Publié ci-après, Pièces justificatives, XXII
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volontiers1. Or à Paris au commencement du xvn" siècle les libraires et imprimeurs protestants devaient non seulement lutter contre les tracasseries de leurs concurrents catholiques, les poursuites du clergé et du gouvernement, mais ils avaient encore à subir certaines mesures restrictives provenant de leur propre Eglise.
L'article XXI de l'Edit stipulait : « Ne pourront les livres concernant ladite religion prétendue réformée être imprimez et vendus publiquement qu'es villes et lieux où l'exercice public de ladite religion est permis. Et pour les autres livres qui seront imprimez es autres villes, seront vus et visitez, tant par nos officiers que théologiens. » Les livres de doctrine, d'édification et de controverse ne pouvaient donc, en théorie, être imprimés à Paris, mais pouvaient l'être à Charenton. Et tous les livres traitant d'autres matières étaient, en principe aussi, soumis à une censure sévère. Cependant en fait les imprimeurs se tiraient d'affaire par divers subterfuges. A Charenton, ils n'avaient pas d'établissement fixe, ni de presse, mais deux ou trois étalages installés en plein vent le dimanche et le jeudi, devant la porte du temple.
A Paris même, aussitôt après l'Edit, Casaubon trouve « un ou deux marchands qui tiennent des livres de nostre religion- : » c'étaient sans doute J. Ruffin, imprimeur, ou Guillaume Auvray, « marchand libraire :i. »
1. Les Registres d'écrou de la Conciergerie, dont le B. h. p. (1901, p. 575) a publié des extraits, signalent parmi les hérétiques arrêtés ou condamnés dans la seule année 1565 Gérard Baudin. libraire, demeurant rue des Carmes ; Anthoine Gourdin, contreporteur de livres, rue de la Vieille Draperie (en 1577 rue S. Jacques, à la Bible d'Or ; en 1581 au coin de la rue des Amandiers, en 1584 au Palais) ; Sjmion Barbier, libraire ; Charles Périer, libraire et imprimeur, rue S. Jean de Beauvais ; François Le Preux, libraire, rue S. Jacques, à la Hure de Sanglier (marié en 1580 à Genève à la fille d'H. Estienne) ; Claude Blachière, imprimeur, rue du Puy des Rats, \ la Corne de Cerf ; François Chariot, libraire, rue du Foin près les Mathurins ; Gilles Barbier, contreporteur ; Jehan Martin, imprimeur, rue Judas, à la Navette ; Biaise Huguet, imprimeur, rue des Sept Voyes, etc.
2. Novembre 1601, lettre à son futur beau-frère Perillau (ms. autographe à la Bibl. h. prot.) : « Il se treuve ici assez de tels livres, » lui dit-il en parlant des ouvrages de Calvin et de Bèze.
3. Morts l'un en 1604, l'autre en 1606 (ci-dessus, IIe partie, ch. VII, p. 403, et B. h. p., 1863, p. 276. Entre autres ouvrages d'auteurs protestants, en 1586 Auvray avait imprimé ou plutôt réimprimé « les Cantiques du sieur
Dans les années qui suivent, nous connaissons à la fois cinq ou six libraires protestants1, proportion très forte si l'on songe que le nombre total avait été limité à vingt-quatre par lettres patentes de 1535 : douze choisis par le roi et douze par le Parlement. Deux de ces maisons se transmirent leurs fonds de père en fils pendant trois ou quatre générations : les Auvray et les Varennés. D'autres s'allièrent à des imprimeurs parisiens, rouennais, rochelais, genevois ; ces familles traversèrent ainsi les trois quarts du xvii1 siècle, jusqu'aux approches de la Révocation, en conservant les positions acquises aussitôt après l'Edit.
Nous n'avons guère qu'à mentionner ici le nom le plus illustre parmi les imprimeurs parisiens protestants, celui des Estienne, véritable dynastie qui de 1501 à 1664 a publié plus de quinze cents quatre-vingt-dix ouvrages -. En effet dès le milieu du xvie siècle Robert Estienne avait quitté sa boutique de la rue Saint-Jean de Reauvais pour aller s'établir à Genève ; et s'il y eut toujours à Paris une partie de « la famille stéphanienne » (comme disait Casaubon), c'étaient des membres restés ou redevenus catholiques. Henri Estienne, il est vrai, accomplit de fréquents voyages à Paris où il fit imprimer encore plusieurs ouvrages. Une de ses huit filles avait épousé un libraire parisien, François Le Preux qui, réfugié à son tour en Suisse, continua également à y exercer sa profession 3. Un seul, au contraire, lui fut fidèle, parmi les six fils d'Henri Estienne : Paul, qui acheta huit cents écus l'imprimerie de Genève après la mort de son père (1598). Emprisonné pendant quelques semaines en 1605 à la suite de difficultés avec le Petit Conseil, il vint en 1608 s'établir à Paris
de Maison/leur, œuvre excellent et plein de piété, » (Paris, in-12) que Marie Stuart avait lus et relus pendant sa captivité. P. Auvray, petit-fils de celui-ci probablement, vendait encore en 1671 des livres protestants, < aux Trois Entonnoirs, » rue Saint-Jacques (Méditation et prière du jeûne, etc., avec « attestation » des pasteurs Claude et Daillé, et « permis d'imprimer » de La Reynie).
1. lui 1679 il y en a six signalés par M. DOUEN, Révocation, 11. 127.