Préambule de l'Edit de Nantes
3. H. Gelin, Le Méreau dans les Eglises réformées, in-8°, Niort, Clouzot, 1891 (extrait des Mémoires de la Société de statistique des Deux-Sèvres).
4. Art. de M. Router dans la Revue de numismatique de 189,'?, et de MM. Gelin et Weiss dans le B. h. />., 1894, p. 46. Le méreau se trouvait alors dans la collection Ch. Richard à Paris. MM. Rouyer et Gelin croyaient qu'il s'agissait du méreau en usage à Charenton. C'est M. Weiss qui a proposé
citée constamment par les protestants à propos de la sainte Cène. Ce méreau a été probablement frappé à la Monnaie de Paris où il y eut alors - nous le verrons - - une série d'artistes huguenots. La conservation de cette médaille commémorative d'une Eglise éphémère est d'autant plus remarquable que le méreau en usage dans l'Eglise de Paris proprement dite, depuis l'Edit de Nantes jusqu'à la Révocation, a jusqu'à présent échappé aux recherches des collectionneurs.
Le jour de Pâques, ces méreaux sont remis par les fidèles en grande quantité ; les deux pasteurs officient ensemble à deux services : l'un au Louvre, l'autre dans la « salle de Madame, » probablement en son hôtel. Les actes du consistoire enregistrent avec satisfaction cette communion :
« Du 6 avril 1597. La Cène a esté aujourd'hui célébrée à deux diverses fois, la première à huit heures par le sr de Montigny, assisté du sr de la Faye, où se sont trouvées plus de quinze cents personnes en la grande salle basse du château du Louvre, et la seconde, par le sr de la Faye assisté du sr de Montigny, à dix heures, où il y avoit encore eu quatre ou cinq cents personnes en la présence de Madame et en sa salle. Ce qui doit être remarqué pour faire connoître l'admirable providence et faveur de Dieu en la conduite de son Eglise. »
Pour Pentecôte (25 mai) le Consistoire avait décidé de célébrer aux mêmes heures deux services de sainte Cène, mais il y eut des retards successifs, et l'on voit clairement par là que l'autorisation expresse du roi était, dans certains cas, indispensable :
« Du 22 mai. Ce que dessus n'ayant pu estre exécuté pour n'en avoir Madame parlé au Roy comme elle en avoit délibéré, afin de savoir sur ce la volonté de Sa Majesté, la Sainte Cène a esté remise au 27 dudit mois, en faveur des gentilshommes et autres estant à la suite de Sa Majesté qui la dévoient tost après accompagner en son voyage de Picardie, et a esté [jugé] bon que maireaux seroient donnés à tous les communiants tant de la cour que de la ville. »
l'attribution, exacte selon nous, à l'Eglise de Madame. M. Rouyer voyait un autre méreau de Charenton dans un second jeton auquel M. Weiss conteste le caractère d'un méreau. Il le croyait frappé « vers la fin du règne de Henri IV. dans l'établissement royal de la Monnaie du Moulin ». Les dimensions sont celles de nos pièces d'un franc. M. Rou3Ter supposait que le méreau de l'Eglise de Madame avait été frappé « vers le milieu du xvnc siècle. »
l'église chez madame 69
« Du 30 mai. Combien que chacun se fusl préparé pour la Cène, suivant l'advis cy dessus, toutefois Sa Majesté y ayant mis empeschement et commandé qu'on sursist la célébration de la Cène cinq ou six jours, on a esté contraint de la remettre au premier jour de juin, et a voulu Madame qu'elle ne fust publiée, mais que les advertissements s'en donnassent par les ministres et anciens, ce qu'on a advisé de faire. »
Pendant l'été le Consistoire décide de « continuer l'ordre des presches en ladite ville tant que son Altesse y sera, tel qu'il y est maintenant. C'est à sçavoir que le dimanche il se fera deux presches, le premier à sept heures du matin et le second au lever de Son Altesse. Le mercredi et le vendredi aussy, au lever de Son Altesse, et le jeudy à sept heures du matin pour le commun. »
Ces grandes assemblées régulièrement organisées ne pouvaient manquer d'attirer l'attention et les protestations des catholiques. L'Estoile décrit plaisamment, fin août, une soixantaine de femmes, « de celles qu'on appeloit dévotes, » courant par la ville, disant que les presches étaient cause de toutes sortes de maux, importunant le procureur général, les gens du Palais qui les renvoient à l'évêque, le premier président enfin, qui leur « fit une réponse fort à propos, car il leur dit qu'elles lui envoyassent leurs maris, afin de leur faire commandement de les tenir enfermées dans leurs maisons, et qu'elles ne courussent plus les rues
comme elles faisoient Entre autres griefs elles alléguoient
qu'on avoit donné l'aumône de chair — c'est-à-dire des portions de viande un jour maigre — publiquement à la porte de Madame le jour de Nostre Dame qui etoit un vendredi. On les disoit suscitées par quelques ecclésiastiques mal contents de ceste liberté de presches que faisoit faire Madame 1. »
Quelques mois se passent sans autre incident, Madame et le Consistoire cherchant en vain à s'assurer les services d'un troisième pasteur, ancien aumônier du roi en 1590, Jacques Couët -. Madame étant d'ailleurs fréquemment absente de Paris, les grandes assemblées publiques sont suspendues. Peut-être - mais nous n'en avons aucune preuve — des réunions avaient lieu chez tel grand seigneur ou tel bourgeois, mais alors ce fut avec beaucoup plus de mystère. Madame fait ses Pâques à Angers « dans la cour de sa maison, lieu fort propre et commode à cela ;. »