LAMENTATIONS SUR LA MOUT DU KOI
rent, le vieil historien cite quelques beaux vers d'Anne de Rohan, alors âgée de vingt-six ans :
« Quoi ? Faut-il qu'à jamais nos joyes soyent esteintes ? Que nos chants et nos ris soyent convertis en plaintes '.' Qu'an lieu de nostre roi le denil règne en ces lieux ? Que la douleur nous poigne et le regret nous serre ? Que sans fin nos souspirs montent dedans les cieux ? Que sans espoir nos pleurs descendent sur la terre ?
Maintenant nostre gloire est à jamais ternie. Maintenant nostre joye est pour jamais finie, Les lys sont atterrez et nous avecques eux, Dafné baisse, chetifve, en terre son visage Et semble par ce geste, humble autant que piteux, Ou couronner sa tombe ou bien lui faire hommage 1. »
Peu de gens éprouvèrent une douleur aussi vive que Sully : ses Mémoires renferment heure par heure des détails sur son attitude qui contribua beaucoup à éviter une panique parmi les protestants de la capitale -'. Le matin même du jour fatal, le roi, sachant son ministre souffrant, lui avait annoncé sa visite, en le prévenant qu'il se fâcherait de le trouver autrement vêtu qu'en « robe de nuit, bottines, pantoufles et bonnet de nuit. » Aussi Sully était-il « tout deshabillé » lorsque vers quatre heures il entend sa femme et d'autres personnes de sa maison le chercher en criant : « Ah mon Dieu, tout est perdu, et la France est détruite ! » Il sort de sa garde-robe ; on lui crie : « Ah, monsieur ! le roi est extrêmement blessé ; voilà Saint-Michel qui vous le vient dire et vous apporte le couteau ! »
Les secrétaires de Sully le représentent à ce moment « levant les yeux au ciel » et disant : « Voilà de quoy ce pauvre prince avoit toujours appréhension, » puis faisant la prière : « O Dieu, aye pitié et compassion de luy, de nous, et de l'Estat, car c'en est fait s'il est mort. » Ils lui prêtent enfin ces paroles qui, si elles ne furent pas prononcées telles quelles, expriment du moins ses véritables sentiments : « Dieu n'a point permis un si estrange
1. St<mces de Mademoiselle Anne de Rohan sur la mort du lion, Paris, Chevalier, 1610, in-8". Comme autre poème de ce temps et de ce genre on peut citer VHenrense entrée ou Ciel du feu Roi/ Henry le Grand, noble harangue >le ses louanges, et sacrée prière des François pour le sacrement du Roy nouveau, par (!li. de Navièrcs, G [ent ilhomme | Sfedanois] P. H. Paris, 1610, chez Pierre McUayer, in-<S" de (>!) pages (Bibl. de M. lirincourt, catalogue 1 !)()<), n" \'M\).