L'Eglise dit
Que pour estre sauvé, il faut estre baptizé.
L'Hérésie dit Que le baptesme n'est point nécessaire à salut.
La parolle. S. Jean. 3 h. (sic) Qui n'est derechef né d'eaue et d'esprit, n'entrera point au royaume.
Or que vos Ministres tiennent cette opinion là, il appert par leur formulaire de baptizer, où ils disent que les enfans sont sanctifiés dès le ventre de leurs mères.
(Admonition, p. 3).
1. L'ouvrage auquel il fait allusion sous ce titre dans l'Admonition, p. 1, est-il les Antithèses ou un autre ouvrage ?
2. Dans un avis « au lecteur catholique » Cayer prévient les scrupules : « Vous ne devez faire difficulté de lire ce que le sieur de l'Escaille met en
lumière des requestes qu'il a présentées aux ministres L'intention do
Mgr. illustissime légat de sa Sainteté est de vous le permettre. »
çais qui sont de la religion prétendue réformée » : « Messieurs, il me desplait infiniment de vous voir d'un si bon courage comme vous estes pour n'espargner biens, vies et honneurs sous le
prétexte de la façon de faire de Calvin Vous n'espargnez rien,
chacun le void. Et toutesfois vous savez bien aussi que vous n'avez aucun proffît n'acquest. Sinon que l'on void vos maisons nobles et bourgeoises ruynées et mises par terre, et ceux qui y ont mis le plus c'est item plus perdu. C'est merveille que ceste généreuse condition Françoise, d'une si gaillarde promptitude en toute la nation, se puisse trouver si estrangement altérée en plusieurs qu'aujourd'huy ils soyent devenus comme stupides,
pour ne discerner pas la tromperie qu'on leur faict Vous me
dires : « En faict de religion nous cerchons seulement nostre salut et ne demandons point d'autre avantage et prendrons plaisir d'y employer tout ce que Dieu nous a donné. » Vous ne pouvez mieux parler, mais ce n'est pas assez dit. La vraye religion doit estre en l'Eglise, etc. »
Bien qu'il n'y eût « aucun profit ni acquêt, » non seulement on restait protestant, mais on le devenait : d'où nouvelle occasion de porter les efforts de Cayer sur un autre point du champ
de bataille, « pour obvier aux révoltes de plusieurs 1 » ; enfin
— mais seulement après sept ans d'entraînement par les susdits exercices variés, — on lance Cayer dans une entreprise plus délicate que toutes les précédentes : la conversion de la princesse dont il avait été si longtemps le pasteur. Nous verrons en temps et lieu comment il s'y prit, s'adressant tour à tour à l'amour filial, au sens politique, au goût artistique de Madame.
.Jusqu'alors, retiré dans le prieuré de Saint-Martin-des-Champs il n'avait combattu que par la plume, mais il était impatient d'aborder la scène plus glorieuse de la controverse orale. Dès 1600 il voudrait bien être mis en avant comme champion du catholicisme contre Du Plessis-Mornay : il annote le Mystère d'iniquité, montre à MM. de Sainte-Marie du Mont et du Pont de Courlay quelques passages qu'il prétend « visiblement falsifiés ; » il dit à Sainte-Marie qu'il « les luy vouloit vérifier de faux en pré-
1. Formule spéciale insérée dans l'approbation de la faculté le 14 décembre 1600 (Resijonse à E. de Beauval, soy disant jadis jésuite, etc., p. 14).
2. Depuis 1597 au moins (la Tromperie, etc., épitre dédicatoire, et Remonstranee, id., mais le permis d'imprimer est donné par Cayer le 29 dec. 160(1 •■ dans le collège de Navarre »).
sence de qui il voudroit, et le pressoit fort de ce faire » (c'est lui-même qui a soin de le rapporter ]) ; mais Du Plessis ne consent pas à discuter avec un apostat pour lequel il a évidemment peu d'estime : il invoque un prétexte protocolaire et répond « qu'il n'entroit point en conférence qu'avec personnes de sa qualité d'estat. » C'est alors que Sainte-Marie ayant dit : <' M. l'évêque d'Evreux est de votre qualité, » on arrangea la rencontre qui bientôt eut lieu à Fontainebleau. Quelques mois après, nouvelle tentative de Cayer ; dans sa Remonstrance il offre d'aller disputer de vive voix en présence de Madame. Ceci n'eut pas plus de succès : et la Sorbonne paraît avoir estimé Cayer plus capable d'écrire que de parler. En 1601 il se dérobe d'abord à une première conférence « verbale » non pas en présence de Madame, mais avec son aumônier éventuel Du Moulin ; lorsque l'année suivante il y participe enfin, il est accompagné de deux docteurs en théologie qui le surveillent autant qu'ils le secondent ; ils ne sont pas toujours du même avis, la Sorbonne interdit à Cayer de signer ce qu'il a dicté, et met fin à la conférence -.
Tant qu'il se sentait sur le terrain où il avait soigneusement préparé d'avance son argumentation, Cayer « proposait des choses impertinentes avec ris et mignardise, et avec une contenance asseurée, comme prononçant autant d'oracles 3, » mais là même il avait été imprudent dans ses affirmations, puis il avait donné trop facilement dans les pièges que lui tendait spirituellement Du Moulin, il avait manqué d'esprit, d'à-propos et laissé l'adversaire prendre trop d'avantages.
Longtemps avant cette conférence « verbale » les critiques n'avaient pas manqué à Cayer, dès son abjuration. Le vieux Montigny, le premier, avait cru de son devoir d'entrer en lice, en quelques pages anonymes que Cayer traite de « rhapsodie injurieuse 4. » Pour justifier « les causes et raisons » de sa conversion, celui-ci avait ensuite écrit à un autre de ses anciens collè-
1. Chronologie septénaire (1605), 1. II, p. 142 de l'édition de 1611.
2. Nous utiliserons plus amplement ci-après le Narré de la Conférence verbale et par escrit tenue entre M. P. du Moulin et M. Cayer (1602), réédition de Genève, Aubert, 1625.