‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 88 sur 558 · STRICTE OBSERVATION DE L'EDIT · texte numérisé non relu

STRICTE OBSERVATION DE L'EDIT

cice, est Sa Majesté suppliée d'incliner paternellement aux très humbles remontrances qui luy ont esté faites par l'Eglise de Paris, octroyant ledit exercice en quelque lieu plus proche et commode aux susdites personnes. »

A deux reprises — une première fois pendant le synode même — cette requête fut présentée au roi, mais toujours en vain. Le 18 septembre le Conseil donne un bref refus, signé Bellièvre : « Ne peut être rien changé en l'Edit. »

Après le synode national eut lieu le synode provincial de l'Ile de France ; il ne se tint pas à Ablon, mais à l'ouest de Paris, à Claye (30 mai 1601) * : une église venait d'y être établie conformément à l'Edit grâce au seigneur du lieu J. Anjorrant : avec une troisième, à l'est (Avernes), c'était tout ce qui composait alors le « colloque » de l'Ile de France.

Immédiatement après ces deux sessions consécutives, auxquelles les députés parisiens prirent une grande part, commence une série d'actes notariés concernant le temple 2.

Dès le 24 octobre 1599 3, c'est-à-dire dix jours après la signature des lettres patentes autorisant le culte, et avant même qu'elles fussent publiées à Ablon, un terrain avait été acquis par les

1. Actes aux arch. munie, de Vitry-le-François, copie à la Biblioth. h. prot.

2. Nous les avons découverts, avec beaucoup d'autres pièces intéressant des familles protestantes, dans les minutes de Me François. En charge depuis le 11 avril 1592 jusqu'à 1610 d'après les archives de la chambre des notaires (1609 en réalité), il fut à cette époque « seul notaire de la religion, et toujours veu de fort mauvais œil par les aultres notaires ses compaignons » (Mémoire des députés généraux, année 1608 et suivantes, ms. conservé à la Bibliothèque h. pr., fol. 36, extrait reproduit dans nos pièces justificatives, XXVII). Les registres de Me Jean François faisaient en 1906 partie des archives de Me Faroux qui nous a permis, avec la plus grande obligeance, de les consulter à loisir. Un Jean François, procureur en la justice à Metz, y avait été privé de son office, en 1585, pour n'avoir pas voulu « se réduire à l'union de l'Eglise C. A. et R. » (Fr. prot., 2e éd., VI, col. 705). Je ne sais s'il s'agit là de notre homme, ni même d'un parent. Le notaire parisien ligure une fois dans les actes transcrits par M. Read d'après les registres de Charenton : « Le 22 janvier 1609, Marie fille de Monr François nore, née de ced. jour, fut présentée au baptesme par Monsv Richebourg et Madeinl!e du Pradel » (B. h. p., 1872, p. 266) ; la marraine est la femme d'Olivier de Serres, client de M" François. Voir ci-après ch. VIII, S 1.

3. Minutes de M' François, 1603, fol. 320. Promesse de paiement d'une rente à la date du 31 juillet 1603.

protestants de Paris ; et l'aete inédit que nous publions fait connaître le nom du mandataire : Pierre de Rucquidort, avocat au Parlement qui demeurait dans l'Ile, à deux pas du Palais1.

Il fallait beaucoup de dévouement à la cause de l'Eglise pour accepter une pareille responsabilité : la situation juridique d'une collectivité officiellement reconnue depuis si peu de temps n'était pas bien déterminée, et elle ne pouvait acquérir que par personne interposée. Le protestant — presque certainement membre du consistoire et son représentant officieux en cette occasion — qui s'était en 1599 porté acquéreur en son nom personnel, appartenait, semble-t-il, à une famille originaire de l'Orléanais 2.

Les choses se sont d'abord passées suivant les formes ordinaires des contrats entre particuliers, devant un petit robin de campagne. « Me Pierre de Rucquidort, avocat au Parlement, » a traité avec « Pierre Roger, vigneron demeurant au village d'Ablon sur Seyne, et Geneviefve Halle sa femme, par contrat passé par devant Pierre Lamy, clerc greffier et tabellion au baillage d'Athis, en datte du vingt quatrième octobre » (1599). Plus tard seulement Ruquidort transmet formellement ses droits sur une partie du terrain aux représentants officiels du Consistoire, « acceptant pour et au profit de ceux de la religion. » Ce sont « M. Ysaac Courtin, advocat en parlement, et Me Thomas le Ferreur, secrétaire du roy en sa maison, et couronne de Navarre, demeurant

1. En 1605 rue de la Calandre, débouchant en face la Sainte Chapelle (sur l'emplacement actuel de la préfecture de police). Cf. Pièces justificatives, min. François, IX-XI. Le nom de Ruquidort ne figurait pas dans la France protestante, 1" édition.

2. Son nom : « Ru qui dort » était peut-être quelque surnom donné à un ancêtre au caractère placide et faisant son chemin sans bruit, ou demeurant tout simplement au bord d'un ruisselet tranquille. La France prot., 2 éd., V, col. 654, mentionne Rucquidort comme un des avocats d'Orléans condamnés à mort par le Parlement de Paris en 1562 (coll. Du Puy, vol. 137, f° 61) ; il figure au quatrième rang sur la liste en tète de laquelle est inscrit le nom de Sevin (un diacre de l'Eglise de Paris porte ce nom en 1561, B. h. p., 1852, p. 259). En 1570, à Montargis, Mathieu Béroald inscrivait sur son livre de raisons, parmi ses élèves, « Jean Rucquidor » (sic dans la Fr. prot., II, col. 399). Le nom a été souvent estropié : ainsi Fr. pr., I, col. 251 la femme de B. Androuet du Cerceau est appelée Marie Raanidier, et B. h. p., 1901, p. 54, Rtiquedoit ; d'après de nombreuses minutes de Me François, dont elle était cliente (8 août 1601, etc.) il faut lire Marguerite de Ruquidor.

Page 1