CULTE A CHARENTON APRÈS LA MOUT DU ROI
catholiques serions marris de perdre demain la messe sans y aller, qu'eux aussi ne veuillent point perdre leur presche sans s'y trouver K » La présence de Sully à l'Arsenal ne contribuait pas peu, sans doute, à maintenir l'ordre de ce côté. Toujours est-ii que, au dire de l'Estoile, « l'ordre se trouva si aisé qu'il n'en fallust point d'autre que celui que le peuple y apporta de soi-mesme, car on le vit jamais plus quoy et plus paisible : et ce contre l'opinion (voire l'intention) de beaucoup qui ne s'attendoient pas que le peuple se deust montrer si sage. »
Le culte fut donc célébré, mais « en moindre compagnie beaucoup, car plusieurs, intimidés et tout estourdis du coup, quelque asseurance qu'on leur donnast, aimèrent mieux garder leurs maisons que de prendre le hazard d'y aller. » C'était Du Moulin qui prêchait. Il n'eut pas de peine à arracher des larmes à son auditoire, en représentant la mort du roi comme une punition des péchés de son peuple, en exhortant à la pénitence, et - langage nouveau dans la bouche du véhément controversiste recommandant la paix et l'union avec les catholiques romains.
Le brave l'Estoile se réjouit d'apprendre que, dans la plupart des églises de Paris, les curés ont prêché dans le même esprit : « chose merveilleuse, et qui ne pouvoit procéder que de Dieu, vu la malice du siècle et l'intention contraire de ceux qui ont si misérablement fait assassiner le roy. »