LETTRES ET PROJET DE TESTAMENT DU PASTEUR J. COUET
Mademoyselle Couet, au faubourg de la Chetayne, à Basic.
Ma fille i après mes aultres lettres écrites et fermées desquelles tu accepteras le contenu au mieux que tu pourras, le présent porteur est demeuré par deçà près de deux jours et pour cause. Je l'ay tellement payé que je m'assure qu'il s'en va content de moy, comme aussi je le suis de luy, car il m'a accompagné et servi de bonne fasson. Au reste tout est icy bandé pour induire Madame à aller à la messe. Mais aflin qu'on ne leur impute de l'avoir forcée Messieurs les princes de ce lieu la veulent fayre persuader par des Jésuites. Monsieur de la Touche qui avoit manqué par sa maladie estant guery s'est acheminé par deçà tellement que je l'y ay trouvé ; il y a bien dix jours qu'il y estoit arrivé devant moy, tellement que, me plaignant à Madame de ce qu'elle ne m'avoit contremandé, elle me dit qu'elle ne l'avoit voulu faire, sachant bien que si j'eusse sceu que Mons1 de la Touche fust arrivé, que je ne fusse pas venu, et que j'avois assez fait entendre que je ne vouloys suivre la court ; cependant qu'elle me prioit de demeurer quelque peu de temps et pour affayre qui luy importoit tellement qu'elle desiroit que je fusse près d'elle, et qu'elle ne me retiendroit que le moins qu'elle pourroit, mais qu'elle ne me pouvoit laisser retourner sitost puisqu'elle me tenoit ; et qu'elle me feroit cognoistre que je luy avois fait plaisir de la venir trouver. Cependant je sens bien qu'on ne sortira pas d'icy quand on vouldra, que si j'apperçoy (pie Dieu me bénisse j'y serve de quelque chose j'en patienteray de tant plus volontiers, remettant le tout à la providence de Dieu. J'ay besoing d'estre recommandé à Dieu par les prières de tous ceux qui m'ayment. Commence bien les messages et m'écry amplement de tout et si tu auras apris qu'un fait tenir sûrement les pacquets pour
1. L'une des quatre filles issues de son second mariage : Suzanne, Judith, Elisabeth ou Marie. (Fr. prot., 2" éd., IV, col. 771).