‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 428 sur 558 · ABJURATIONS · texte numérisé non relu

ABJURATIONS

§ 3. Ceux qui passent d'une Eglise à l'autre (1606-1610)

La lutte pour la vie, dont nous avons retracé quelques épisodes à l'époque où le culte était célébré à Ablon, continuait aussi vive ; mais maintenant le roi, vieillissant et devenu membre de l'Eglise romaine depuis une quinzaine d'années déjà, se montrait moins impartial que naguère, et laissait plus facilement les catholiques employer tous les moyens pour avoir l'avantage.

Le P. de Bérulle écrit en 1609 non sans hyperbole : « L'Eglise voit les princes et princesses, les contes et barons puissamment enlevés du party contraire, et humblement réduits à l'obéissance de ses lois. Elle voit le conseil de nos rois ouvert à ceux qui ont abandonné cette révolte qui commence, comme un torrent, à s'écouler... A ces Pâques nous avons vu dans Paris leur jactance et leur triomphe sur un frère lay échappé de son cloistre pour fuir la discipline due à ses mœurs, et rentré toutesfois en iceluy peu de jours après... ; nous les avons ouy faire rapport de cette grande conqueste jusques dans le cabinet de nos rois, bien que la prise fût si peu assurée qu'elle ne dura que trois jours, et si peu importante que ce nouveau docteur de leur nouvelle Eglise ne sçavoit pas encor lire 1. »

Malgré tout les abjurations de moines, cordeliers, récollets, chartreux -', etc., sont encore assez fréquentes à Charenton. Et cependant, que d'obstacles s'accumulaient sur le chemin de ceux qui voulaient quitter le couvent ! En septembre 1609 un jeune moine de Sainte-Geneviève et un « fratri ignoranti » étant sur le point de « passer à Charenton, » furent découverts, « attrapés et renfermés en leurs cages, le pauvre frater ignorant fouetté tous les jours bravement et doctement, o dit l'Estoile •"•, « le jeune moine renfermé en une prison au pain et à l'eau. »

Plus d'un membre du clergé parisien avait des dispositions très favorables pour certaines doctrines protestantes : ainsi en 1008 le curé de Saint-Barthélémy, Saint-Leu et Saint-Gilles4, An-

1. Discours, etc., p. .'{.'{7 et 338. Les pièces nous font défaut pour une contre-enquête établissant la part de vérité et la part d'erreur dans ces assertions.

2. P. ex. les 22 et 27 juin 1607 (L'EsîOlLE, Journal, p. 429).

4. Rue Saint-Denis, comme le cimetière protestant de la Trinité.

toine Fuzy, était un docteur de Sorbonne qui soutenait en 1603 relativement au baptême des petits enfants, une opinion tout à fait calviniste ; il avait été jésuite et n'aimait pas ses anciens confrères : aussi lui firent-ils un procès en 1609.

L'Estoile le tenait en grande estime et raconte comment en 1604 (le 17 juillet) Fuzil avait assisté en place de Grève un tondeur de draps lyonnais, nommé Poussin, pendu comme hérétique : avant de mourir, cet homme, refusant d'écouter les exhortations du prêtre, tira un psautier de ses chausses et se mit tranquillement à chanter un psaume. Fuzil put dès lors être impressionné par cette fermeté, mais c'est seulement quelques années plus tard qu'il se déclarera ouvertement protestant et se retirera à Genève, ayant fait « cent quarante » prédications contre les jésuites après la mort d'Henri IV, et subi plusieurs mois de détention au Chàtelet 1.

Dans la période à laquelle nous sommes arrivés, après la mise à exécution complète de FEdit de Nantes, on ne pend plus les hérétiques en plein Paris, mais il y a encore de graves inconvénients à se rattacher à l'Eglise réformée ; plus d'un fonctionnaire attend prudemment d'avoir pris sa retraite et quitté Paris pour faire sans danger une adhésion formelle : ainsi en 160cS M. de Turin, conseiller en la grand'chambre au moment où les affaires concernant le culte à Charenton avaient été portées devant le garde des sceaux -.

La promesse de charges nouvelles ou plus élevées était dès lors un moyen de corruption employé quelquefois : encore assez rarement, il faut le reconnaître, autant qu'on peut être informé de négociations aussi délicates et généralement secrètes. Ainsi le médecin ordinaire du roi Turquet de Mayerne, Fauteur des projets de réunion des deux Eglises, ayant malgré ces tendances conciliatrices refusé d'abjurer, fut en 1609 privé d'un poste supérieur. Sans doute sous l'influence de son confesseur le roi n'osa nommer un protestant, quoiqu'il en eût bonne envie : « Je voudrois, dit-il, avoir donné vingt mille escus, et que Turquet fût catholique : il seroit mon premier médecin •". »

1. Fr. prot., 2- éd., t. VI, col. 761. Filleau, Décisions catholiques, f. 222 (à propos d'un procès de 1643) dit qu'en 1608 Fuzy a passé un « contrat de vente de certains héritages en Barrois » ; il était originaire de Nancy.

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