EFFORTS POUR CONVERTIR MADAME
ne manque pas de faire alors, comme naguère, célébrer le culte en son hôtel (toujours prêt à la recevoir1), parfois même au Louvre - ; mais ce sont des circonstances exceptionnelles, et le roi n'autorise plus ces assemblées aussi volontiers qu'autrefois. Un jour de décembre 1601 le pieux savant Casaubon vient au Louvre « pour y assister au culte, la présence de Madame nous procurant [espère-t-il] ce bienfait ; a mais il éprouve une vive déception : « la porte nous a été fermée ! » Et il ajoute naïvement : « Je ne sais si c'est à cause de la maladie du Roi •"•. »
Deux ans plus tard la duchesse étant arrivée de Lorraine un mardi fait prêcher « dès le lendemain, publiquement et à huis ouvert, en son hôtel près les Filles repenties, » et cependant l'Estoile remarque : « le bruit était partout que le Roy ne le vouloit point, et qu'il l'avoit expressément défendu 4. »
Les assauts se renouvellent, de plus en plus fréquents et vigoureux, pour ébranler la fidélité de Madame, mais les pasteurs de Paris prennent peu de part à ces controverses. Dès le 10 novembre 1599 ', le pasteur Couët écrit de Nancy : « Tout est icy bandé pour induire Madame à aller à la messe. » II était venu de Baie, mandé pour assister le pasteur de la Touche dans une conférence qui eut lieu avec le jésuite Commelet et le capucin Esprit, en présence des ducs de Lorraine et de Bar, et du cardinal de Lorraine. La principale auditrice en sortit « grandement consolée et fortifiée en la droite créance, espérant que Dieu nous fera la grâce d'y persévérer constamment jusques au dernier soupir. » C'est ce qu'elle déclare dans une protestation adressée « à tous les fidèles ». « Nous désirons, concluait-elle, que les Eglises réformées de France et d'ailleurs soyent adverties, et que Dieu nous ayant fait la grâce de résister constamment jusques à main-
1. Le <■ logis de Madame » avait pour concierge un protestant qui cumulait (comme certains de ses confrères actuels) ces fonctions avec celles de tailleur, Jean de Lambre ville : Madame avait été, en 1597, marraine, avec M. de Soubize, d'une de ses enfants ; le pasteur de la Faye est parrain d'une autre fillette, à Ablon en 1602 {Registres, extrait dans B. h. p., 1872, p. 220 et 224).
2. Ephémérides de Casaubon, édition Russell, 1850, t. I. p. 361 in des Kalendes d'août) : « O jour heureux ! nous avons, dans le palais même du roi. entendu prêcher le ministre de Madame. »