‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 453 sur 558 · Rknouahd, Annales îles Estienne · texte numérisé non relu

Rknouahd, Annales îles Estienne

.'$. La France prot., 2'' éd., VI, 137, parle du double établissement qu'il avait en 1 593 à Genève et Lyon, mais omet de signaler qu'il imprima aussi quelques ouvrages à Berne. En 1588 c'était Jean Le Preux qui avait imprimé u\\ ouvrage d'Antoine de Cbandieu : De Yerit<tte humante intluric Jesu C.hristi. Theologica et scholastica disputatio... auctore Ant. Sadeele (in-8°, sans lien» et divers ouvrages de Bèzc (Fr. prot,, 2 éd.. Il, 538)!

auprès de son beau-frère Casaubon, mais ses presses continuèrent à fonctionner à Genève.

Fait bien caractéristique : le fils et petit-fils de réfugiés parisiens quittant ainsi sa ville natale, cette Genève réputée asile de la liberté, pour chercher, lui, un refuge où cela ? dans la ville de ses pères, qu'il considère comme sa vraie patrie. A Paris, en ces années paisibles de Henri le Grand, il vient « pour vivre en liberté de conscience et en l'exercice de la religion que Dieu lui a faict la grâce de sucer avec les mamelles..., et là chercher les moyens d'entretenir soy et ses enfans sans scandale, desplaisir ou ombrage de ses concitoyens *. »

C'est dans un atelier encore possédé, semble-t-il, par les Estienne à Paris, que travailla d'abord un typographe appelé à acquérir plus tard ailleurs une légitime réputation : Jean Jannon, né probablement à Paris en 1580 -. Sur un volume de 1607 on lit : « Excudcbat Joannes Janonus in typographia Rob. Stephani, » et il s'agit précisément d'épigrammes traduits pour Casaubon par Scaliger ; « ouvrage d'une admirable exécution typographique ; les pages préliminaires sont en romain, le texte latin en italiques, et les trois caractères grecs sont ceux de Garamont. »

En 1(509 - - je ne sais si ce départ a quelque rapport avec l'arrivée de P. Estienne en 1008 — J. Jannon s'est installé à son compte rue Saint-Jean de Latran, à la Rose rouge. Le premier livre qu'il y imprime est du protestant Jean Héroard : de l'Institution du Prince, dédié à son élève « Monseigneur le Dauphin, » avec un beau frontispice gravé par Thomas de Leu. Mais Jannon accepte aussi, quand l'occasion s'en présente, tel ouvrage contre les protestants, ainsi en 1010 :: - après avoir changé de rue et d'enseigne pour aller rue du Foin, au Janus - il imprime

1. Requête à Messieurs du Conseil, janvier 1608 (Fr. prot., 2° éd., VI, 161).

2. Revue d'Ardenne el d'Argonne, 1902, p. 98 et 136, articles de J.-B. Bhin- COURT, J. Jannon, ses fils el leurs œuvres. Il possédait une collection unique des livres sortis des presses de Jannon à Paris (sept volumes) et à Sedan, qui sont énumérés dans le catalogue de sa bibliothèque (Paris, Paul, 1909, nos 542 à 629).

3. Cette date est celle qui figure à la première page, mais l'impression date plutôt de 1609, car l'Estoile (Journal, p. 552) écrit à la date du 16 janvier 1610 : « L'imprimeur Janon, que je congnois il y a longtemps m'a donné de son impression, la Responce faite par Pelletier à l' Apologie, avec la conversion dudit sieur, qui est un chef-d'œuvre de sa nouvelle maistrise catholique à luy enjointe par Messieurs nos maistres. »

le traité de controverse d'un apostat, le sieur Pelletier : la Religion catholique soustenue en tous les poincts de sa doctrine, contre le livre adressé aux Rois, Potentats et Républiques de la Chrestienté par Sérénissime et très puissant Prince Jacques l. roij d'Angleterre. Nous rappellerons tout à l'heure les tracas que valut à l'imprimeur cette publication. Puis survient la mort d'Henri IV et Jannon transporte prudemment ses presses à Sedan où, devenu « imprimeur de Son Excellence (le duc de Bouillon) et de l'Académie » aux gages de 200 livres tournois par an, il publiera un grand nombre d'ouvrages protestants : notamment ceux des pasteurs de Paris Du Moulin, Durant, Aubertin, Drelincourt, etc. l.

Une ancienne connaissance de Jannon, l'Estoile, toujours à l'affût de publications nouvelles, enregistre dans son journal non seulement les livres mais les pamphlets qu'on vend dans les rues de Paris — notamment rue Saint-Jacques ou devant le Palais — et sur le Pont-Neuf où opèrent les libraires non patentés : il achète un peu de tout, « fadèzes, fariboles, drolleries, bouffonneries, amuse-badauds, entre-batteries de Rome et de Charenton, huguenotes ou jésuitiques, » les uns « plaisants et bien agrafés, » les autres « sots et maussades. » C'est un bon client du libraire qui était par excellence « l'imprimeur d'Ablon » : P. Lebret.

« Il vendoK et crioit à l'entrée du prêche comme font les contreporteurs de Paris leurs bagatelles et denrées aux avenues du Palais. » A Charenton ce commerce prit plus d'extension. Lebret publie des écrits de circonstance, souvent une seule feuille volante : « La desroute et science esventéc de Philippe Cospeau, soi-disant evesque d'Aire, » 1' « Avis de maître Guillaume à Sa Sainteté, » etc. 2.

Pierre Lengevin, imprimeur du roi, est enterré en 1609 au cimetière de la Trinité 3.

1. Ces livres seront vendus, à Paris et à Charenton, surtout par \. Bourdin, S. Petit et Abraham Pacard.

2. (i et :îl mars 1607, Journal, p. 1 1 11, 417 ; cf. !» juillet 1608 : « I.e Prêt m'a vendu la traduction en françois de l'Apologie latine du roy d'Angleterre a\ec une autre plaisante drollerie et bagatelle intitulée La légende dotée des frères mendions, » etc.

:î. li. h. p., 1863, p. 276.

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Nicolas Bourdin, autre fournisseur de l'Estoile :, transmit sa maison à plusieurs générations successives -. Il était associé à Louis Périer ; leur boutique, rue Neuve du Palais (dans la cour du Palais de Justice), avait pour enseigne : Au roi de Suède s.

Olivier de Varennes, qui aura aussi des successeurs actifs (un fils « reçu » deux ans après la mort de son père, et un petit-fils du même prénom 4) publiait des ouvrages relatifs non seulement à l'Eglise réformée mais aussi à l'Eglise gallicane, et « ces petits livrets faschoient plus le pape parce qu'ils le battoient de ses canons propres, que ne faisoient ceux de Charenton ■">. » La marque de Varennes était une victoire assise sur un trophée d'armes.

Nommons enfin l'un des meilleurs imprimeurs de ce temps, Jean Berjon, gendre de l'imprimeur Duval. Tandis que son frère Mathieu imprimait à Genève par exemple en 1609 les Sermons de Calvin in-folio, qui se vendirent beaucoup à Paris, Jean éditait ou rééditait dans cette ville même de beaux ouvrages d'auteurs protestants tels que le Théâtre d'agriculture d'Olivier de Serres, le Livre d'architecture de Jacques du Cerceau, la Monarchie aristocratique de Louis Turquet de Mayerne <!. C'était aussi un familier de l'Estoile, qu'il consultait pour savoir s'il devait imprimer tel ou tel manuscrit qu'on lui proposait : ainsi un recueil de vers intitulé le Petit nain combattant le Monde, par « une demoiselle gasconne de la religion 7. »

Ces éditeurs protestants vendaient non seulement leurs propres publications ouvertement faites « h Paris, » mais encore des livres imprimés soi-disant à Sedan ou à Montpellier — mais

1. Novembre 1608, et 1609 (Journal, p. 480 et 516) ; il mourut à 69 ans en 1644 et fut enterré au cimetière Saint-Père.

2. Et ne faudrait-il pas lire déjà Bourdin au lieu de Baudin, comme on lit déjà Périer, sur la liste des librairies hérétiques en 1568 (ci-dessus, p. 534,

note 1 ).

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