LES BANCS DU TEMPLE
terme à son éloquence ; les auditeurs aussi restent couverts. Quelques-uns — les anciens probablement — sont au pied de la chaire ; ensuite sont assises les auditrices, puis viennent les hommes : ceux des premiers rangs assis ; les autres, debout.
A Ablon, bien que l'édifice fût couvert à la fin de l'été 1601, l'aménagement paraît n'avoir été complet que deux ans plus tard ; ou du moins jusque là il n'y eut point de sièges fixes : pendant le culte on était tantôt debout, tantôt à genoux, ou bien l'on apportait des chaises, tabourets et bancs que l'on emportait après le service. Les tableaux et estampes, plus encore que les documents écrits, montrent les églises catholiques de cette époque également dégarnies de sièges. Aujourd'hui encore il n'y en a pas, pour la plus grande partie des assistants, dans les églises orthodoxes, grecques et russes.
De bonne heure cependant il y eut dans les temples réformés, des bancs pour diverses catégories de fidèles. A l'intérieur du temple de Paradis à Lyon vers 1561 1, à droite et à gauche du prédicateur, deux bancs à dossiers fleurdelysées sont occupés par des seigneurs ou des magistrats ; par devant, deux bancs à dossiers plus bas sont réservés aux enfants. Sur des bancs sans dossier prennent place à droite et à gauche les hommes, en face du prédicateur les femmes. Dans une galerie en bois les hommes peuvent également s'asseoir.
Les registres de M' François - renferment le « devis fait et accordé entre Jehan Desfossés, me charpentier à Paris, d'une part, et Messieurs de l'Eglise refformée de Paris d'aultre part, pour les bancs et sièges pour servir au temple qu'ils ont nagueres faict construire au village d'Ablon. » Ce Desfossés, « maître charpentier de la grande forge » était un protestant qui demeurait « rue
1. Une petite peinture à l'huile conservée à la bibl. de la ville de Genève est, d'après le B. h. p. qui l'a reproduite (1890, p. 287), « la seule vue intérieure connue d'un temple au XVIe siècle. » Une expédition d'un acte du 28 sept. 1606 (Papiers Coste, bibl. de la ville de Lyon) montre que l'acquisition d'une ' maison haute, moyenne et basse, jardin et estahlerye >> avait été faite à Lyon de la même manière qu'en 1599 à Ablon, c'est-à-dire par deux protestants qui déclarent n'avoir pas acheté « à leur profïict ny des leurs, ny de leurs deniers, ains des deniers par eulx empruntés au nom des bourgeois, manants et habitants de ceste d. ville de Lyon qui l'ont profession de la religion reformée et à leur proffict et de leurs successeur', pour y bastir un temple. »
du grand chantier 1. » (Il paraît avoir été déjà chargé des travaux de charpente, à raison de 400 livres, d'après un acte du 31 mars 1005). Les bancs seront en bois de frêne, de « onze poulces de large et deux, poulces d'espesseur, » soit environ 30 centimètres sur 5, « suivant le dessin desja fait et accordé entre ledit Desfossés et M' du Cerceau, architecte du roy. » Il est intéressant de voir ainsi un grand artiste comme Jacques Androuet du Cerceau - c'est évidemment lui — mettre son crayon à la disposition de ses coreligionnaires pour dessiner des meubles : il ne les trouve pas destinés à un usage vulgaire, puisqu'ils seront placés dans la maison de Dieu. On a souvent reproché aux protestants de donner aux édifices consacrés à leur culte un aspect peu artistique ; nous en avons rappelé ci-dessus diverses raisons. Il est d'autant plus remarquable de voir en 1003 le Consistoire de Paris manifester pour la menuiserie de simples bancs des préoccupations d'art décoratif.
Les « pieds des sièges » dessinés par du Cerceau seront « de sept poulces de large et deux poulces de grosseur, espassez de six pieds en six pieds. » Ces bancs avaient donc environ 1 m. 95 de long (ou 3 m. 90, ou 5 m. 85 avec une ou deux paires de pieds intermédiaires). II y en avait pour les hommes avec un dossier élevé de « dix-huit, dix-neuf, vingt, vingl-et-un et vingt-deux poulces derrière les montans. » Peut-être cela signifie-t-il que cinq rangées de bancs étaient disposées en gradins, les sièges étant d'autant plus élevés qu'ils se trouvaient plus éloignés de la chaire. Pour les bancs des femmes et des enfants la hauteur n'était que « de treize à quatorze poulces » (35 à 37 centimètres). Voilà pour les auditeurs vulgaires. Mais il y en a de privilégiés, car l'égalité n'existe pas encore en toute circonstance an-dedans du temple, si déjà elle y est beaucoup plus grande qu'an-dehors. En outre des susdits bancs ordinaires, le devis porte donc que « ledit dessin sera faict pour deux bancs adressés pour les sei-
1. C'est-à-dire rue des Archives dans la partie aujourd'hui comprise entre la rue Pastourelle et la rue des Haudriettes. Sa femme Charlotte Cauchon « estant au lit, malade de corps, en une chambre haulte respondant sur la cour de ladite maison, mais saine d'esprit et ayant bonne memoyre » fit, le 8 avril 1605, son testament. (Min. François, 1605, n° 137) : « Quand il plaira à Dieu de l'appeler, elle veut que son corps soit inhumé et enterré au lieu où ceux de la relligion refformée, de laquelle elle fait profession, ont coustume d'estre enterrez » [biffé : « fauxbourgs Sainct- Germain »].