‹ L'église romaine en face de la révolution. Ouvrage composé sur des documents inédits et orne de portraits dressinésChapitre 4 sur 11 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

162 LIVRE rilEMIER.

plus grands malheurs, car jamais prince n'a moins vmill savoir que lYmergie est toujours le dernier mot de loule les affaires. L'on n'attendait que ce moment pour lais»^ aux. Constitutionnels leur entière liberté d'action. Pie \ avait (échauffé de son zèle le zèle de ces pasteurs dei âmes, que l'on séparait violemment du troupeau conBé à leur garde. Par ses brefs , par ses lettres, par son exemple surtout, il encourage, il excite cette miillituiU d'évêques et de prêtres fidèles jusqu'à la mort. évêques et ces prêtres vont la Subir en bénissant Dieu ti en saluant de leur dernier regard le Pontife snprémo.

Dans la dispcnsation des trésors célestes, Re VI n'o blie poini qu'il a, même parmi ces Athanase du Clei| français, des brebis qui n'écoutent plus la voix da i teur. Tout en faisant briller au-dessus de leur tète le t des censures spirituelks, il gradue les peines selon los délits; il menace, el cependant sa charité ne cesse poiul d't^tre donco, patiente cl paternelle. 11 énumère aux i les charbons ardents que le sacrilège et la nullité ( actes de juridiction exercée par eux amassent sur lei consciences. Aux autre§ , il annonce leur ruine j chaîne. Ce n'est plus quarante jours (pii sont fixét néanmoins, comme par Jonas; Pie Vl triple la loDganJ mité du prophète. Quand ce délai sera expiré, ta [ ne commencera pas encore; car, s'écrie le Pontife* « alors encore nons serons navrés de douleur, nous plei rerons, nous gémirons, nous seutirons no» entraillM se di?ssécher, comme si on nous arracliait nos propre membres. »

Celui que Bossuet, dans son admirable Snmmt sut

l'unité, nomme s.i justement « le chef de la parole el dd

■ Dref du 19 mars 11 Oï,

la conduite, » avait prononcé du haut de la Chaire de Pierre. Les évoques, les prêtres de l'Église de France, mesurent la profondeur du précipice vers lequel le Jansénisme et le Gallicanisme les poussèrent. Évêques et prêtres s'inclinent devant cette colonne parlante de la foi, dont les oracles sont recueillis comme une manne céleste. On les appelle à se déshonorer. II faut qu'ils prêtent serment à la Constitution civile du CJergé, sous peine de mourir de faim , car le salaire accordé est au prix du parjure. D'un bout de la France à l'autre, le Clergé se lève. Il refuse d'obéir à des lois qui répugnent à son honneur et portent atteinte à l'indéfectibilité du Siège apostolique.

L'^arènc est ouverte aux martyrs ; ils vont s'y précipiter en chantant des hymnes de victoire.

Le Comtat-Venaissin et Avignon étaient le domaine du Souverain Pontife. La Révolution s'en empare, et aussitôt Jourdan Coupe-Tête apparaît au seuil de la Glacière. Il inaugure en terre papale les massacres qui doivent, dans tous les siècles, faire pleurer le papier sur lequel ils seront racontés.

Il n'y a plus d'ombre de résistance armée, plus de trône, plus de pouvoirs intermédiaires. Les Parlements sont rayés d'un trait de plume de la liste des corps constitués. Ils n'existent plus, même pour mémoire. La magistrature , qui a tant fait pour la Révolution , est détruite par la Révolution. Le sacerdoce, qui la combattit, est exilé ou captif. Quelques traîtres seuls ou de coupables timidités, attardées sur la voie des concessions, en tiennent lieu, en attendant qu'on les condamne nationalement à l'abjuration et au mariage. Seulement ces évêques et ces prêtres relaps, que le bon sens et la foi du peuple pren*-

16i LIVRE PREMIEI!.

nent en moquerie ou en piLié, errent dans leurs templ^

solilaires comme des âmes en peine. Après avoir désob*

à l'Église, lis se sentent frappés de la réprobation unîl

verselle.

C'est tout au plus s'ils peuvent réunir autour d'e quelques indifférences. Dans les rangs de ces ecclésis^ tiques, on compte tout ce qui fit la force du Gallicanism laïque, tout ce qui servit à constituer le parti janséniste Ce sont des Oratoriena comme Poirct, qui s'cmparenH par droit de conquête, des principales cures do Paris; da Oratoriens encore qui , comme Daunou , Isabeau et Fouj elle, prêtent la main à tous les crimes. Dans leur résistance à l'Église, les Oratoriens eurent pour alliés lej Doctrinaires et les Génovéfains. Ils les ont pour complicfll de leur abjuration sacerdotale.

On a voulu remonter aux anciens canons et à la dis pline primitive. Les évéqiies et les eurés sont nomméS'l la pluralité des voix, par le suffrage du peuple. Ce pâQpT à part, qu'on a façonné au meurtre, s'enfonce inseiu blemcnt dans la mort comme un vieillard décrépit.' prend possession solennelle de l'opprobre, et, n'excuî ou plutôt n'honorant que ses propres excès, il n'ai que SCS passions, il ne répond qu'à ses haines. R l citoyen, il est électeur, il est délateur dans sa sectiOl comme il va être juré du Tribunal révolutionnaire, à dfiUj francs par jour, tout crime compris,

La Démagogie lui confectionne un Clergé à sa UâiM un Clergé qu'il a élu, et auquel il impose ses vices, i «'empressant d'adopter tous les siens. Ce Clergé, enOt plus vite frappé de ridicule que d'anatlièmo, produi l'effet d'une chenille sur une rose. Il ne peut rien ni pn lui ni pour les autres. Les bons le fuient , les méchanU If

méprisent. C'est tout au plus si, au jour des vengeances célestes et des colères humaines , il se trouvera des cœurs pour le plaindre ou pour lui apprendre à se laver de l'opprobre en face de la mort.

Le Jansénisme avait pousse à l'excès le principe de sa Constitution. Le Jansénisme est promptement dépassé, et Camus lui-même s'indigne du dédain dont il se voit Tobjet. Le Jansénisme sent qu'il a trop corrompu. Par quelques-uns de ses chefs frémissant devant des simulacres d'élections ecclésiastiques, où l'incrédulité et la débauche sa sœur ont seules voix au scrutin, le Jansénisme s'avoue vaincu et distancé. Comme les Girondins, il fit toujours le contraire de ce qu'il annonçait, et peut-être de ce qu'il voulait,^ au moins dans la partie la moins gangrenée do ses membres.

Le sang versé était odieux aux Girondins, ils mirent leur éloquence au service des travailleurs dans l'assassinat.

La liberté était leur idole, ils créèrent la tyrannie.

Le régicide leur semblait un crime et une faute, ils furent amenés à tuer le Roi.

La guerre civile apparaissait dans leurs discours comme le plus impardonnable des attentats sociaux. Une fois écartés ou dépopularisés, ils décrétèrent la guerre civile, qu'ifs ne surent même pas soutenir dans les plaines de la Normandie. Ces Marins de la parole, vaincus sans gloire, trouvèrent leur marais de Minturnes dans l'abîme d'un désespoir sans profit.

On les entendit se plaindre de l'injustice des hommes et de l'ingratitude des révolutions. Ils s'indignèrent d'être proscrits par les coupables vulgaires qu'ils avaient hissés au pouvoir. Ils semaient dans la corruption, ils recueil-

166 LIVRE PBEMIER.

lirent ilans l'ignominio. Ils avaient eu l'orgueil dfll deslruction , lo plus ridicule do lous les orgueils. Ils ej! moururenl , et la parole de MonLaigue se rivalisa encori une fois : ti Cculx qui donnent le branslc à un État, sioi s'exprime l'auteur des Essais^ sont volontiers les pre miers absorbez en sa ruyue. Le fruict du trouble ne doi meure guères à celuy qui l'a esmeu; it bat et brouUi l'eau pour d'aullres pesclieurs. »

Par boniieur, la Providence permit que ce qui éla vrai au temps de Montaigne le devint encore, et plus quj jamais, durant cette Révolution française, où les homnial semblent se manger entre eux cumiiie les poissons. Ëlli avait sacré le cnme, le crime lui rendit en opprobre toiij ce qu'elle faisait pour lui. Elle s'était entourée de fîgurd pétries en pleine boue; elle avait fait les plus épouvaiï tables appels aux plus épouvantables passions. Toutes id orgies de la pensée, touteti les dépravations de l'intelu gpuce la couronnèrent d'une couronne de honte, Dtin les épuncliements de sa fraternité avinée, elle allait, plai tant partout des arbres de la liberté, peupliers rachitiqud pavoises de rubans, et qu'il faut adorer sous peine (i mort. Partout leurs branchages ne produisirent quo ^ guillotines. La guillotine fut comme le soleil , elle s pour tout le monde.

Quand la nature afflige l'humanité par un de ces liivt rigoureux qui font date, les bètes féroces s'élancmi'dj leurs repaires, puis errant jusqu'aux portes dos villO elles clierclienl à dévorer les premiers passants. Sou» i TeiTeur de 1793, k société fut condamnée au i phénomène. Elle vil tout à coup sortir do certains booi immondes des créatures subrepticement liuptisée», qui, sans cette horrible secousse, scruieut il tout jai

restées plongées dans leur obscurité native. La Révolution, cette tendre mère en l)onnet rouge, démuselait ces férocités. Elle se gorgeait à la journée du sang de ses fils. Et personne ne résista, et tout le monde obéit au tyrannique hors la loi. Cette soumission au bourreau ne s'explique que par la pensée qu'alors en France il valait mieux affronter une seule mort que de les appréhender toutes. Peu d'hommes étaient enchaînés à la servitude, tous s'y enchaînèrent volontairement. Ainsi que sous le règne de Tibère , la Terreur brisa de force toutes les relations humaines , et plus la cruauté s'acharnait , plus la compassion fut interdite *.

De par la résurrection et l'affranchissement des peuples, qu'elle entreprenait à forfait, on voyait la République brûler provisoirement et en idée les prisons de l'étranger, et elle encombrait de victimes le Temple, la Conciergerie, les Carmes, l'Abbaye, le Luxembourg et tous les palais et toutes les églises. Elle égorgeait les hommes afin de les rajeunir; elle versait le sang de la France pour la régénérer. Elle proscrivait tous les souvenirs et changeait toutes les dénominations. L'Hôtel-Dieu s'appela Maison de l'Humanité; il y eut la rue Marat, la rue des Citoyennes, la rue des Sans-Culottes, la rue Lucrèce- Vengée. Quand les églises mises à sac ne devinrent pas des clubs ou des magasins à fourrages, on en fit des temples de la Raison, de l'Égalité, de l'Hymen, de la Vieillesse, de la Nature ou du Commerce. On changea les noms des villes, on bouleversa le calendrier, et à la France comme aux familles on imposa des sobriquets qui furent tout à la fois une dérision et un outrage.

C'était rougir de tant de siècles et de tant d'hommes

« Tacite, Annal ^ VI, 19.

U>8 I.IVUE PREMIER,

héroïques, effacer tout cg qui consacrait leui"s tïlres p le respect de la poslérilé. C'élail confesser que le poid^ lie ces immenses souvenirs accablait cette générationi préparée à toutes les lâchetés et à toutes les ignommiesi par ses émancipa leurs.

On habilla tantôt à la grecque, tantôt à la romaine J cette pauvre France déshéritée du Ciel etdela Mouarchiea On lui imposa l'athéisme pour Dieu et la guillotine po) souverain pontife. Le silence fut un crime capital, et ï délatioD un métier patriotiquement autorisé. La loi reudi tous les Français suspects d'être suspects. On cûuvH d'adverbes louangeurs, on pavoisa d'adjectifs enthow siastes les massacres décrétés au nom du Peuple. ' n'inventa qu'un moyen de rendre les hommes égatntiJ ce fut de leur couper la tête, afin d'établir plus rapidement, sur un sol désert et dans la nuit des tombeaux la lugubre égalité du néant.

Comme au temps où , selon l'énergique parole d'Isaïe *, <■ Dieu, le Seigneur des armées, ôtait de Jérusalem et c Juda le courage et la vigueur, toute la force du pain c toute la force do l'eau, le peuple se révolta. Losgranifi s'élevèrent contre les grands, et le reste des hommes Iq uns contre les autres; l'enfant s'insurgea contre le i lard, et les derniers du peuple centrales nobles.» Od< les vivants, on déterra les morts. On vit dans les cbî dos Ajax de carrefour au de théâtre, qui, après aw essayé, de rapetisser les grandeurs terrestres, osèrefti défier Dieu lui-même. On avait porté triomphalcmeilB Voltaire et Jean-Jacquc$ au Panthéon. Marat, lui ausBîS eut son apothéoso, dernier terme de l'extravagancf dans l'anarchie. Dugazun, Trial, Konsin, GrammoDiJ

' Prophft. liai , III.

CoUpl-d'Herbois, Monvel et mille autres comCHliens, ayant appris dans le métier d'histrion comment on devient factieux, furent les Corvbantes de ces bacchanales d'impiété. Saint- Just , Robespierre , Carnot et Barore , fabricants de petits vers de société , philanthropes d'académie, se plurent à traverser, sur une barque couverte de rubans et de roses, le fleuve de sang qu'ils faisaient couler.

Un de leurs disciples , portant la passion de la logique jusqu'au cynisme, n'a pas craint de dire * : « Il faut, demandez à ceux de 93, une conscience large que n'effarouchent point à l'occasion une alliance adultère, la foi

. publique violée, les lois de l'humanité foulées aux pieds, la Constitution couverte d'un voile pour faire la besogne

' de la Révolution. »

Il lui faut tout cela , à elle , pour qu'elle puisse , en connaissance de cause, travailler à sa manière au bonheur universel et à la régénération sociale. Il faut qu'on lui accorde des excès de toute nature à perpétrer ou à glorifier. Il faut qu'il lui soit permis d'élever des montagnes de victimes humaines ayant pour base des monceaux de cadavres. La Révolution , qui veut détruire tous les abus , renverser le fanatisme et tuer la famille par le divorce, n'a pas d'autres conditions à proposer. C'est le marché qu'elle vous met à la main; elle ne peut rien , si on ne lui laisse pas le droit de mensonge et de terreur.

La dévolution, c'est l'obscure, gigantesque et formi-

* dable image de la mort. Selon Milton, elle a un semblant de couronne sur un semblant de tête, avec un hurlement pareil à celui des chiens infernaux qui aboient sans fin ni cesse autour de la ceinture du péché. C'est un monstie

1 Réix>luti(m sociale f par Proudhon, p. 71 .

informe né du chaos et de Tenfer. L'Homère régicide la dépeignait ainsi du temps de Cromwell. Le Comité de Salut Public se garda bien de modifier son signalement. Elle était la même avec toutes les souillures que cent années de'corruption ajoutaient à ses cormptions natives. Au troisième chant de la Gernsalemme conquistata *, poëme du Tasse que la Jérusalem délivrée a fait oublier, on lit une octave, sombre prophétie que la plus effrayante des révolutions réalisa dans son ensemble et dans ses détails. Le poëte parle ainsi :

La Francia adorna or da nalura ed arte

Squallida un di vedrassi, e in rnsnlo negro,

Ne tempio illeso, o inviolata parte,

Ne loco da furor rimos) intègre :

Vedova la corona, ovunque sparte

Le sue sostenze, e il regno afîlitto ed cgro :

Délia stirpe real reciso e manco

Il piu bel ramo, e fulminalo il tronco.

ce Cette France aujourd'hui si embellie par la nature el par Tart, un jour on la verra pftle, défaite et couverte de deuil. Elle n'aura pas un temple qui ne soit violé , pas une retraite que la fureur ne souille. La couronne sera veuve, ses trésors dissipés, le royaume triste et malade, enfin le plus beau rejeton de l'arbre royal sera coupé, retranché et la tige foudroyée. »

C'était en 1 593 que Dieu inspirait au Tasse des vers si cruellement prophétiques. Le poëte avait tout vu ; il avait tout révélé, et il annonçait à la France les calamités futures. La prison du Temple, l'échafaud du 21 janvier, les inénarrables misères du jeune Louis XVII , la proscription de la dynastie , rien ne manque à cette odyssée de malheurs, pas môme le sort de Cassandre.

* Gerusalemme conquistata, (Rome, 1593, in-4«.)

I^ Parlement de Paris sY»mut; il frappa la pro|)lioti(» d'un arrêt de suppression, comme attentatoire aux droits de la couronne et à rinaltérable fidélité des Français. .

A deux cents ans de date , heure pour heure , le Parlement, broyé par la Révolution qu'il. avait appelée de ses vœux, de sa haine et de ses inconséquences, as*>islai( à la chute du trône, Il en voyait, il en partageait les mystérieuses douleurs , et, sur Téchafaud , il ^'accusait de ses aveuglements.

La nation avait juridiquement assassiné son Roi; elle assassine sa Reine, et une voix, qui s'élèvera pour confondre Torgueil humain, se fait entendre dans Paris. Elle hurle à tous les carrefours la plus fframle joie dr toutes les joies du pire Duchesné.

Voltaire avait introduit dans le style familier ces locutions de bas étage ou de proxénète qu'on ne devrait rencontrer quc! dans les mauvais lieux. Il en usait *, le père Duchesne en abuse. Dans son journal, c'est en ces termes qu'il annonce l'exécution de Marie-Antoinette : « J'ai vu tomber dans le sac la tôte de Veto femelle. Je voudrais, f...., vous exprimer la satisfaction des sans -culottes, quand l'architigresse a traversé Paris dans la voiture à trente-six portières. Ses beaux chevaux blancs, si bien panachés , si bien enliarnachés , ne Içi conduisaient pas ,

t « On me reproche d'ê're cornue de Ferney, écrivait Voltaire le 20 mai 4760 (t. LVHI, p. 413 de ses Œuvres complètes)^ que ces Joan-f...-lâ viennent donc dans la terre de Ferney, je les mettrai au pilori. N'allez pas vous aviser de m'écrire : A monsieur le comtes comme fait Luc (Frédéric II), maiô écrivez : A Voltaire, gentilhomme ordinaire du roi, litre dont je fais cas, litre que le roi m*a conservé avec les fonctions; car, pardieul ce qu*on ne sait pas, c'est que le roi a de la bonté pour moi, c'est que je suis très-bien auprès de madame de Pompadour et de M. le duc de Choiseul, et que je ne crains rien et que je me f..., » etc.

mais doux rossinantes triaient atlolâes au vis-à-vis î maître Samson , el elles paraissaient si satisFaites de cod tribucr à la délivrance de la République , qu'elles i blaient avoir envie de galoper pour arriver pins tôt i

lieu fatal. La g , au surplus, a été audacieuse et îoi

lente jusqu'au bout. Cependant les jambes lui ont mafl que au moment de faire la bascule pour jouer û la n chaude, daus la crainte sans doute de trouver, aprèad mort, un supplice plus terrible que celui qu'elle alla subir. Sa têfo maudite fut enfin séparée do son col ( grue, et l'air retentissait des cris de : Vive la RépJ bliquo, f, »

Ce langage inouï , imposé à la France du dix-huitièai siècle par ses réformateurs à coups de guillotine, c'esta cynisme délayé dans le vocabulaire. Les assassins paleiïl désavouaient leur âme, ils déshonoraient leur nature.i tremblaient les uns devant les autres, uiiiis ilfi faisaia trembler devant eux. On ne pleurait pas, on n'écriw pas, car l'œil se séchait de frayeur et la plume i comme si sous chaque pierre dormait un scorpion.

Les patriotes, les démagogues, qui s'appelaîenl ( Sans-culottes, étaient venus avec la mission de hrisef il chaînes du fanatisme et de l'esclavage. Dans les pria ils condamnaient à mourir de faim ceux qui ne racheta pas à prix d'or le droit do sauvage souveraineté qoe'^ Révolution tarifait'. La Révolution se faisait un ciM'(

' Od lit dans le Tableau lies prisons de Toulous» sous le régtie dt | bespiem, un arrûié du i vealàse an II ainsi con^u, et signé : Grain maire; Michel, secréiaire : » Seroul obligés, lesdélenua, de (aire vap dans la caisse du citoyen Estelle, trésorier de l'administration, à vingt-quatre heures qui suivronl la publication du présent, savoir:! détenuB de la Visitation, la somme de trente mille linrea, et c Carmélites, celle de cinq milti eiiui <xnl> livres; à quoi faire seront a

fer et une terre de bronze, et, par une de ces anomalies qu'elle aime à prodiguer, elle se donnait pour chef et pour apôtre Robespierre , Thomme qui avait dit * : « Tuer est un procédé digne des tyrans. »

Cet avocat était froid à faire tousser le marbre des sépulcres. A chaque phrase tombée de sa bouche , on était tenté de croire qu'il se complaisait à distiller du vinaigre à' la glace. Il inaugura le règne de la Terreur. xVprès avoir proclamé au pied de Téchafaud du 21 janvier que Louis Capet serait le dernier des Rois, il fit vociférer dans toutes les églises de France que Pie VI était le dernier des Papes.

La République, une et indivisible, croyait avoir ses raisons pour cela. Par une opération à laquelle on la vit prêter toutes les apparences de la légalité , elle enleva des églises l'or, l'argent, le fer, le marbre, enfin tout ce qu'elle put emporter; le reste fut détruit. Elle ne laissa pas sur le sol le plus petit vestige pouvant rappeler au cœur ou à l'esprit la plus petite idée de religion. Elle arracha les boiseries et les sculptures des murailles et des voûtes ; elle transforma les cloches en gros sous ; elle fit table rase du prêtre, de l'autel, du Dieu et du chrétien.

Sur la tribune aux harangues de la Convention , et comme pour associer plus directement la loi à ces sauvages impiétés, un âne, coiffé d'une mitre et revêtu d'une chape, traversa l'Assemblée au milieu des rires et des blasphèmes. 11 y avait, à tous les coins de la France, un autel de la patrie, le plus rapproché possible de l'écha-

traints solidairement par telles voies que radminisiration avisera, et notamment sous peine de la privation totale d'aliments. »

* Histoire parlementaire de la Révolution, discours de Robespierre, t. X, p. 66.

ni LIVRE PREMIER,

fautt. Snrces aulels do la patrie, plus inexorables elp ensanglantés que ceux de la Tauride, on présentait 1 dépouilles da fanatisme , dont quelques frères et aoj n'avaient pas daigné s'accommoder. Avec des chanW o qoeurs, on enregistrait tous ces Irt^soTs de piété et de F connaissance. Une mention tronorable était de droit t cordée aine spoHaleiirs comme prime d'encourageraei

Ce3 dcatructeurs, proridentiellement frappés d'imb citlité, avaient cru qu'en brisant le trône et qu'en avîKl sant l'autel ils arrachaient par là même de la consciei des fieiiples et la fui monarchique et la foi chrétietUM Héritiers de la Pliilosopltic, du Jansénisme et du Gallic! nisme laïqne, ila accomplissaient te dernier vœu de totitl ces puissances de l'anarchie : ils l'accomplissaient f pitié et sans remords.

Mais ce qui devait arriver, et Ce que personne sur U n'anrait osé prévoir, arriva. Les églises n'étaient pifi riches, elles furent plus sacrées qnc jamais. Elles ( nues, elles furent toujours pleines. Il n'y avait plu* d pompe, la prière s'éleva sur des décombres.

Dans l'ivresse des plaisirs et des innovations, la Frs s'était laissé surprendre. Sa noblesse, qui n'avait pas i vivre, apprit à mourir. On s'était endormi incrédnle t les palais, on se réveilla catholique dans les prisons I sur l'échafaud. Comme T^uzun-Biron , Cusline, d'Épi mesnil, Dillon, Malesherbes et Bcauhamais, chi fit de son repentir une profession do foi , et de ses G l'rances méritées un hommage au Dieu qui pai-tlontMr. ( gentilshommes, ces magistrats, ces généraux, penst que mourir pour le Roi, c'était mourir pour soî-iD pour la famille, qui ne meurt pas plus que ne meurt'] royaume. Seulemeirt ils mettaient une espèce de denûèf

coquetterie à périr comme ils avaient vécu, une rose à la bouche. On improvisait un bon mot devant le tribunal révolutionnaire. On se faisait des politesses au pied tic l'échafaud; il fallait y monter avec bon goiU et (oniljor avec grâce. C'était toujours le gladiateur gaulois, mais le gladiateur armé de Tinsouciance parisienne.

On dressait de lourdes guillotines dans toutes les villes; la Liberté et la Raison en promenaient de plus portatives au fond des campagnes. On massacrait à Arras; on tuait par la famine à Toulouse; on égorgeait à Marseille; on noyait à Nantes ; on brûlait à Reims; on faisait de Lyon la Commune affranchie par toutes les horreurs d'un siège ; on jugeait à Angers; on fusillait à Toulon, ce qui était absolument la même chose. Partout le trépas fut accueilli comme une expiation ou comme un bienfait. En marchant au supplice , les hommes chantaient le Te Deum ; les femmes modulaient en chœur le Salve, liegina.

Quand cette immense hécatombe de nobles, de peuple et de prêtres fut consommée , lorsque le sang eut coulé comme Teau et que le nombre des victimes fut comme le sable de la mer, la Révolution, qui avait laissé l'athéisme prendre le mors aux dents , comprit qu'il fallait régulariser l'anarchie. Alors le bon Dieu, changé en Être suprême, reçut un brevet d'existence, en attendant son certificat de civisme. Puis , comme on n'avait besoin que d'un culte, le plus naturel, le plus philosophique possible, on accorda à chacun la faculté de s'en fabriquer un, à condition , bien entendu , (|ue la Religion catholique , apostolique, romaine, serait à tout jamais exclue du choix.

Pour glorifier les Césars persécuteurs , leurs courtisans impériaux ne cessaient d'annoncer Fextinction du Chris-

ne Liviiii IMIEMIEU.

tiauisme et de l'aire frapper des médailles qui devail iiuinortaliser ce grand acte de justice. Sur ces médailles on lit encore : Nomine Chrixtianorum tlelelo. La Réveli lion avait formé le même vœu que les Césars; seulemei ses médailles à elle se gravaient sur la cendre et sur di ruines. Les Césars et l'Empire sont passésl Nous recher" clioos maintenant si la Révolution a la vie plus dure qu'eux.

Mais ce qu'on découvre sans peine et non sans douloi reux effroi, c'est que l'histoire des Césars, même buriiu par Tacite et Suétone, est distancée. Afin d'accumnt( sur le monde romain cet ensemble d'orgueil stupide, cruautés imbéciles et d'incroyables folies commençanl Tibère pour finir à Hélîogabale , il a fallu le pouvoir plus despotique exercé durant deux siècles par une snl de monstres. Dans une seule année, quelques sophist ouvrant boutique d'émancipation sur le marché de Pai des avocats ignorés pour leur talent et des prêtres tl connus pour leurs vices , ont surpassé en débordemeal d'imagination sanglante toutes les démences impériali Par eux, le crime collectif prit de telles proportM qu'aux yeux de certains fauteurs de complicité adinîl tivo, i\ s'éleva jusqu'au sublime du patriotisme. L'adnl lion ne fut jamais poussée aussi loin à l'égard dos Nél et des Domitien, une Fois que la justice de Diou les laissé tuer par une main vulgaire.

Il n'y a rien de mieux que ce que la France fait Uo bien, rien de pire que ce qu'elle fait de mal. On dirait que cette nation, privilégiée entre toutes, doit éteroelli ment se précipiter dans les extrêmes. Elle est vouée toutes les gloires; tes Révolutionnaires la contlamnenl tous les opprobres. Elle a toutes les initiatives, cllft;

les

toutes les réactions. De tous les hommes appelés par le droit ou par le hasard à la gouverner, elle fait des dieux ou des scélérats , selon ses caprices du moment. Elle se plaît aux abaissements ou aux apothéoses. Entre le Capitole et les Gémonies, il n'y a jamais d'intervalle pour ses inconstances.

Dans une indicible stupeur, l'Europe l'avait contemplée se livrant sans frein à des saturnales sans mesure. L'Europe avait vu des prêtres jureurs, comme l'abbé Grégoire, venir déclarer à la tribune ' « que toutes les dynasties sont des races dévorantes, ne vivant que de chair humaine , et que l'histoire des Rois est le martyrologe des nations. » Elle avait appris que la guerre faite, en France, à la religion et à la monarchie, c'était, dans un temps plus ou moins rapproché , la guerre établie en principe contre toute autorité religieuse et politique , et l'Europe s'était croisé les bras, sans même vouloir se demander où ce torrent s'arrêterait.

Une formidable insurrection contre l'échafaud avait éclaté dans les provinces de l'Ouest. La Vendée militaire était debout. Sans armes , sans munitions , sans chefs, sans tactique, elle s'avançait au combat, c'est-à-dire au martyre, avec une sublimité de courage qui ne sera jamais surpassée ; car, ainsi que Ta dit un écrivain démagogue * : a II est un pomt de la France où le royalisme fut héroïque, la Vendée, >> et la Vendée fut abandonnée à elle-même ! Ses soldats, comme les Machabées, combattaient encore plus par leurs prières que par leurs armes : Per orationes congressi sunt ; et devant ces gigantesques efforts qui honoraient le principe monarchique , les monarques se tu-

* Moniteur y 8éanco du21 septembre 4792, p. 4 125 et 1130. 3 Histoire de la Révolution française^ par Michelet, t. V.

rent. Se croyant comme perpétuellement irappés iBm foudre, ils ne comprenaient point que, pendanl et sm tout après de pareilles moissons d'attentats, il faudrï donner à la France républicaine, en expialion de ses outrages intérieurs , la gloire au' dehors , mais la gloire croyant porter la liberté dans les plis du drapeau tria lore. Avant d'être vaincue par les armes, l'Europe i narchique était terrifiée par les yeux. Ses pas, appesani par le sommeil, étaient lents et incertains. Elle s'ablic de désespoir à l'aspect de cette démagogie à qui tous I crimes et tous les bonheurs venaient comme à souhait. 1 démagogie enfantait incessamment des monstres , et il J s'offrit jamais un Hercule royal ou un Thésée moni chique pour en purger la terre. L'Europe ressemblait ces patriciens de la vieille Rome qui, par un héroïsl inouï de bassesse, présentant leurs quatre membres a esclaves des Césars, avaient la résignation du suicide^ de la mort dans le bain chaud , sans avoir le courage I la vie dans le péril. On se taisait d'anéantissement; vieillard seul eut de l'intrépidité pour tous.

Comme Louis XIV, instruisant son fils dans l'art de j^ gner et lui formulant les vérilables maximes du gOUTl nement dans ce style magistral qui conserve son wA Pie VI a pu dire, lui aussi, ce que le grand Roi a ( sur le pouvoir qu'un peuple s'attribue : « Plus voas | accordez, ainsi s'exprime Louis XIV ', plus il prélea plus vous le caressez, plu» il vous méprise; et co doi est une fois en possession est retenu par tant de bras, < l'on ne le peut arracher sans une extrême violence.

Ces sages conseils, donnés pai- l'aïeul et repraduj sous une autre forme par le Souverain Pontife, avai<ï

I ÛEuures de Loui$ XIV, I . II , p, 87.

été respectueusement écoutés, sans pouvoir être suivis. Pie VI n'eut plus qu'à glorifier publiquement le martyre, en flétrissant les assassins. Cette sublime témérité, dont le Pape se montre animé , est une protestation du Prince et un acte du Pontife.

« Louis XYI , dit-il dans cette allocution , la plus magnifique peut-être et à coup sûr la plus saintement audacieuse du BuUaire romain , Louis XYI a été condamné à la peine de mort, et la sentence a été exécutée. Quels hommes ont donc rendu un semblable jugement ? Quelles manœuvres l'avaient donc préparé ? La Convention nationale, qui s'était établie son juge, en avait^lle droit ? Nullement. Cette Assemblée , après avoir aboli la royauté , le meilleur de tous les gouvernements, avait transporté l'autorité publique dans les mains du peuple , incapable d'écouter la raison et de suivre aucun plan de conduite , sans discernement pour apprécier les choses , réglant la plupart de ses décisions, non sur la vérité, mais sur ses préventions , inconstant , facile à tromper et à se laisser pousser au mal ; ingrat , présomptueux , cruel , et qui se fiiit un jeu de voir couler le sang humain, de se repaître du supplice et de l'agonie de ses victimes expirantes, comme dans l'antiquité il courait aux sanglants spectacles de l'amphithéâtre. »

Puis, au milieu de ses tristesses, s' adressant à cette France qu'il a tant aimée, le Pontife s'écrie : « 0 France! Fjrance, que nos prédécesseurs proclamaient le miroir de tout le monde chrétien et la colonne immobile de la foi , toi qui marchais, non à la suite, mais à la tête des autres nations, dans la ferveur de la piété chrétienne, et la soumission à l'autorité du Siège apostolique, combien aujourd'hui ne t'es-tu pas éloignée de nousl Quelle animo-

(80 LIVRE PBEMIEB.

site t'aveagle sur la véritable religion , et t'a |

des excès de fureur qui te placent au premier rang parni

les plus cruels persécuteurs ? Et cependant pourrals-t

quand tu le voudrais, ignorer que cette religion est I

plus ferme appui des empires, parce que c'est elle qui r

prime et les abus du pouvoir dans ceux qui gouvernent J

et la liceuce dans ceux qui obéissent? Aussi, voilà pourJ

quoi ceux qui en veulent aux droits de l'autorité royal

aspirent pour la renverser à l'anéantissement de la i

ligion catholique.

11 Encore une fois , ô France 1 toi à qui , disais-tu , î fallait un souverain catholique , parce qu'ainsi le ■ laient les lois fondamentales du royaume, tu l'avais, ( monarque catholique, et par cela seul qu'il était cathvli'l que, tu l'as assassiné! a

L'homme, le chrétien, le prince, ont tour à tour prié et pleuré. Le Pontife sèche enfin ses larmes; il se r dans son intrépide majesté, puis, saisi d'une soudaine & prophétique inspiration : « Jour de triomphe pour 1 reprend-il; car nous avons la confiance que le Seigoeui d'où lui venait ce courage qui brave la persécution ( rend supérieur à la souffrance , l'a appelé dans son sein changeant pour lui une couronne terrestre, hélas I frêle, et des Us sitôt flétris, contre une autre couroniw impérissable, tissue de ces lis immortels qui ornenl 1 front des bienheureux. »

Voilà le sublime défi qu'un vieillard presque ocl géuaire, n'ayant plus pour appui qu'un sceptre roseau, porte, en pleine Terreur, à la Bévolution dédiatl née. Pie VI trouvait dans son cœur et sur ses lèvres dOf paroles qui sont une espérance, des cris de l'âmo ( réconcilient avec l'humanité. Tandis que le Papo se saci

fiait pour la justice et pour la vérité, que faisait la France ? que disait Paris ?

Le 21 janvier 1 798 , la République dressait sa guillotine sur la place Louis XV. Tout à la fois accusateur, juge et bourreau , elle y attend sa royale victime. Pour ce jour de sinistre expiation, le peuple de Paris s'est levé. Déjà la Révolution Ta fait assister à plus d'une catastrophe. Au 6 octobre , au 20 juin , au 1 0 août , au 2 septembre, elle lui mit les mains dans le sang. Dos premiers enthousiasmes de la prise de la Bastille, le peuple est passé aux joies menteuses de la fédération. Après avoir renié son Dieu et le culte de ses pères, il se place en face de l'échafaud.

Ce peuple , jusqu'alors le plus spirituel courtisan des rois ses maîtres, emprunte à la Révolution tout ce qui va à ses fantaisies de malcontent , à son goût inné de barricades, à son éternel besoin d'opposition et à ses glorioles de marquis de Tuffîère en boutique. On proscrivait les nobles; le bourgeois de Paris eut des applaudissements pour la proscription qui lui laisse le premier rang. On dépouillait le Clergé de ses biens; on s'efforçait de le ruiner dans l'opinion publique par des sarcasmes d'impiété ou par l'apostasie passée en loi. Le bourgeois de Paris, qui aime à raisonner même avec le bon Dieu , approuva tout de l'œil et de la main.

A l'aurore de la Révolution , il se montra enthousiaste comme les poètes , avide comme un usurier, crédule ou peureux comme les enfants. Il s'est associé à cette large moisson de désordres et de paradoxes que la Philosophie et le Jansénisme firent germer. Il prit plaisir à courber la majesté du droit sous les caprices de la force brutale. Dans ces délires de l'esprit, le peuple de Paris, haletant

18Î LIVHE PREMIER,

d'égalité , s'enivra des douleurs d'une servitude iizist^ naire. Les préceptes désordonnés de tous ses JamblB ques, n'affirmant que le doute, furent traduits en calé chisme, c'est-à-dire en roman pliilantliropique.

On l'avait trompé. Par un prodige de slupide < iité, il se plut à être trompé et à le savoir; mais, 21 janvier, il eut peur de son œuvre. Cette peur, était un saint remords, s'arrêta comme une dernière bonne pensée au foyer de la famille. Là, consterné i muet devant sa femme et ses enfants qui pleuraient, bourgeois de Paris eut du repentir sur le front, des 1 mes, de véritables larmes dans les yeux, un cri de d espoir ou d'indignation dans le cœur. Rangé syr le bo» levard , et redevenu garde national , il se prête , pAIe cj résigné, à tout ce que la Révolution exige de lui. Il t de l'ordre en l'honneur du crime; il porle les arm la scélératesse escaladant le pouvoir avec elFraction.

La France, qui, à travers toutes ses sortes de cou! commit tant de lâchetés, avait laissé détrôner, renfer au Temple , juger et exécuter le plus honnête homme à Royaume, le monarque se faisant une douce gloire ( courir au-devant de toutes les améliorations, cent raille soldats citoyens, baïonnettes intelligentes q Paris Jetait sur le pavé, il ne se rencontra pas i telligence courageuse pour demander compte aux ( de la Convention du sang d'Abel qu'ils versaient.

Dans celte multitude qui se pressait depuis la pré du Temple jusqu'à la place sans nom, il n'y eut pas l conviction pour protester. L'attentat avait quelque cIh) de légal. Ceux qui, dans toute l'histoire de France» rent loujoui's en hostilité contre la loi, la respeclèreqj alors qu'elle était monstrueuse. Le Parisien, travesti c

soldat, se crut affranchi de tout remords. Quoique en révolution il soit souvent plus difficile de connaître son devoir que de le faire, le Parisien connut ce devoir, et il recula devant son accomplissement. Il accepta l'opprobre que les bourreaux lui décernaient en palme civique. Puis, à dater de cette heure néfaste , la capitale du Royaume fut marquée dans les décrets de la Providence comme la ville où , selon les paroles d'un ancien , le désordre et le tourbillon allaient expulser à jamais toute prévoyance conservatrice. La Terreur matait les indignations populaires, et, dans ces moments, il est impossible de savoir à quel degré d'abaissement un peuple laisse descendre son cœur. Néanmoins il se montre toujours très-patient pour le supplice des autres.

Pie VI avait mieux vu; Pie VI avait plus sainement apprécié la situation que les Rois de l'Europe et que les Français eux-mêmes. Les souverains se demandaient, comme au xxix* chapitre du Deutéronome : « Pourquoi le Seigneur traitait ainsi ce pays, d'où venait qu'il faisait éclater sa fureur avec tant de violence ?»

Et Pie VI leur répondait : « Parce qu'ils ont abandonné l'alliance que le Seigneur avait contractée avec leurs pères, lorsqu'il les tira d'Egypte, et qu'ils ont servi et adoré des dieux étrangers qui leur étaient inconnus, et au culte desquels ils n'avaient point été destinés. »

Les Rois de l'Europe s'étaient laissé surprendre par la Révolution comme des enfants par la marée montante. Ils avaient d'abord nié le danger, puis on les avait vus sourire des embarras qui incombaient à leur bon frère de France. Enfin, pris au dépourvu, les uns essayèrent de pactiser avec elle, les autres se fortifièrent dans leur stupéfaction pour en avoir peur tout à leur aise. Depuis

m LIVRE phemier.

longtemps les Rois de l'Europe n'avaient plus entrée de lien commun, plus de centre d'unité et d'action, pla de modérateur omnipotent, qui apaisait les colères, disa pait les devances, réglait les intérêts, et se portait garaa de la bonne foi comme de la parole de chacun.

Violemment séparés de l'Église par le Protesfantismd on amenés, par les coupables manœuvres de leurs r nistres, à redouter l'influence de la Papauté, les priocj s'étaient isolés sur leurs trônes. Ils ne s'entendaient qd pour laisser organiser le mal autour d'eux, et faire de j force contre le Siège Romain. Par un concours de t constances que l'histoire ne s'est jamais donné la peig d'étudier ou qu'elle a cherché à obscurcir, la Chaire i Pierre s'était peu à peu déshabituée de son inlluencc lé{ lime. Cette influence qu'elle exerça au moyen âge toin nait constamment au bénéfice du peuple, dont les Pan se constituaient les interprètes et les tuteurs. Ils élaiei toujours en mesure de stipuler, de prier ou de com der pour lui. Chaque pontife avait alors le droit de c et de faire ce que Grégoire II écrivait à l'empereur I

« L'Occident entier, lui mandait-il avec une i liberté, a les yeux tournés sur notre humilité... Il noi regarde comme l'arbitre et le modérateur de la tranqi lité publique... Si vous osiez en faire l'essai, vous l trouveriez prêt à nous porter là même où vous êtes j y venger les injures de vos sujets d'Orient.

Ce pouvoir, qui fut un frein pour les monarques etû bienfait pour les peuples, avait été le plus souvent oxei| par le Pontificat avec npe modération admirable. ! autorité était un contre-poids et une protection, quelqi fois aussi un stimulant. Armée du double prestige de J vertu et de la puissance spirituelle', elle entraînait les S

verains et les nations sous un drapeau commun, et les Croisades et la bataille de Lépante , et les grandes ligues se formaient à sa voix. Au nom du Pape , des Légats parcouraient l'Europe , imposant la guerre ou la paix. Ils discutaient avec les princes, ils négociaient avec les républiques, ils servaient de trait d'union dans tous les différends. Médiateurs craints ou respectés, ils aplanissaient les obstacles , et se faisaient tout à tous pour consacrer les droits de chacun. L'univers entier reposait à l'abri de la science, de la sagesse, de la justice et du courage de 1^- Borne chrétienne.

A travers les mille péripéties de l'histoire, le Siège apostolique n'avait jamais manqué d'hommes pour remplir ce grand rôle de la paternité universelle. La disette • des caractères fortement trempés et des esprits éminents ne se fait jamais sentir autour de la Chaire de Pierre. L'Église, se renouvelant sans cesse, et choisissant ses pontifes, • ses cardinaux et ses prélats au plus haut comme au plus bas de l'échelle sociale, a toujours à sa disposition de vastes capacités qui peuvent répondre à tous les besoins.

Mais quand le Luthéranisme et le Calvinisme eurent divisé l'Europe et modifié sa manière d'être, l'Eglise comprit qu'elle devait peu à peu s'effacer du mouvement politique. Il ne s'agissait plus d'être Guelfe ou Gibelin, et de disserter avec la Maison de Souabe sur les prérogatives du Sacerdoce ou sur les ambitions de l'Empire. Toutes. ces rivalités d'un autre âge tombaient devant une nécessité plus pressante. Rome voulut préserver le Catholicisme d'une crise dangereuse. Rome se résigna à laisser les rois et les peuples débattre entre eux les questions purement temporelles.

Son abstention calculée, mais volontaire , avait les

486 LIVRE PnESlIER.

apparences d'un affailiUsseinenl moral. En renonçant^ l'exercice d'une autorité qui féconda le pouvoir ot l'ob^ sance, les Papes avaient consommé un sacrifice. Personnff no leur en tint coippte. Ils ne parlaient plus qu'au nom de la puissance des Clefs; iU ne se môlaîent plus que de matières naturellement soumises à leur examen. Ce f(j ce moment qu'on choisit pour accuser l'Église d' empiéta sur le domaine temporel. Ils se renfermaient dans I affaires de conscience; ils se tenaieat à l'écart de ( débat politique. On no voulut jamais se persuader ( cette abstention était sérieuse ; alors on s'imaj^ina de G des tableaux de fantaisie de leur prépondérance pass On désirait que les rois n'eussent plus entre eux de lîd ni d'accord : on leur apprit à se défier du Pape et à s'a loigner de l'Église.

On alla plus loin. L'esprit du siècle, qui (Jtait < marche et en progrès comme toua les esprits du sîèdd contraignit les rois de la terre et leups gouverncmeQta humilier le pouvoir ecclésiastique et à le tenir en tutell^ tandis qu'il sera toujours d'une sage politique de laisi croire aux peuples que* la Religion est indépendante!" L'autorité des princes, des législateurs et dos magistrali n'est possible, et duralilo peut-f^tre, que lorsque i mêmes peuples ont le droit do regarder la Relïgi comme la source et la première de toutes les ï Cette pensée, innée au cœur des multitudes, elles une consolation et une espérance. Par Va même, devient un appui pour les trônes, car il n'y a que c est puissant qui donne la force ou qui y ajoute.

La politique abaissa donc les trônes qu'elle préteadd exhausser. En les eiîrayant d'un pontife comme Gif goire VII ou comme Jules II, elle Ht natlre aux prince» |

pensée de gouverner par eux-mêmes, et surtout pour eux-mêmes. Cette pensée d'égoïsme devait leur être fatale : ils ne s'en aperçurent même pas lorsque le danger approcha. Ils étaient privés de cette vigilance toujours active qui, à l'heure des périls, les réunissait sous la bannière de l'Église , et leur désignait l'ennemi commun qu'il fallait frapper de la parole ou du glaive. Ils restèrent désunis , incertains , ne formant que des vœux stériles, ou ne se prêtant qu'à contre-cœur à d'impuissantes combinaisons. L'homogénéité n'existait plus dans le conseil des monarques , elle passa dans le camp révolutionnaire. Les monarques avaient dédaigné ou affaibli la seule influence qui pouvait dompter l'idée démocratique; aucun d'eux ne sentit la nécessité de recourir à Rome , comme à la source de tout principe.

Par des motifs d'une sagesse qui échappe au vulgaire, *Rome semblait s'être désintéressée de toutes les questions politiques. On avait eu l'air de craindre son activité et de suspecter sa domination ; elle la restreignait aux choses de la foi. Depuis Benoît XIV surtout , plus elle s'était vue injustement attaquée , plus elle avait cherché à se montrer conciliante et réservée.

Au lieu d'endormir les défiances philosophiques, cette attitude de temporisation les avait excitées. A entendre la Révolution, Rome n'était plus qu'un fantôme, mais ce fantôme pouvait encore exercer sur les multitudes un prodigieux ascendant. Il fut tacitement convenu dans le conseil des Rois que les progrès du siècle et de la civilisation s'opposaient à une intervention quelconque! du Pontificat suprême. Tout hérétique que fût l'Angleterre, elle ne partagea pas cette erreur. Pitt avait réfléchi sur les conséquences morales et politiques du fait révolutionnaire.

tes LIVRE PREMIETl.

Il s'en constitua l'ennemi personnel-, il chercha lesmoyeïil de réunir l'Europe contre les prédicants de démagogioa Son infatigable persévérance ne se dissimulait pas lej obstacles de tout genre dont une pareille alliance étaii entourée; mais il crut parer à plus d'une difliculté edj proposant au Père commun de se placer à la tête de celle ligue sainte.

Pie VI, outragé et menacé à la tribune de tous les cluW et sur tous les théâtres de France, avait jugé nécessaire de prendre quelques précautions en vue de rinvasioil antichrétienne. Plutôt pour sauvegarder les frontières d l'État romain qiie pour abriter le Saint-Siège apostoliqud il avait ordonné des mesures militaires et une concentrée lion de troupes autour de Rome. Il avait auprès de m le cardinal Maury, nature vigoureuse, qui no demandai pas mieux que de continuer par les armes la croisade qu| son éloquence avait entreprise à l'Assemblée nationale.!

Les cardinaux do l'intimité du Pontife, Albani, ZeladJ Antonelli, Gerdil, Busca, le vieux Bernis et le jeune pfé lat, Hercule Consalvi , étaient, par leur caractère ouj leurs antécédents, tout disposés à seconder une coalitira monarchique. Pitt s'était fait rendre compte de ces din positions. 11 connaissait le courage personnel du vicailj de Jésus-Cil rist. Il savait qu'aux maux extrêmes oa t opposer des remèdes encore plus extrêmes; il crul dotà que le royaume de Dieu pouvait encore être de ce mondd LcsRoishésitâient ou tremblaient. Ceux mêmes qui avaieDB les armes à la main ne combattaient que dans le baj d'arriver à une transaction, la moins déshonorante posfl siblc, mais, avant tout, la plus profllahle à leurs intérètf du moment.

Au milieu de tous ces affaissements royaux, Pill entrôï

voit que le seul moyen de vaincre Tidée révolutionnaire, c'est de lui opposer Tidée religieuse. Les ambassadeurs anglais dans les cours étrangères ont ordre d'approuver, d'exalter, de citer comme modèle l'attitude et la vigueur du Pape. Ces diplomates se conforment à leurs instructions. Bientôt l'éloge du Saint-Siège et l'urgence de reconnaître le Pape comme chef suprême et lien ostensible de la ligue contre la Révolution se trouvent dans la bouche de tous les ministres britanniques.

Une négociation officieuse s'ouvrit à Londres entre le cabinet de Saint- James et les prélats émigrés, à la tête desquels se trouvait Arthur Dillon, archevêque de Narbonne. William Pitt voulait mettre la grande image de la Papauté en face de la Révolution; il espérait en tirer parti pour ses vues ultérieures. Une correspondance sans caractère officiel s'engagea à ce sujet entre le cardinal de Montmorency - Laval et Arthur Dillon, puis François de Conzié, évêque d'Arras, écrivit, en mai 1794, au cardinal de Bernis.

« Depuis mes dernières communications d'Allemagne, mande -t- il au vieil ambassadeur de Louis XV et de Louis XVI près le Saint-Siège, j'ai reçu, à mon arrivée ici, un billet du cardinal Zelada, secrétaire d'État de Sa Sainteté, et j'ai beaucoup causé avec M. Pitt de son contenu. Le ministre m'a témoigné une sincère et profonde admiration pour la vigueur que déploie la cour de Rome; mais il m'a dit très-franchement que , sans vouloir faire d'une vaste coalition monarchique une affaire particulière de religion, il croyait plus que jamais l'intervention du Pape essentielle dans les circonstances présentes. Avec son prodigieux bon sens , M. Pitt entre très-bien dans les raisons que développe le Saint-Père; mais il dé-

sirerait que la cour de Rome appliquât à l'univers entïëi les mesures qu'elle a prises en vue d'une invasion répu-i blicaine sur le terriloire pontifical. M. Pîtt pense qu'iT n'est possible de s'opposer au torrent révolulionDairt qu'en lui jetant comme digue l'Europe entii^re armée. S idées sur cette coalition sont celles-ci. 11 m'a dit : Je i demande pas que le Pape se mette de sa personne à 1 tête d'une croisade politique ou qu'il la prêche com Urbain H. Ces temps sont passés; et, si je ne les regretl^ pas comme anglican, je puis bien, dans la situation aq luelle, ne pas a\oir le même sentiment comme hotn et comme ministre de la Grande-Bretagne, châtié t veiller à la conscr\ation de l'Europe ébranlée. Les coalii lions auxquelles nous travaillons, au nom de l'ordrt social, sont combattues et déjouées par des intérêts pan ticuliers. En plus d'une occasion, j'ai déjà va les c du continent reculer devant les divergences d'opinion l de culte qui nous séparent; je pense qu'un lien i mun devrait tous nous réunir. Le Pape peut seul 6li| ce centre. Il a l'Italie, l'Espagne, l'Autriche etune partij lie l'Allemagne sous la main. Son autorité, momentanâj ment affaiblie par des causes regrettables, peut trèa-feci iement recouvrer le prestige perdu, surtout quand I Prusse et la Russie , de concert avec l'Angleterre , y prQ teront la main. Le soulèvement de la Vendée, qui t plutôt une guerre de religion qu'une guerre politiqu^ indi(|ue qu'en France on pourrait encore, dans plusiei provinces, trouver do pareils dévouements. Je crois doi que la cour de Rome pourrait et devrait jouer nn 1 rôle au milieu des secousses.

» Sur l'observation que je me permis de lui faire * l'âge du Souverain Pontife et de sa manière déjuger li

événements, M, Pitt ajouta qu'il comprenait et approuvait cette réserve ; qu'on avait eu tort de tenir la Papauté dans l'isolement, qu'elle était une force avec laquelle il fallait toujours compter, et que les gouvernements devaient se reprocher cette ingratitude; mais, feprit-il, dans le danger commun , il n'est plus temps de se laisser aller à d'inutiles récriminations. Par les agents du gouvernement à l'étranger et par ceux que j'ai envoyés à Rome y je sais les bonnes dispositions du Pape et celles du Sacré Collège, Depuis le commencement des troubles de France, le Pape n'a jamais eu un moment d'hésitation, n a parlé, il a agi avec une fermeté au-dessus de tout éloge. Le Catholicisme est détruit en France. On joue sur tous les théâtres le Mariage du Pape et- toutes les moqueries les plus odieuses. Dans le même temps, on propose en pleine Convention de me faire assassiner \ Ma vie est peu de chose, et l'Angleterre ne manque pas d'hommes pour me remplacer; mais à ces hommes, attachés comme moi aux principes conservateurs des sociétés ^humaines , il manque un puissant levier. Nous sommes trop divisés par les intérêts personnels ou par les vues politiques , Rome seule peut faire entendre une voix impartiale et dégagée de toute préoccupation extérieure. Rome devrait donc parler dans la mesure de ses devoirs bien plus que de ses affections dont personne ne doute. Une bulle du Pape , présentée aux cours catholiques par des légats a latere^ et annonçant la guerre sainte, la guerre à l'anarchie, produirait un grand et saju taire effet. Elle armerait les souverains et les nations ; elle fonderait

1 Dans la séance de la Convention du 7 août 4793, le citoyen Garnier (de Saintes) proposa de décréter que Pitt était Tennemi du genre humain > et que tout le monde avait le droit de Tassassiner.

LIVHE l'RKMIKR.

une alliance indissoluble, seul moyen de résister au s Evage enthousiasme de la démagogie. J'ai eu de longuJ conférences avec quelques-uns de vos évêques émigr^ Il y en a plusieurs encore dans la maturité et qui ! raient tout prêts à seconder nos vues, si le Pape ^M associait. Pourquoi ne les emploierait-on pai

ji J'ai répondu que, sur un ordre de Sa Sainteté, Clergé français était prêt à consommer tous les sacrifict mais, me suis-je permis d'ajouter, on supposant que | cour de Rome juge opportun d'adhérer à une coalitid ainsi basée, je crois qu'il ne faudrait pas confier à dq évoques émigrés les hautes fonctions de légat ou do nonM apostolique. On verrait dans ce choix une trame fraffl çaise; et avant- tout, il faudrait laisser à Rome son ini tiative. — C'est bien ainsi que je l'entends, reprit I ministre , et si le Pape se décidait à envoyer des légad aux cours catholiques, je connais assez mon pays pOB| répondre d'avance qu'ils ne seraient pas reçus avec plq de respect à Vienne ou à Madrid qu'à Londres mèm Les divergences de religion s'effacent dans un immem péril commun. Si le Pape consent à publier la buUo ( coalition , une flotte anglaise ira croiser sur les côte d'Italie pour protéger les Étals romains, et cette ftotn portera en même temps un ambassadeur exlraordini do Sa Majesté près le Saiot-Siége pour honorer le CÏW visible de cette alliance indispensable.

n Toi est en abrégé Te récit de mon entrevue «v^ M. Pilt. Votre Éminence y verra qu'il ne recule devaia aucun obstacle, et qu'il sait irès-bien les aplanir. 1 proposition que je suis en état de transmettre n'a rieî d'ofRcicl; c'est le résultat d'une conviction particulières l'on veut; mais pour qui connaît M. Pîtt et sa ténacitt^, i

n'y a pas à douter de Tadhésion du Parlement à un semblable projet. Le Parlement est sous Tinfluencc du ministre, et, comme le ministre, il professe la plus profonde Horreur pour tous les crimes dont on souille la France. J'ai vu lord Moira, M. Windham, M. Burke, le plus infatigable et le plus éloquent adversaire de la révolution. Tous croient avec nous qu'une aussi auguste manifestation pourrait avoir des conséquences incalculables. Mais à Rome , où est le conseil , la lumière et la direction , serat-on du même avis? Monsieur et S, A. R. le comte d'Artois, auxquels j'ai eu l'honneur de soumettre ce projet, l'approuventpleinementpar lettres. Le vénérable Monseigneur Asseline, que j'ai consulté dans mes rapides voyages, en désire l'accomplissement , mais sans l'espérer, me mandet-il, car il ne croit pas les temps venus.

» Ne connaissant que par ouï-dire le caractère des personnages et n'étant en correspondance suivie qu'avec Monsignor Consalvi et Monsignor Galeffi, précieux témoignage de la royale affection deMadame Adélaïde, je n'ose ni émettre un avis, ni même concevoir un vœu. Les affaires avec Rome sont toujours très-délicates , et, dans ma position d'exilé et surtout dans celle que me fait l'auguste .confiance de M. le comte d'Artois, je ne voudrais pas qu'au delà des monts on pût penser qu'un évêque français a cherché à faire de la politique au détriment du Saint-Siège. Notre politique à nous est de souffrir après avoir lutté; celle de Rome est de nous indiquer le chemin, de nous encourager pendant la route , et de nous bénir à l'arrivée. Ces réserves faites ex intimo corde ^ je dois faire observer à Votre Éminence que la proposition de M. Piit me semble renfermer beaucoup d'avantages et fort peu d'inconvénients. La cour de Rome n'ignore sans doute

49i LIVHE PREMIER.

pas le sort que la Convention lui destine; un jour i l'autre le Vatican sera la proie de nos révolutionuairesl et alors que deviendra le Pape? Je m'occupe peu i papauté, sachant bien qu'elle survivra ; mais le Sain(--Pèrî louche à la vieillesse; les douleurs morales qui l'accajl blenl peuvent avoir sur sa sanlé une déplorable influenceJ la Ville sainte occupée ou prise d'assaut et le Pape mort où se trouvera, oii se réunira le conclave? Toutes ( questions que je cherche à résoudre et qui , à Rome, dot vent se présenter souvent aux .esprits, nie font iuclinq pour le plan de M. Pitt. L'Angleterre , dans cette circoqj stance, ne voit que les intérêts temporels de l'Europe,! les siens surtout compromis; mais aujourd'hui ces intérèd se confondent avec d'autres plus sacrés. Ne serait-il | prudent d'y prêter une oreille quelque peu atteoliva M. Pitt, en discutant avec d'autres prélats les éventualité de sa proposition, a émis l'idée qu'en cas d'ioTasiq prévue du patrimoine de saint Pierre, le Pape et le ? "Collège pourraient, en toute sûreté, se retirer sur dâfi vaisseaux, anglais, qui les transporteraient en Sicile^ à Madère ou aux îles Baléares; le lieu de retraite clioisi serait mis à couvert d'un coup de main par les flottes britanniques. L'Angleterre s'est montrée et se montre chaque jour, envers le Clergé français, animée d'une si sainte el si généreuse délicatesse , que je croirais faire injure h l'humanité en soupçonnant d'une arrière - pensée ca peuple qui nous entoure, nous, évêques proscrits pour notre foi, de toutes sortes d'hommages pieux et de soins paternels.

» Je n'ose pas insister davantage sur tous cea points dont Home est meilleur juge que moi. Je Iransmtils à Votre Ëminence les principaux détails de mon entrevus

avec M. Pitt, et je vous prie de les soumettre au Saint- Père, afin de m'acquitter de la mission dont je suis heureux d'avoir été chargé, »

A cette communication, ne manquant ni de perspicacité ni de prévision, le cardinal de Bernis répondit le 40 juin 1794 :

« ....... Le très-saint PèYe, dans la dernière audience

qu'il a daigné m' accorder, a voulu lire lui-même à haute voix et devant le cardinal secrétaire d'État votre lettre dernière. Au milieu de tous les tourments qui l'accablent, Sa Sainteté a été profondément émue et s'est montrée trèsreconnaissante des sentiments dont Votre Grandeur se ikisait l'interprète. Le Pape désire que vous en témoigniez à M. Pitt toute sa plus sincère gratitude. Il l'a exprimée avec une telle éloquence de cœur et de langage que je ne puis Vous rendre que très-faiblemeat l'impression que j'en ai ressentie. Le très -saint Père apprécie avec une haute sagesse tous les dangers dont il est entouré ; il les connaît, il les prévoit depuis longtemps. Son inébranlable constance saura les braver ; il a le martyre du devoir à endurer : il s'y prépare par la prière. M. Pitt a la bonté de lui offrir, en cas de besoin, un asile assuré sous la protection du pavillon britannique. Sa Sainteté déclare q[u'eire accepterait avec bonheur cet honorable asile , et que le Sacré Collège l'y suivrait avec pleine confiance* Mais le Pape croit ne pouvoir et ne devoir laisser le tombeau des saints Apôtres que forcé et contraint ; sa résolution irrévocable est d'attendre, au pied de son crucifix, l'ennemi venant au nom de la Révolution.

» Le gouvernement pontifical a pris, dans la mesure de ses moyens, les précautions militaires qui lui étaient fiu^érées pour sauvegarder ses bien -aimés sujets; mais

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