lettres microscopiques. En titre : o La } discipline } des Eglises [ reformées \ de France] esclaircie el \ confirmée [ par plusieurs articles ex- | traits des synodes | nationaux. \ A | Paris i l'an de grâce | MDCXIII J S. D. G. | D'une main différente, et d'une écriture plus récente : B. Mss. de Monsieur Durand Pasteur.

Les matières sont réparties en quatre livres : « I. Qui traitte des personnes ayants charge. II. Des consistoires et synodes. III. Des assemblées ecclésiastiques composées du peuple et des pasteurs, et des exercices sacrés et ordre à y observer. IV. Meslinges et matières qui n'ont peu estre réduites à certains chefs généraux. » Les pages 152 et 153 sont occupées par le règlement pour les legs testamentaires, les p. 154 à 182 par des décisions synodales qui n'ont pas trouvé place à la suite des divers articles auxquels elles se rapportent. Le texte donné par Durant diffère souvent quant aux mots (non quant au sens général) des textes qui ont été plus lard imprimés. Ainsi le Règlement pour les legs testamentaires a été publié par Aymon (Synodes nationaux, t. I"1 ; La Haye, 1710) à la suite des décisions du synode de la Rochelle (l(i(>7) p. 336-338, mais il nous a paru intéressant de donner en appendice le texte de S. Durant, assez différent, plus ancien d'un siècle, et postérieur au Synode de six ans seulement. Nous avons indiqué en note un petit nombre des variantes les plus importantes publiées par Aymon, {Pièces justificatives, XXVI).

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fait l'objet (les plus vifs débats, après la mort du docteur qui lui a donné son nom : Arminius (Jacob Harmensen). Elève de l'oncle de S. Durant, Ch. Perrot, à Genève, il avait en 1603 été nommé professeur à l'Université de Leyde, pour la chaire de théologie, occupée jusqu'alors par le Français du Jon (Junius) avec l'assentiment formel d'Henri IV *. Repoussant le dogme de la prédestination absolue, il enseignait l'élection conditionnelle - : d'où violentes protestations d'autres professeurs et pasteurs, entre autres Gomar, également professeur à Leyde et correspondant de Du Moulin.

Nous avons vu combien fréquents étaient alors les rapports entre les Pays-Bas, Leyde notamment, et l'Eglise réformée de Paris. L'écho des doctrines nouvelles put parvenir directement les bords du Vieux Rhin jusqu'à ceux de la Seine. Elles pénétrèrent aussi en France par la principauté, intermédiaire, de Sedan, et par l'académie où un ami d'Arminius : Tilenus, professait la théologie. C'est de Sedan qu'il est venu à Paris à diverses reprises, notamment auprès de Catherine de Bourbon 3.

Il était le « bon ami » de Casaubon, et des catholiques comme l'Estoile lisaient ses ouvrages 4. Mais si, dans l'une et l'autre Eglise, quelques esprits parmi les plus indépendants sont favorables à la tendance nouvelle, les hommes qui jouissaient de la plus grande autorité dans l'Eglise réformée croyaient fermement la doctrine calviniste conforme à la Parole de Dieu, et prirent, dès le début, nettement parti contre Arminius : tels Du Moulin et Du Plessis.

Ils auraient aimé s'entendre avec lui pour le prier d'éviter autant que possible entre protestants, des discussions dogmatiques préjudiciables à la paix et au développement des Eglises de France, celle de Paris notamment : mais il y avait à tenir comp-

1. Pièces justificatives, XXVIII, lettre de Joachim Du Moulin à Du .Ion, 1(502.

2. .. La grâce de Dieu étant offerte à tous les hommes, le motif déterminant de son acceptation ou de son rejet devait être cherché dans l'homme lui-même » (A. RÉVILLE, art. Armini<tnisme dans l'Encyclopédie des sciences religieuses, t. I, p. 001.

IL Voir ci-dessus p. 72.

4. Prêtés par Hotmail, d'origine silésienne comme Tilenus : ci-dessus, p. 134 et 310 (2e partie, chap. III, S 2) : lettre de Casaubon (1(501) déposée à la hihl. soc. hist. prot.

TILENUS 4M

te de considérations de politique internationale ; l'autorisation royale, officielle ou officieuse, était nécessaire pour de telles négociations : le projet d'en charger Du Moulin n'aboutit pas. A partir de l'automne 1606 Du Plessis-Mornay, avant et pendant un séjour à Paris, écrit à ce sujet plusieurs lettres intéressantes a Tilenus 1 et à Lobéran 2.

En 1607 des plaintes contre les idées d'Arminius parviennent à l'Eglise de Paris : et comme le temporel et le spirituel sont alors étroitement entremêlés, en même temps que la voie ecclésiastique on emploie la voie diplomatique. Les plaintes sont transmises à l'ambassadeur des Etats-Généraux, Aerssen. Du Plessis-

1. Lettre de Du Plessis à Tilenus (de Saumur, sans doute) le 6 octobre 1606 : « Monsieur, Je voy naistre un mal en nos Eglises, auquel je pense qu'il faut porter le remède, premier que le feu s'enflamme, qui nous contraigne de nous escrier ; ce qui ne se pourroit sans trop de scandale. Plusieurs escrivent que le Docteur Arminius enseigne à Leiden doctrines dangereuses en ce qui est le plus essentiel à la Religion, au point nommément de nostre justification ; et vous jugés assés avec quel péril on remue ce point, par lequel a commencé la Réformation. Les Orthodoxes du pais en sont en peine, et en vain jusques icy ont fait leurs remonstrances à personnes, comme j'estime, partie occupées à la guerre, partie qui estiment ces différends indifférends (sic), pour ne voir pas du premier coup, jusques où ils portent ; et cependant nostre jeunesse va là, qui prenant plus de plaisir à la subtilité qu'à la solidité nous rapporte des nouveautés, ce que nous avons ja apparceu en plusieurs. » (Mémoires de Mornay, édition de 1652, t. III, p. 165). Plusieurs semaines après son arrivée à Paris, Du Plessis écrit au même, le 1er janvier 1607 (i&., p. 170) : « Pour M. Arminius je l'oy louer à beaucoup de personnages très louables, et tout fraischement M. de Buzanval m'a promis de me montrer l'escrit, duquel vous me faites lire en vos lettres le sommaire. Que pleust à Dieu nous tinssions-nous dans les termes de l'Escriture sans fouiller plus outre, pour nous bander d'un commun effort contre l'idolâtrie, la superstition, et la tyrannie romaine, supportans au reste les uns les autres en ces profonds mystères, esquels y a tousjours à apprendre, et sans doute à reprendre, quelques circonspects que nous voulions estre à les exprimer. » Quelques mois plus tard Du Plessis est moins favorable encore à Arminius.

2. De Saumur, le 21 décembre 1607 (Mém. de Mohnay, p. 183) : « 11 me tient au cœur que l'article fondamental de la vraye chrestienté, et principe de nostre reformation soit maintenant secoué par nous mesmes... Mon avis seroist qu'il fust envoyé quelque digne personnage de nos Eglises vers luy, docte, modeste, s'il estoit possible son amy, qui de la part d'icelles conférait avec luy, l'adjurant par le devoir de conscience de luy parler librement de ce qu'il sent, n'ayans point voulu nos Eglises en croire autre que sa propre bouche... Pour le eboix du personnage, je n'en vois point de plus propre que M. du Moulin, outre les autres qualités connu au pais, à la personne, et de bonne odeur vers tous. »

Mornay lui écrit pour le prier de « faire cesser ces contentions théologiques de votre académie de Leyde, ne se pouvant aujourd'hui rien rencontrer de plus mal à propos. » Aerssen transmet cette lettre à un autre arminien dont nous allons avoir à parler : Uitenbogaert, et prétend qu'en dehors de ces plaintes parisiennes il n'a « jamais ouï parler » de ces disputes entre théologiens de son pays x. Il n'eut malheureusement que trop d'occasions d'en entendre les échos durant les années suivantes, et ses relations personnelles avec Uitenbogaert devinrent de plus en plus affectueuses. Du Plessis au contraire, revient à la charge d'une manière plus pressante : en 1609, il met en garde Aerssen - et le prince Maurice lui-même contre « ces démangeaisons intérieures qui, fomentées par l'artifice des voisins, pourraient se former en ulcère fistuleux duqul les lèvres difficilement se pourroient rejoindre. »

Arminius était mort en 1609 et on avait offert, mais en vain, sn chaire de Leyde à Uitenbogaert ;!. Celui-ci 4 avait été son condisciple à Genève, où il subit, comme lui, l'influence de Ch. Petiot"'. Il avait aussi entendu Casaubon, à peine plus âgé que lui ; lorsqu'il vient à Paris en 1610, il est heureux d'y retrouver son

1. Du Plessis à Aerssen et Aerssen à Uitenbogaert, décembre 1607 (Pièces justificatives, XXX et XXXI). Cette lettre ne figure pas dans la Correspondance de Du Plessis-Mornay, publiée à Paris (in-8°) en 1824. Au tome X, p. 216 on ne trouve pour le mois de décembre 1607 que la lettre du 21 adressée à Montigny.

2. Lettre du 6 novembre 1609, Mémoires de Du Plessis-Mornay, édition de 1652, p. 208.

3. En 1610 a paru à Leyde un ouvrage posthume d'Arminius : Disputationes magnam partent théologies complectentes, publicse et privatœ, in-8°.

4. Entre autres portraits d' Uitenbogaert on peut citer celui de Mierevelt au Musée royal d'Amsterdam (n° 929) et celui que Rembrandt grava en 1635, au-dessous duquel se lisent deux distiques de Grotius (cf. Rembrandt, par H. Knackfusz, 4° éd., 1897, fig. 62, p. 60 : « Uitenbogaert avait alors soixante-dix-huit ans ; il est à mi-corps, assis devant une table chargée île livres, la main droite sur un grand livre ouvert (peut-être une Bible), coiffé d'une calotte, vêtu d'une robe garnie de fourrures, avec collerette, portant toute sa barbe taillée assez courte ; deux touffes de cheveux blancs paraissent à droite et à gauche du front un peu bas. On dirait qu'il vient d'interrompre sa lecture pour vous regarder d'un air très sérieux, un peu las ; les soucis et les ans ont laissé leur trace sur un visage encore énergique. »

5. Voir ci-dessus, lit partie, ch. III, p. 4S4, et Choisy, l'Etat calviniste au temps de lièze, p. 421.

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ancien maître, et d'avoir avec lui un long et intéressant entretien 1.

Jan Uitenbogaert était, en 1010, depuis une quinzaine d'années, pasteur de l'Eglise wallonne de La Haye ; il avait été nommé à cette charge sur la demande de Louise de Coligny, cette princesse d'Orange que nous avons déjà rencontrée mainte fois2. Quand elle n'était pas en séjour à Paris ni dans ses terres de Beauce et du Gâtinais, elle assistait régulièrement aux prédications françaises d'Uitenbogaert.

Il les consacrait surtout aux questions morales, « déplorant que les hommes suivent des voies si divergentes en religion, tandis qu'il n'y a qu'un chemin pour mener au salut. » Ce chemin, ajoutait-il, ne consiste pas en telle ou telle opinion sur les points obscurs de la religion, mais dans la foi agissante par la charité, et cette même foi renferme le petit nombre de points nécessaires au salut. Les signes distinctifs de l'Eglise réformée sont avant tout l'accroissement de la piété et la réformation de la vie.

Conséquent avec ces principes, Uitenbogaert était extrêmement tolérant ; il invitait les catholiques aussi bien que les protestants, « au lieu de se disputer sur le mérite des œuvres, à laisser de côté l'amertume et l'esprit de parti, afin de rechercher la vérité dans la charité. » Cependant cet homme pacifique fut peu à peu entraîné au premier rang des luttes ecclésiastiques par son attachement aux doctrines de son ami Arminius.

« Vostre nom, » lui écrit Aerssen, de Paris en 1010, « n'est pas peu exposé en plusieurs endroits de ce royaume, comme suspect des nouveautés de feu M. Arminius qui se braient icy de tant plus que moins elles sont connues. » Et pour exposer les idées d' Arminius, pour se faire en même temps mieux connaître lui-même, Uitenbogaert est engagé par son correspondant à traduire en français un traité qu'il venait de publier en hollandais, sur l'autorité du Magistrat dans l'Eglise :t. « La Erance, qui est la plus inquiète en pareilles matières, en doit avoir sa part. » Aerssen souligne cette phrase, et continue : « Vous y commisse/ plusieurs esprits assez pointilleux et promptz à censurer avec passion ; il sera boi de les arrester par des raisons et ne les laisser enjamber par

1. Relaté dans ses Preestantium ac eruditorum virorum epistolee publiées

à Amsterdam en 1660, in-4°, et dans le Nouveau dictionnaire de ChauffePIÛ, t. IV, p. 646.

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