NOMBRE D'AUDITEURS
gneurs et magistrats, et deux autres aussy adressés pour les ministres et antiens, un peu plus larges. »
A raison de « 22 sols par toise * » le prix sera de six cents livres tournois que s'engagent à payer « Messieurs de l'Eglise relïormée de cette ville de Paris, ayant leur exercice audit village d'Ablon. »
Nous avons ici une première donnée pour hasarder timidement un calcul jusqu'à présent impossible. Nous verrons en temps et lieu comment on a essayé d'évaluer le nombre de places contenues dans le temple de Charenton. Pour Ablon, en l'absence de tout document, on n'a encore fait aucun essai de ce genre. Si toute statistique est sujette à caution, avec combien plus de réserves faut-il faire des calculs hypothétiques comme celui-ci -. 11 peut donner cependant quelque idée, si approximative soit eHe, du nombre des protestants parisiens à cette époque. Au moins mille places, peut-être deux mille, tels sont les résultats auxquels nous arrivons 3.
1. A 20 sols par livre et 6 pieds par toise cela fait un peu plus d'une demi-livre par mètre, soit environ 2 francs, si Ton admet que sous Henri IV une livre valait à peu près 3 fr. 66 (Baii.lv, Histoire financière de la France, t. II, p. 298).
2. La livre tournois valant 20 sous, les 600 livres promises pour les bancs du temple (= 12.000 sous) à raison de 22 sols par toise, correspondent à 545 toises. Si l'on attribue — ce qui est large — un peu moins de 0 m. 50 de banc à chaque personne assise, cela fait 4 personnes par toise soit 2.180 auditeurs pouvant prendre place sur les bancs. Si ce chiffre paraît trop fort, et qu'on attribue à la confection des dossiers et des pieds la moitié des planches payées au charpentier, on arrive encore à conclure qu'il devait y avoir dans le temple d'Ablon plus de mille places pour des auditeurs assis, sans compter ceux qui se tenaient debout.
Pour nous figurer la surface occupée par le temple — aucune galerie n'étant indiquée, et tout le monde étant par conséquent au même niveau, sur le plancher ou le sol battu — il faut réserver au moins 50 centimètres carrés à chaque auditeur, y ajouter les couloirs entre les bancs et le ■ parquet » libre autour de la chaire : cela représente plus de 250 mètres carrés pour mille places : par exemple un rectangle de 40 m. de long sur 6 m. 50 de large (ce qui correspond à un banc de 18 pieds) ; pour deux mille places : environ 40 m. sur 12 ; or ce sont à peu près les dimensions de la salle basse du Louvre où nous avons vu La Fayc et Montigny rassembler facilement quinze cents de ces auditeurs qui les suivent maintenant à Ablon.
iî. Le temple inauguré par les réformés dieppois le 26 juin 1601 était en briques et avait !)(> pieds de long sur 74 de large. 11 contenait de 5 à 600 personnes (/•>. prot., 2° éd.. t. III, p. TOI t.
A Bionnc, lieu d'exercice accordé aux protestants d'Orléans en vertu de
Les jours de fête, où il y avait affluence extraordinaire, le <> grand » temple était certainement trop petit, et il fallait faire dos services supplémentaires soit dans la « maison des degrés, » soit en plein air dans la cour 1. A Noël 1604 par exemple, « une très belle assemblée » se compose, au jugement du duc de la Force, « de plus de quatre mille personnes 2. »
Les représentants de « Messieurs de l'Eglise refformée, » dans la commande des bancs, sont les mêmes que pour les contrats précédents relatifs au temple : « nobles hommes M. Pierre de Rucquidort, advocat en parlement, demeurant rue de la Calandre, et Me Thomas Ferreur, secrétaire du roy en sa maison de Navarre et autres domaynes, demeurant à Paris, rue Symon le Franc. »
Cet acte est du 6 mai 1603. Deux ans plus tard, la note n'avait pas encore été réglée : sur mille livres que le Consistoire devait à l'entrepreneur, il n'en avait payé que quatre cents. Un arrangement intervient par lequel Desfossés, au lieu de toucher en espèces les six cents livres restant dues, devient propriétaire de la maison des degrez et verse à MM. de Ruquidort et Ferreur la somme de neuf cents livres.
Nous reproduisons in extenso, aux Pièces justificatives (IX) cet acte du 31 mars 1605. Il est le premier où, dans les registres nota-
l'Edit (à huit kilomètres environ en amont de la ville, sur la rive droite de la Loire-), le Consistoire présidé par le père Du Moulin fit acheter un terrain par l'un de ses membres, un avocat (comme à Paris), Isaac Fleureau (acte du 21 juillet 1599 par devant Me Sevin, sans doute un protestant aussi : B. h. p., 1899, p. 566). Un marché est également conclu par lequel rentrepreneur h s'engage à édiffier un bâtiment de huit toises de long sur six de large, compris les œuvres, et treize pieds et demi de hauteur depuis terre jusqu'au chapeau (corniche). » La charpente se compose de « trois fermes par voie, garnies de leurs tirans, arbalétriers, aiguilles, jambes de force. » Les chevrons ont quatre toises et demie de longueur et trois à quatre pouces d'épaisseur. Les murs sont de pierre, chaux et sable, avec « quatre lucarnes » se prolongeant au-dessus de la corniche dans le toit. La couverture est en tuiles plates. Comme ameublement il y a, outre la chaire, des •< selles par terre » de dix pouces carrés. Le prix est de 333 écus et demi, pour lesquels l'entrepreneur donne une dernière quittance le 13 août 1601. C'est la description la plus complète que nous connaissions d'un temple à peu près contemporain de celui d'Ablon. L'inauguration eut lieu le jour de Noël 1599.
1. Ainsi à Pentecôte 1601 (F.phcmérides de Casaubon, cf. ci-après, p. 172).
2. Mémoires du Maréchal duc de la Force, t. I"r, p. 387. Il est inutile de supposer, comme le fait M. Coquerel (B. h. p., 1866, p. 560) l'existence d'un temple assez vaste pour contenir ces quatre mille personnes.