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L'Estoile, Journal, p

EFFET PRODUIT PAR LA MORT DU ROI r>.")9

nient d'accord pour se méfier des jésuites et prévenir quelque soulèvement de la populace fanatique contre les huguenots. Accord d'autant plus nécessaire que les esprits étaient plus surexcités et la foule plus disposée à de violentes manifestations. Lorsque deux semaines plus tard on conduisit Ravaillac au supplice, la police eut peine à le protéger : « Plusieurs, à travers les rangs des gardes, se précipitaient sur lui pour lui arracher les yeux et la barbe ou lui porter des coups. Le peuple ne souffrit pas que personne dît ou fît dire selon l'usage pour ce malheureux les moindres prières funèbres. Les chevaux eurent à peine déchiré son corps que le peuple s'en empara et traîna dans la fange des rues les lambeaux de ce cadavre maudit. On les frappait à coups de hâtons, on les foulait aux pieds, on les déchirait même avec les dents 1. »

Ces scènes rappelaient trop celles de la Saint-Barthélémy à trop de gens qui en avaient été témoins, pour que l'on ne comprenne pas les appréhensions des huguenots contre lesquels cette fureur aurait si facilement pu se retourner. Il n'en fut rien, heureusement, et c'est une preuve évidente et admirable du progrès réalisé grâce aux efforts du défunt monarque pour affermir l'apaisement des esprits entre tous ses sujets.

Le diplomate auquel nous avons emprunté cette description réaliste, le protestant Jacques de Bongars - continuait ainsi une lettre adressée à un coreligionnaire suisse : « Les grands de l'Etat, mettant de côté leurs inimitiés privées, se sont unis pour assurer le salut du pays. Les orateurs du clergé eux-mêmes ont parlé avec énergie contre l'infernale doctrine des jésuites touchant le régicide, et ils ont exhorté le peuple à vivre en paix même avec ceux de l'autre religion (alieni religione). Dieu veuille que cet esprit se maintienne parmi nous. Mais je crains bien qu'il n'en soit pas ainsi. »

On vit en effet d'abord MM. de Mayenne et de Guise conseiller à la reine d'observer les édits de pacification, sans permettre ou'aucune violence fût faite à ceux de « la religion ; » et L'Estoile, non sans ironie, remarque que « souvent la plupart des grands

1. Bongars à .1. Zwinger, médecin à Bâle, 1"' juin 1610 (B. h. p., 1855, p. 541).

2. Qualifié « niaistre d'hostel ordinaire du roy » sur l'acte d'inhumation au cimetière du faubourg S. Germain le 29 juillet 1(512 (H. h. p., 1863, p. 277). C'est lui qui fut en 1610 l'éditeur anonyme des Questions proposées au diable par le P. Coton (ci-dessus, 2" partie, ch. IV, S 4).

catholiques de religion se font huguenots d'Estat où il y va de leur grandeur et intérêt particulier. »

De petits détails dans les mesures prises pour maintenir le calme sont hien caractéristiques de cet état d'esprit : ainsi on confia la garde des portes à des hourgeois tant protestants que catholiques : par exemple à la porte de Buci qui donnait accès au faubourg Saint-Germain habité par tant de huguenots, ce fut un d'eux, l'avocat Galland, qui commandait avec un avocat catholique : Bossant 1. « C'est une chose esmerveillahle, dit le Mercure, qu'au contraire du passé on n'entendoit en la bouche du peuple et de gens de toutes qualités que ces mots : « Il faut vivre en paix les uns avec les autres. Nous ne recognoistrons autre commandement que celuy du Boy et de la Boyne. Les exemples des troubles passés nous doivent avoir faict sages à nos despens. Le premier qui sera séditieux, il faut que la justice le chastie. Aille à Charenton qui voudra, mais vivons en paix2. »

Ce « reportage » pittoresque dépeint assez exactement les sentiments des catholiques parisiens : contrairement aux appréhensions des protestants - - appréhensions trop justifiées par les souvenirs tragiques d'un passé encore bien récent — , l'émotion générale ne se retourne pas contre la minorité huguenote, mais se traduit d'abord par l'indignation de la majorité des catholiques contre une autre minorité, minorité ardente et dangereuse, tantôt bruyante tantôt sournoise, qui se groupait autour des jésuites : et le résultat est que, pour le moment, on laisse les huguenots tranquilles tant à Paris que sur le chemin de Charenton.

Le lendemain de l'attentat, qui était un samedi, le duc de Mayenne lui-même donne des conseils de tolérance dont il n'avait, guère été coutumier jusqu'alors : il prie « de donner ordre à la porte Saint-Antoine, afin que quelque tumulte n'advînt ». « Ne doutez point, Madame, dit-il à la reine, que comme nous autres

1. Probablement Auguste Galland, plus tard activement mêlé aux affaires des Eglises comme commissaire du roi. La France prot., 2" éd., VI, 802, déclarait ne rien savoir sur lui avant 162.1. La Bibliothèque nationale (ms. fr 2:5049, fol. Il possède un « Estât des biens du roy Henri IV lors de son advènement à la couronne ; origine et suite des princes de Béarn, souveraineté de Béarn, par Auguste Galland, » qui est de 1607. « Il étoit honnête homme et mon ami » dit le pasteur Drelincourt qui l'assiste à ses derniers moments (Drelincourt à Rivet, 25 janvier 1642, Rivetiana, ms. de la bibl. de l'Univ. de Leyde).

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