EFFORTS POUR CONVERTIR MADAME
duchesse à Paris se trouvait dans la paroisse Saint-Eustache, dont il était curé. Dès avant le mariage, en 1597, il avait exhorté sa voisine à adhérer à « la hiérarchique prêtrise, siège et demeure perpétuelle dud. Esprit » ; en 1000 il écrivait, lui aussi, au duc de Lorraine « tâchant de le consoler et nourrir dans l'espérance de la conversion » de sa belle-fille, pour « diminuer l'ennuy et la juste fascherie qui l'angustie et l'afflige continuellement, de la voir tellement prévenue. » En 1001 R. Benoist, doyen de la faculté de théologie et nommé évêque de Troyes (non résidant) revient à la charge auprès de la rebelle : « Ne vous frustrez pas, lui dit-il, en ce présent Jubilé, du fruit des prières de l'Eglise lesquelles sont faictes non moins pour votre nativité spirituelle que pour l'heureux enfantement de la reine, » et il parlait à sa manière de Cayer et de Couët : « Vous voyez que vos ministres les plus prudens et advisez se convertissent, les autres défaillent et sont totalement estonnez et rendus comme stupides quand il faut se représenter en une conférence. » Le bon prêtre dédie donc à la « très vertueuse et magnanime princesse » une Briefve proposition des admirables conversions à la vraye foi). Eglise et religion catholique de S. Paul et de S. Augustin:, avec l'application d'icclles, comme aussi du présent Jubilé l.
Le duc de Bar se rendit en pèlerinage à Rome pour ce jubilé, et sollicita du pape une dispense en bonne forme pour que son mariage fût absolument régulier. Il ne put l'obtenir. Le pape exigea de nouveaux efforts pour la conversion de l'hérétique : ces efforts furent faits, mais sans plus de succès, comme le constate Henri IV écrivant au cardinal d'Ossat : « Nous y avons si peu advancé, que nous en avons tous un extresme regret -. » Si, personnellement, le roi n'a pas toujours très vivement insisté, il a du moins laissé les champions du catholicisme tourmenter sa sœur sans trêve ni repos :!.
1. A Paris, chez Pierre Chevallier, au Mont Sainct-Hilaire, à la Cour d'Albret, M. DCI, avec privilège du roi, 14 pages in-8". Il n'y a pas d'approbation de la Sorhonne sur l'exemplaire que j'ai eu entre les mains. L'auteur n'aborde que dans les deux dernières pages le sujet des conversions de saint Paul et saint Augustin.
2. Lettres missives, t. V, p. 560, 22 mars 1602 : « Mon beau-frère, fort i lié de moy, a tenté et employé toutes sortes de moyens envers ma sœur sa femme, pour l'instruire et convertir en nostre saincte religion, suivant [es paternelles admonitions que Sa Saincteté luy en feit à son parlement de Rome. »
3. Pour tous les Français qui ne pouvaient aller à Home à l'occasion du Jubilé, « le pape a octroyé les mesmes pardons à ceux qui visiteraient
80 l'église réformée de paris sors HENRI IV
C'est ainsi qu'à Paris même, un an et demi après la conférence de Nancy se produit une nouvelle attaque. Le pasteur de Metz, J. d'Ivoy, était en fonctions pour le service ordinaire qui se célébrait, comme précédemment, au Louvre (juillet 1001) i. Du Perron revient à la charge, et Madame lui oppose finalement un autre adversaire que les pasteurs de Paris : le même théologien qu'au moment de son mariage. « L'évèque d'Evreux lui fit entendre qu'il luy prouveroit que la messe estoit comprise et tvrée des Escritures saintes... Madame, après qu'elle eut lu cet escript, y nota trois erreurs, savoir l'adoration du pain, la prière adressée aux saints, et les prières faites pour les morts, qu'elle donna à ses ministres. Depuis, se voyant toujours poursuivie par cet importun, elle fut d'advis de faire venir vers soy, le 20" jour d'octobre 1601, les sieurs François Gordon, gentilhomme escossois, et D. Tilenus, professeur de théologie à Sedan -, lesquels arrivés à Paris requyrent que l'évesque d'Evreux eût à respondre par escrit, ce qu'il ne voulut faire, mais envoya un chanoine à Madame, à laquelle il dit que la messe ne se prouveroit par les Ecritures saintes, mais bien par les traditions ; ce que \oyant les dits docteurs prindrent congé de Madame, laquelle se contantit d'eux et cognut la fausseté et vain babil de l'autre :!. » L'affaire en resta là pour cette fois, mais quelque temps plus tard le roi lui-même insista de plus belle, ayant recours « aux grosses paroles et aux menasses, déclarant que son mari la lairroit là, et luy aussy, » et Madame de répliquer alors « que quand Sa Majesté et tout le monde avec luy la lairroit, que par cela Dieu ne la délaisseroit jamais, et qu'elle aimoit mieux vivre la plus pauvre demoiselle de la terre en servant Dieu qu'en le deshonorant estre la première royne du monde 4. »
l'Eglise de Sainte Croix d'Orléans Le roi et la reine y allèrent des premiers, et donnèrent des moyens pour rebastir ceste Eglise que la fureur des guerres civiles avoit abattue. Le roi posa la première pierre » (P. Cayep., Chronologie septénaire (1605), 1. IV, p. 222 de l'édition de 1611).
1. Le 29, la princesse d'Orange écrit : <• Il faut que dans demie [heure] je me trouve au prêche chez Madame au Louvre. » (Lettres de Louise de Coligny à sa belle-fille la duchesse de la Trémoïlle, B. h. p., 1871, p. 506).