Mémoires de Sully, II
.'{. E plu'- nié ri 'de s, 10 mai 1010.
•1. Lettres, édition Almeloven, p. .'1.V2, épist. 671.
558 l'église réformée DE PARIS SOIS HENRI IV
Pendant ces jours néfastes, l'humaniste chrétien, digne émule des philosophes antiques, ne se laissait pas détourner du laheur accoutumé et du culte des bonnes lettres : il mettait la dernière main à une édition d'œuvres de Scaliger, récemment mort à Leyde. Le jour des funérailles du roi il écrit la dédicace à leur commun ami le président de Thou, et comme la sérénité a pourtant ses justes limites, il ne peut s'empêcher de laisser entendre un écho des préoccupations du moment : « L'amour de ses sujets, privilège le plus glorieux qu'un monarque puisse obtenir, a éclaté à la mort d'Henri IV d'une manière tout à fait merveilleuse : nous avons vu se manifester dans cette ville ce qui n'a lieu lors du décès d'aucun autre prince ; les personnes de tout âge ont gémi, etc. 1. »
Tandis que certains protestants, comme Casaubon, rentraient sans crainte en ville, d'autres se hâtent d'en sortir. « Le jour que le roy fut tué et le lendemain, aucuns en s'enfuyant de Paris furent arrestés et ramenés en leurs maisons -. »
Quelques-uns, au contraire, restaient malgré les conseils qui leur étaient donnés : telle cette veuve du capitaine Saint-Mathieu qui, le lendemain du drame, voyait avec étonnement revenir en son logis (qu'il avait découvert « comme un sorcier ») un des anciens soldats rencontrés sur le chemin de Charenton 3. Il la menaça « de pis encores que ce qui était arrivé, et la pria plus que devant qu'elle quittât Paris. » Inquiète des conséquences que pourrait avoir son silence, la pauvre huguenote dénonça son singulier visiteur à la police ; il fut emprisonné et questionné. Mais tout le procès de Ravaillac fut mené de façon peu régulière, par crainte de trop compromettre les jésuites et certains grands personnages. « Il semble qu'on craigne de trouver ce qu'on cherche, » en sorte que les résultats de l'enquête seront fort atténués, « ce que je crains beaucoup, » conclut l'Estoile, « avec tous les gens de bien. »
On ne saurait trop remarquer, en cette période critique, ce louable accord de « tous les gens de bien. » Les bourgeois paisibles, tant catholiques raisonnables que protestants, sont entière-
1. ./o.s. Justi Scaligeri opuscula. Paris, Beys, 1610, in-4°. Cf. Scipionis Geniilis et Isaaci Casauboni Elogia Henrici Quarti, Paris, 1610, in-4°.