‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 75 sur 558 · LE CULTE A GRIGNY · texte numérisé non relu

LE CULTE A GRIGNY

Grigny est un petit village agréablement situé sur le penchant d'une colline, à gauche du fleuve et de la grand route qui le longe.

Du Moulin place Grigny « à cinq lieues de Paris. » C'était bien la distance prescrite par l'Edit. En réalité il y avait bien plutôt six lieues depuis la porte Saint-Marcel, par la grand route de Lyon, et un peu davantage si l'on remontait la Seine par le « coche d'eau, » comme devaient le faire beaucoup de voyageurs vu le mauvais état des routes et la rareté des carrosses à cette époque. Le parcours suivi en bateau n'est pas, d'ailleurs, beaucoup plus long que la distance par voie de terre de Paris à Grigny, tandis que le fleuve fait de nombreux détours pour arriver, en aval, à tel point situé à vol d'oiseau dans le même rayon : Poissy par exemple. En outre la cour passant alors quelques mois chaque année à Fontainebleau il y avait avantage à se réunir de ce côté, surtout jusqu'à la désignation, en 1600, du lieu d'exercice pour le baillage de Melun *. Mais la raison décisive pour fixer provisoirement le culte à Grigny était que le seigneur du lieu, ayant droit d'exercice dans sa maison pour lui et les siens, se trouvait être alors un fervent protestant, Josias Mercier.

Chez lui vinrent tous les dimanches pendant quelques mois des protestants sortis de Paris de grand matin et rentrant le soir, non sans être l'objet de manifestations hostiles au départ et au retour : « Le samedi 5e juin 1599, par ordonnance de la justice émanée du roy, furent mises des potences à la Grève et à la Tournelle [porte donnant sur le port Saint-Bernard où l'on s'embarquait] contre ceux qui outrageront, de fait ou de paroles, ceux qui iroient à Grigny. »

« Le dimanche 5" septembre, aux huguenots revenans du prêche de Grigny, furent faits plusieurs affronts par un tas de populace ramassée, dont il y eut quelques uns d'emprisonnés, et aussitôt eslargis, pour ce que ce n'estoit que paroles ; il y eust seulement une femme qui eust le fouet sous la custode au Petit Chalelet, pour avoir rué une pierre -. »

Ces deux brèves mentions sont tout ce que nous avons pu trouver sur le culte à cette époque : encore ne s'agit-il pas du

1. Ce lieu fut fixé, lui aussi, près de la route de Bourgogne et de la Sein^, h Bois-le-Roi, « en 1600, immédiatement après l'Edit », d'après un document de 1G82 publié par M. Stein (Curiosités locales, Fontainebleau, 1902, p. 82). C'était à deux lieues de Fontainebleau dans la direction de Paris,

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