‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 471 sur 558 · Mémoires, II, p. 1582 et suivantes · texte numérisé non relu

Mémoires, II, p. 1582 et suivantes

accident, que pour montrer son ire et desployer ses vengeances sur la France qui va tomber en d'estranges mains. »

Puis, oubliant qu'il est malade, Sully se fait apporter ses habits, ses bottes, fait seller de bons chevaux, et part pour le Louvre suivi d'une escorte qui va toujours grossissant de carrefour en carrefour. Les plus « spéciaux » serviteurs du roi se joignent à Sully « pour savoir ce qu'ils avaient à faire. » Rue de la Pourpointerie ] un homme jette un billet : « Monsieur, où allez-vous ? Si vous entrez dans le Louvre vous n'en reschapperez non plus que lui. » Vers la Croix du Tiroir (à l'angle des rues Saint-Honoré et de l'Arbre sec), autre avertissement semblable. Encore quelques pas, et on était arrivé au palais. Il y avait alors plus de trois cents cavaliers dans la troupe partie de l'Arsenal. Cependant, informé maintenant que le roi est non seulement blessé, mais mort, Sully décide, sur l'avis de M. de Vitry, de ne pas passer jusqu'au Louvre. Il envoie à la reine ses offres de service ; elle lui mande, en vain, de venir la trouver avec peu de gens : il rentre à la Bastille « pour changer de chemise et se mettre au lit, » car il était « si mouillé de sueur et si las qu'il ne pouvait se soutenir, ayant été travaillé excessivement de corps, d'esprit, de douleur et de tristesse toute la journée. »

Elie Benoît raconte qu'ensuite Sully « fit enlever tout le pain qu'il trouva chez les boulangers et le fit porter dans le château (de la Bastille) comme s'il eût craint d'y être affamé et qu'il eût voulu prendre des précautions pour soutenir un siège -. » L'historien de l'Edit juge d'abord trop sévèrement la conduite de Sully en cette circonstance : « On peut dire que la douleur et Fétonnement lui fire perdre la prudence et le courage. » Benoît atténue ensuite, avec raison, cette première critique, en reconnaissant qu'après tout « un autre ne se serait pas trouvé moins empêché que lui, s'il avait été en sa place. »

§ 3. La paix désirée et maintenue

A défaut de Sully, Marie de Médicis, dès que le Parlement l'eut proclamée régente, fit venir un des députés généraux, qui rendit compte ainsi de la tournure inespérée que prenaient les événements :! : « La Reyne mère avec grande magnanimité et

1. Vers la rue des Déchargeurs, où était le Bureau des drapiers.

Page 1