LIVRE PUESilEFl
il n'entre ni dans sa politique, ni dans ses vœux ^■ fomenter des guerres plus on moins justes. Plus qne personne, Sa Sainteté déplore les inqualifiables excès au» quels se livre la France révolutionnaire; mais ces excèl ce n'est pas au souverain Pontife, qui est toujours pèrt qu'il appartient de les punir par des armes temporelle^ le Saint-Siège en aurait la volonté, qu'il n'en a plns| puissance. Tout en admirant l'active énergie do M. Pitf le Pape se résigne au spectacle du mal , et attend d'en être la victime.
n La coalition, dont s'occupe le gouvernement brîtai nique, est une chose grave et utile. Le gonvernem pontifical est tout disposé à y adhérer et à lui prêter s concours : c'est pour lui un droit et une obligation; pour le moment, Sa Sainteté ne désire pas aller i avant. On a trop reproché à la Papauté son immixtion d les querelles des rois et des peuples pour que le Saili Siège vienne encore fournir matière à des blâmes ina sidérés ou à des représailles coupables. Le Pape ne i plus avoir de guerre,- même juste, à ordonner prêcher; il ne lui reste qu'à en subir les conséquences.^
B II n'y a pas assez d'union, pas assez d'homogéntf chez les souverains, et surtout dans leurs conseils, pd espérer que l'intervention pontificale aurait i'effia désirée. M. Pitt, qui négocie avec toutes ces inceftilttJ royales ou ministérielles, doit comprendre, mieux l personne, le sentiment de dignité dont le Saint-Père \ animé. »
Placer le souverain Pontife à la tête d'une coalitiûj formée de rois catholiques ou non catholiques, et raj| rendre par ces rois à la puissance des Clefs t'homm^ qu'ils lui avaient si longtemps disputé ou refusé , était j
projet d'une rare intelligence. La Papauté seule, en effet, aurait pu triompher de Tidée révolutionnaire. Pour cela, il n'eut pas fallu de longue main dénaturer son caractère ou diminuer son empire sur les masses. Le projet conçu à Londres arrivait donc trop tard. Son accomplissement était impossible ; car si , à une heure donnée , il est toujours facile de secouer la torpeur d'un peuple, il n'en sera jamais ainsi de la léthargie des princes. On avait circonscrit l'initiative pontificale. Pour qu'elle se ravivât, il importait qu'elle pût se retremper au creuset des tribulations, et que de terribles événements vinssent châtier l'oi^eil des ennemis de TÉglise. C'était la pensée de Pie VI, il ne s'occupa que de la réaliser dans une intime union avec le Sacré Collège.
Le vieux Pape ne se dissimule pas que les jours de , son règne sont comptés. Après avoir eu tant de paroles d'encouragement et de persévérance à prodiguer à l'Épiscopat et au Clergé français, après les avoir soutenus dans ce combat de quatre années, couronné par le martyre ou par l'exil, Pie VI ne croit pas sa tâche encore terminée. D'une voix rendue plus éclatante par l'approche des dangers, il a exalté ceux qui meurent en confessant leur foi; il veut veiller, comme une mère attentive, aux besoins de tous les proscrits. Évoques, prêtres, nobles et peuple , errent à travers l'Europe sans pain et sans vêtements. Les revenus du patrimoine de saint Pierre sont bien affaiblis. Pie VI s'impose tous les sacrifices personnels les plus rigoureux pour subvenir à tant de glorieuses misères.
Il a offert une royale hospitalité à Mesdames Adélaïde et Victoire , taptes du roi Louis XVI. A tous les exilés que la piété ou le hasard des événements conduit vers les États
498 LIVHE PREMIER.
de l'Égiise, le Pontife ouvre ses bras et son coBarj il partage, il donne, il prodigue.
Son inépuisable charité rappelle à la terre, étonnée tant de merveilleux résultats, cet œil vigilant, dont pai le prophète Daniel, et de qui la paupière ne s'appesanl jamais. On dirait que le miracle de la multiplicatiou des pains est devenu la chose la plus ordinaire à Rome, qui ne fut janoais marâtre à personne. Pie VI a consolé, il a secouru dans ses États; il faut que ses consolations et ses secours s'étendent partout où se trouvent une infortune et UQ dévouement. Sa main, déjà tremblante, ne d'écrire. Il presse, il conjure les princes et les évi d'Italie, d'Espagne et d'Allemagne de se coaliser dans saintes générosités. Il fait passer son àme dans l'âme tous les fidèles, et, renouvelant l'ère do la primitii Église, il veut que dans la Chrétienté il n'y ait plus qu' ■seul cœur et qu'un même esprit.
Au spectacle de cette bienfaisante sollicitude impli do tous et de chacun des asiles pour abriter les proscril des dons pécuniaires pour les empêcher de mourir faim, l'Église universelle applaudit en l'imitant, rine n de Russie met à la disposition dos émigrés ïàtn delà de ce que les prières du Pontife semblent dcmant L'Angleterre hérétique ouvre au Clergé français un Cl d'hospitalité, qu'elle continuera même à travers les sastres. Depuis le jour où elle s'est séparée de 1' l'Angleterre n'a eu avec le Saint-Siège que des rapi hostiles. Pie VI a parlé; l'Angleterre prodigue ses pour honorer une constance religieuse qu'elle n'a imitée.
La France révolutionnaire avait peu compté snr pareille démonstration. Pie VI la provoiniail, Pie VI
les 1
en snbir le glorieux châtiment. Rome était le point de mire de toutes les ambitions démagogiques ou impies. Arborer Je drapeau de Tinsurrection sur le Gapitole romain et placer le bonnet rouge sur la tête du saint Pierre de bronze assis au milieu de la basilique était le vœu de iùùB les clubs, le rêve de tous les insensés.
La guerre seule pouvait introniser la religion du néant dans la capitale du monde catholique. On se battait alors sur le'Rhin et sur les Pyrénées. La Vendée militaire absorbait et dévorait à elle seule les principales forces de la République. Le Comité dé salut public , qui pouvait bien inventer au Moniteur quatorze fabuleuses armées , ne les mettait pas aussi vite sur pied que Téchafaud. Il égorgeait ses ennemis et ses amis; il s'égorgeait lui-même ou il se proscrivait, toujours aux applaudissements du peuple * ; mais la guerre , pour délivrer les nationalités opprimées ou pour anéantir les Rois et les prêtres, n'était alors ni dans ses intentions ni dans ses calculs.
' Bertrand Barère, TÂDacréon de la guillotine, qui a tant battu monnaie sur la place de la Révolution , fut le panégyriste de tous les forfaits. U les excusa, il les admira partout. Néanmoins , Barère fut à son tour mis hors la loi , et il entendit le peuple , naguère si affamé de ses carmamagodes oratoires, hurler sa mort avec des chants moqueurs. Ce jour>Ià, Barère fut juste par hasard ; il maudit ce peuple qui l'avait élevé, et dans ses Mémùire$, édités par deux révolutionnaires [Mémoires de Barère, publiés par MM. Hippolyte Carnot et David d'Angers, t. III, p. 28, Paris, 4813], il s'écria : « Avec le peuple français, il ne faut que calomnier les bemmes utiles pour les perdre sans retour. Ces Français, de Paris surtout ^ sont d'un tel acabit, d'une telle insouciance, d'un tel égoïsme, qu'avec des pamphlets et des journaux ils se perdraient , et proscriraient dans six mois tous les grands hommes de Plutarque , si la nature était assez barbare et assez prodigue pour leur en faire présent. »
En face de Téchafàud du 21 janvier, et de tous les crimes ordonnés ou légitimés par lui Barère , cet homme se posant en Aristide méconnu et en Scipion de seconde main, Barère invoquant Plutarque, voilà toute la morale et le style de la Révolution I ,
îod MVIÎH; PKEMIETl.
La Révolution a eu beau se composer uûo armée satilA discipline et sans organisation : do cette armée doit nécosi sairement sortir un chef et un maître. Après avoir di^crélé*^ la victoire ou la mort, il faut finir, comme les vieux Sarmates, par adorer une épée. Cette idée, insupportable aux démagogues, leur inspira des craintes qu'ils ne con"^ fièrent qu'à la guillotine. La R(^'publique tua ses générae: pour ne pas Être étouffée dans leurs embrasseiueDtsJ Lauzun-Biron, Beauliarnais, Custine, Dillon, Luckner,^ vieux gentilsiiommes; Bouchard, Beysser, WestermannJ et tant d'autres enfants du peuple furent tour à tour s crifiés à ses pressentiments ou à ses terreurs. Eileavaii peur d'un sabre; elle se doutait qu'elle périrait par lel sabre. Ce n'était donc qu'à son corps défendant qu'ollfl entreprenait la conquête et !e pillage des Dations étraaJ gères, dont elle proclamait l'affranchissement.
Il ne fut pas donné à la Convention et à son tcn Comité de salut public d'entamer les États pontificaux.' A la suite des premières victoires en Italie du général Bonaparte, ordre lui est intimé de s'emparer du palrimoine de saint Pierre. Le général élude cet ordre et ilJl propose uu armistice au Pape. Cet armistice laissait laT trône pontifical debout, mais il inaugure ta spoliation dq Rome et de ses musées '.On frappe l'Église et l'État d'ui «norme contribution de guerre. Cette contribution , int^ gralement payée, ne suffit pas au Directoire, qui, deux orgies, se livre au joyeux passe-temps d'inslal^ lor dans toutes les églises de Paris le culte de la Iti6(
) Par rar'j'de 8 tle ce Irailé du & messidor an IV, lo Pape doit livrer fl la népiibliquo fratiçiiiiio cnl tablfaui, bustes, vases ou s'alue^, au <te la eucdilo R^piiUlique , qui r^clume nolammenL le bu»lo dr bronze dJ Juniua B.'-u'us, et filui en m rbre do Marcui flruti;»,
philanthropie, dont un de ses membres, la Révellière-Lepaux, est rinventeur. Il lui faut le déshonneur du Pontife suprême et l'avilissement du Siège apostolique. On exige donc de Pie VI qu'il annule et rétracte tous ses Brefs relatifs à la Constitution du Clergé.
Cette Constitution n'a duré qu'un discours ; elle ne fait déjà plus partie des lois de la République. Virtuellement abolie, elle n'a servi que de trait d'union pour aller à l'athéisme légal. Le Directoire ne s'embarrasse pas pour si peu de chose ; il a la passion du ridicule et l'amour forcené des rapprochements égalitaires. Aussi, par arrêté en date du 8 ventôse an IV, ordonne-t-il en bloc la fermeture d'une maison de jeu, d'un cabaret, de l'église Saint - André ,. d'un club d'anarchistes et du théâtre de la rue Feydeau. La Constitution civile lui est aussi parfaitement indiflférente que la liberté des citoyens et l'honneur du pays; mais la Constitution est une épine sous le chevet du Pape. Il faut que le Pape la sanctionne par une amende honorable , alors même qu'elle n'existe plus. Et le Directoire s'obstine à demander « que le Saint- Siège révoque ses actes depuis 1 789, comme ayant été surpris à sa religion par des ennemis communs. >»
Le couteau sur la gorge et l'armée républicaine aux frontières du patrimoine apostolique, on priait dérisoirement Pie VI d'offrir à la Révolution ce nouveau gage de paix et d'amour. Les circonstances étaient si difficiles qu'il ne voulut pas céder à un mouvement bien naturel d'indignation. Douze Cardinaux sont appelés et consultés par lui. Léonard Antonelli et GerdiP, deux lumières de
* Lorsqa'en 4773 Clément XIV réserva Sigismond Gerdil comme cardinal in petto j il le désigna en ces termes : Notus orbi, vix notu$ Urbi;
l'Église , deux de ces hommes que le désir de la concilia tion ne rendra jamais faibles on présence du devoir, éta*^ blissent avec force les principes immuables de la politique ' sacrée. La Congrégation des Cardinaux déclare à l'unanimité " que la demande du Directoire est inadmissible, que c'est attaquer l'Église dans ses fondements, et que l Pape doit souffrir le martyre plutôt que de violer le» loj de l'Église. »
C'était entrer dans les secrètes aspirations do Pie Vï i donnera l'auguste vieillard le conseil qu'il ambitionnaifl Le Sacré Collège lui faisait entrevoir un martyre ; çhain, le Pape répondit simplement : u Qu'on ne chan^ rien à cette résolution, et nous la soutiendrons, dûtnous coûter la vie. n
Le Directoire déclara le Pontife entaché de fanati Le Pontife avait parlé, avait agi dans la mesure des droit et de ses devoirs. Il ne voulait pas se désavouer, i ne le pouvait pas. On prétendit, — comme on prête toujours sans preuves, — qu'il était entouré d'intiigaotl et d'esprits factieux; et que, dominé par les uns, trompj par les autres, il n'avait plus la liberté de ses actionad Afin de lui rendre celte liberté , la Révolution faitmarch^ son armée sur Rome.
Au début de sa carrière, Bonaparte, qui n'e ni quelqu'un ni quelque chose , n'a qu'un vague p timent de ses grandeurs futures. Néanmoins, soit principes religieux, déposés au fond de son cœur, soit calcul d'une haute portée politique, Bonaparte, k la tête t l'armée républicaine, aime mieux courir à de noblesc bats que d'attacher son nom au sac de Rome ou à I
csraelérieBnl en ce peu de moU la haute réputalion de l'^rivaiii et t milité du Bnrtiubitp.
Idne de l'Église. II lui répugne de s'improviser l'exécur des vengeances du Directoire et de s'associer aux lux sacrilèges de l'incrédulité, se flattant de voir enfin ffi dernier jour du Catholicisme. Opprimer le Pape et se fere le fléau des avocats, est une honte à laquelle Bonaparte désire se soaslraire, sans compromettre son commandement. Le 21 octobre 1796, il écrit au Cardinal B'JMattei : «Sauvez le Pape des plus grands malheurs; mgez qae, pour détruire sa puissance, je n'ai besoin 'que de la volonté de le faire. »
A ces menaces , qui cependant ouvraient un port dans
la tempête, le Cardinal Matlei répond : « Le souverain
ntife, dépositaire ici-bas des maximes dont Jésus-
ïirist a donné l'exemple à ses fidèles disciples et au
Iponde entier, a toujours cherché les moyens d'entretenir
I pais et l'harmonie dans la Chrétienté, et il s'est porté
J lui-même à tous les sacrifices que la modération la
^BS entière a pu lui permettre. Lorsque la- France, bou-
PVeraée par les malheureux événements qui l'affligent de-
^s sept ans, a coutristé son âme et son cœur, il s'est
«venu qu'il était par état le père des Chrétiens; et lors-
tt'il a vu que les enfants de l'Église se plongeaient dans
) plus affreux égarements, il a pensé que les voies de
«ceur étaient les seules qu'il dût employer, espérant
fil plairait à Dieu de les guérir de leur aveuglement,
t de les amener à des maximes justes et raisonnables.
S'est par suite de ces principes que Sa Sainteté, faisant
abnégation de tout ce qui est temporel, s'était prêtée à
des sacrifices bien considérables pour ménager la paix de
^'État et de l'Église avec la France. Les succès de votre
Boée d'Italie ont aveuglé votre gouvernement, qui, par
* abus intolérable de prospérités, non content d'avoir
soi LIVRE PREMIER.
tondu la brebis jusqu'au vif, a ensuite voulu la dévorer^ et il exigeait encore que le Pape fit le sacrifice de sonàa et de celles de ses peuples dont l'admiaistration est cotti fiée à ses soins , en exigeant de lui le renversement et h destruction totale des bases qui constituent les principel de la Religion chrétienne, de l'ÉvangUe, de la morale e de la discipline de i'Ëglise.
» Sa Sainteté, consternée de ces prétentions intoléa râbles, s'est recueillie dans le sein de Dieu pour demani der au Seigneur qu'il lui plût de l'éclairer sur (ont ( qu'elle devait faire dans une si fâcheuse conjoncturï C'est sans doute l' Esprit-Saint qui l'a inspirée en la faisad souvenir de l'exemple des martyrs; et, après avoir sollî] cité vainement que le Directoire se prêtât à des condilioi raisonnables, la Cour romaine a dA se préparer à I guerre : c'est à l'Europe entière à décider qui l'a provoquée. La mort dont vous voudriez nous effrayer, monsieur le général , commence le bonheur de la vie éternelle des gens de bien; elle est aussi le terme des prospérité apparentes des méchants, et le commencement de leui supplice, si les remords déjà ne l'ont commencé.
» Votre armée est formidable, mais vous savez pal vous-même qu'elle n'est pas invincible; nous lui opp4 serons nos moyens, notre conslanco, la confiance qu donne la bonne cause, et, par-dessus tout, l'aide de Diei^ que nous espérons obtenir. Nous savons bien que les in-^ crédules et les philosophes modernes tournent en ridicule les armes spirituelles; mais s'il plaisait au Seigneur quo l'on filt dans le cas de les déployer, vos phalanges feraienl sans doute une funeste expérience de leur eftic-acité. JE conviens avec vous que la guerre que vous feriez au Papi serait peu glorieuse pour vousj quant au péril que TOiii
ne croiriez pas y rencontrer, notre confiance en Dieu ne nous permet pas de croire qu'il y en eût d'autre que pour vous et pour les vôtres.
» Maintenant j'en reviens à l'objet qui fait celui de votre lettre. Vous désirez la paix; nous la souhaitons plus que vous. Accordez-nous des conditions raisonnables . et qui puissent convenir à nos fidèles alliés, et vous trouverez les uns et les autres disposés à y souscrire. De son côté, Sa Sainteté fera, pour l'obtenir, tous les sacrifices qui ne seront pas contraires à son devoir.
» Nous osons croire, monsieur le général, qu'en votre particulier vous inclinez pour les principes que la justice et l'humanité inspirent aux hommes estimables, et je serai toujours enchanté de pouvoir concourir avec vous à l'œuvre salutaire de la paix.
» Cardinal Matteî. »
Pie VI était entouré d'ennemis. La Révolution ne cachait ni son but ni ses espérances. L'Eglise, menacée dans ses droits et voyant son territoire envahi, fait appel à ses alliés. Elle invoque la protection de l'Autriche, et le cardinal Busca, secrétaire d'État, et le prélat Joseph Albani, transmettent sa prière à l'empereur François. La prière ne fut pas entendue, ou elle fut éludée par le baron de Thugut.
A la tête de ses troupes, Bonaparte s'avance. La victoire suit ses drapeaux, mais dans un temps où les prêtres fidèles à leur Dieu ne trouvaient dans la République française que des persécuteurs, dans un temps où les pontons de l'île de Rhé, Cayenne et Sinnamary, se remplissaient chaque jour de ces réfraclaires à la loi, par principe de conscience et d'honneur, Bonaparte, de son
206 LIVIIE niEMIER.
propre mouvement , leur accorde une sauvegarde, fie Vl a couvert de son égide les prêtres exilés; Bonaparte les couvre de son épée. Par un décret daté de iMacerala, la 27 pluviôse an V, le vainqueur ratifie le vœu le plus tou-J chant du vaincu.
Cette altitude n'était pas sans danger. Elle tranchait! tellement avec les dispositions du Directoire et les hoslî-ji lités révolutionnaires, qu'alors personne ne put rexpli-4 quer. A Paris, la démagogie et l'impiété célébraient d^à^ la cliule du Siège romain; en Italie, le général de l'ai mée victorieuse écrit au cardinal Mattei ; a Quelqw chose qui puisse arriver, je vous prie, monsieur le car«fl dinal, d'assurer Sa Sainteté qu'elle peut rester à RonaoT sans aucune espèce d'inquiétude. Premier ministre de 1 Religion, il trouvera, à ce titre, protection pour lui aHÊ pour l'Église. »
Bonaparte contrecarrait évidemment les plans du Dtl rectoire. Bonaparte faisait échouer tous les projets éa adversaires de l'Église. Le traité de Tolentino l'appauvris^ sait, il est vrai. Ce traité achevait de la dépouiller de s trésors artistiques et de la plus grande partie de son territoire. Mais, au milieu de ces dures conditions, la foi restait aussi intacte que l'honneur. La Chaire de Pierre n'était pas renversée. On n'exigeait plus de Pie \T qu'il fraternisât avec les apostasies constitutionnelles, et Bonaparte s'arrêtait aux portes de Rome, comme pour mon-* trer qu'il en serait toujours le respectueux défenseur.
La Révolution ne comprenait rien à de sembt&bloi déférences. Le Moniteur lui-même en rechercha vain ment les causes. Elles lui échappaient, la Révolution prid sa revanche.
Le peuple romain aimait la Papauté, qui fait su forçât]
PIE VI ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. t07
sa gloire et sa richesse. La Papauté, c'est presque pour lui un héritage de famille. Il compte avec orgueil tous les noms immortels sortis de l'obscurité du cloître ou des modestes fonctions du sacerdoce pour arriver à la puissance suprême. Mais, à cette époque de perturbation, il s'était rencontré, même à Rome, des avocats, des lettrés, des médecins , des artistes, des nobles déclassés , mécontents, oisifs ou ruinés, qui rêvaient de se faire de la démocratie un piédestal. Le Directoire ne pouvait vaincre les répugnances instinctives de Bonaparte à s'emparer de la capitale du monde chrétien. A force d'artifices et de suggestions , le Directoire s'imagina qu'il lui serait facile de triompher, sans son général, du Catholicisme et de la Papauté.
A Ancône , quelques soldats français , encouragés par les commissaires de la République, se mettent à l'œuvre; ^ ils inaugurent l'ère nouvelle. L'anarchie se substitue à la conquête; le fanatisme d'impiété ouvre la voie à tous les excès. La misère était profonde à Rome et dans l'Ëtat* Les instigateurs , que la Révolution est parvenue à enrégimenter, s'efibrcent de semer partout le découragement et l'irritation. Pie VI n'avait eu que le choix des maux, et, par un rare bonheur, il avait préservé l'Église. Pie VI est donc encore, et plus que jamais, le père de la patrie. Les Transteverins et les habitants dei Monti l'acclament toujours comme le sauveur du peuple ; mais les agents du Directoire poussent à l'insurrection les Italiens , dont ils se font des sicaires ou des complices. Dans les rues de Rome, la Carmagnole et le Ça ira de 1793 popularisent leurs refrains. On lit sur les murs des placards où les vœux de la Révolution ne sont plus dissimulés :
Non abbiamo patienza,
I lV!tE PllIiMIER.
Non vogliitTHO |.iii eajincnia , Non \oglinmo S*nlita, Ua e^ualiunza, e liberla.
Tels étaient les chants qui retentissaient à Rome. I.c rbgne de quelques fiiiieux de progrès italien et d'Iiumani[6 maçonnique commençait. Des libraires français, juif et quelques patriotes romains forment un complfll pour proclamer la R^-piiblique. Ce complot est découvert^ d'autres lui succèdent. Le Pape est à l'agonie; il faut pre fiter de ce moment, puis, dans la prévision d'une moi^ prochaine, arriver, avec des Brennus de sac et de conlfe à remplacer la tiare panm honnot rouge.
Déjà, le 13 janvier 1793, deux citoyens français! Flotte et Bassville, secrétaire de légation à Naples, onfl par des démonstrations aussi insolites qu'odieuses, e de provoquer le peuple romain. Le peuple se soulevé^ mais c'est contre les agitateurs. Bassville tombe blei mortellement. A sa dernù'^re heure, il confesse sa faute A proclame son repentir. Bassville n'en sera pas moins éte nelleaient un de ces héros martyrs dont la KévoIutiomB qui exploite si bien le mensonge, exploitera toujours la mort.
Le 28 décembre 1797, tes événements avaient beaucoup marché. Le Directoire, néanmoins, accusait lei lenteur. Afin de les précipiter, il avait ordonné Yé en permanence. L'émeute, diiigée par les élèves « l'Académie française, joue sou rôle. Kl!c attaque id troupes pontificales. L'émeute, repoussée, peut se rttifc! gicr dans le palais de l'ambassade, dont elle faisait s quartier général. Joseph Bonaparte, ministre de la RÔprt blique, et le général Duphot, sortent du palais. Dupîi^
' Les llbr ires s'appe'aK'ut BoucliarJ Frères, et le juif, Isaac Aïnot
PIE VI ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISIî. ÎOD
est tué dans la mêlée. Cette mort, à coup sûr trùs-cxplicable, et surtout très-pardonnable, fournit à la Révolution le prétexte si longtemps cherché. Tant qu'elle est une minorité factieuse, la Révolution a pour principe de demander, d'exiger le règne de la loi. Il faut qu'elle couvre du droit des gens les sicaires dont elle a besoin. Une fois la victoire obtenue par violence ou par surprise , la Révolution ne connaît plus d'autre décret que sa volonté. La force, l'arbitraire et la terreur sont les éléments constitutifs de son pouvoir.
Deux mois et demi avant cette insurrection , le 1 0 octobre, le Directoire écrivait à Joseph Bonaparte, son ministre plénipotentiaire près le Saint-Siège : « Vous avez deux choses à faire : 1"* Empêcher le roi de Naples de venir à Rome ; ^'^ aider, bien loin de retenir les bonnes dispositions de ceux qui penseraient qu'il est temps que le règne des Papes finisse; en un mot, encourager l'élan que le peuple de Rome paraît prendre vers la liberté. »
On aime à penser que l'ambassadeur de la République française n'avait pas suivi à la lettre de pareilles instructions, autorisant le guet-apens diplomatique et transformant en agents d'émeute internationale un homme revêtu d'un caractère sacré. Toujours est-il que l'insurrection fomentée par le Directoire éclatait à Rome sous la protection du drapeau français. Duphot était tombé victime au moins d'une imprudence, et, en mai 1801, dans une dépêche au Premier Consul , Cacault , successeur de Joseph Bonaparte près le Saint-Siège, ne craint pas de pousser plus loin la justice, te Vous connaissez, ainsi que moi, mande-t-il à Napoléon, les détails de ce déplorable événement. Personne à Rome n'a donné ordre
de tirer et de tuer qui que ce soit : le général à été im- L u
Î1(i LIVRE l'HEMlER.
prudent; tranchons, il a été coupable. Il y avait à ROŒ un droit des gens comme partout, n
Le Directoire savait cela aussi bien que Bonaparle ef Cacault; mais il lui fallait un accident pour lâgitimer un attentat. Noua avons la version du ministre de la Riîpublique française; le cardinal Gonsaivi va donner celle du gouvernement pontifical, dontalors il étaitl'Assessore délia congregazione militare, ou le ministre des annes. Elle( sont identiques. Consaivi, dans ses Mémoires inédits, plique ainsi la mort du géuéral Duphot : « Ce jeune horara^ ardent et grand ri^publicain , tenta d'exciter une révold à Rome pour renverser le gouvernement pontifical. CiH cents personnes environ s'étaient rassemblées sous t^ fenêtres de l'ambassadeur français (qui se nommait Josepj et était frère du général Bonaparle) en criant : Libnti vive la Bépubliqiie française, à bas te Papr! Duphot n'hJ sila pas à descendre, à se mettre ji leur tète, et à Iq conduire à l'assaut du poste de soldats le plus voisi c'était celui do Ponte-Sislo. Les soldats s'y tinrent d'alM renfcnnés; mais se voyant insultés et attaqués, ol liea trouvant pas en sûreté, ils s' avancèreut contre lapopii lace. Elle ne cède pas, les soldats se sentaient dansuii fâcheuse position; un d'eux tire tm coup de fusil. LafiiB lité, ou plutôt la Providence dans ses desseins cachâf voulut (pie ce seul coup atteignit au milieu de cette md tilude le général Duphot , placé en tête , cf l'étendlt moi Le peuple eflrayé se débanda, et lo cadavre fut ©nse le jour suivant.
« Cette mort, quoique accidentelle et produite par i acte de pure défense do la part des soldais, prûvoqi do Cijlé de la victime par le plus coupable projet, jetai gouvernement et la ville entière dana lu plus grand
PIE VI ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. i\\
consternation. Le résultat de cette attaque ne pouvait être universellement connu dans le moment. Aussi les méchants, en entendant dire que Tassant avait été donné, que la révolution avait éclaté, se mirent en insurrection. Des coups de fusil retentirent. En divers endroits de la ville, on fit des tentatives qui n'eurent pas de suite, grâce à la promptitude des dispositions militaires qui furent prises par Tautorité... Un des premiers soins fut de veiller à la sûreté de la personne et du palais de l'ambassadeur de France , et en peu de temps tout reprit l'apparence ordinaire. Néanmoins, le jour suivant, partit l'ambassadeur français ; nulle prière du gouvernement , nulle offre de la plus entière satisfaction ne purent \e retenir à Rome. Nous devions être sinon coupables, du moins responsables du fait. »
Le Pape n'a plus que la liberté de ses souffrances; le cardinal Doria, son secrétaire d'État, les accroît en augmentant le mal par l'humilité de ses prières. La Cour Romaine était aussi innocente que le peuple et l'armée de cet événement imprévu ; il fallait l'accepter comme un cas de force majeure. Doria et Joseph Bonaparte perdirent tous deux la tête. Le Directoire et son ministre des affaires étrangères , Talleyrand , évêque apostat d' Autun , profitèrent de cette double faiblesse.
Le cardinal Doria venait de succéder au cardinal Busca, dont les démagogues redoutaient la vigilance et la fermeté. Doria , ancien nonce à Paris, se croyait dans l'obligation de servir les intérêts français, même lorsqu'ils étaient révolutionnaires. Il les servit, et probablement au delà de ses vœux. Son abandon de toute autorité indignait les vieux cardinaux et les jeunes prélats. Il laissait le Saint-Siège à la merci de quelques insurgés, car
212 LIVRE intKMlliU.
l'armée, qui venait de faire loyalement son devoir,
trouvait accusée et désavouée.
Haliituellemenl le Directoire n'avait pas plus d'énergie que d'initiative. Il se contentait de vivre au jour le jourl de proscrire un peu et d'intriguer beaucoup. C'était rim4^ moralité rapetissée par le ridicule ou la honte , et essayant de se faire pardonner le crime par le gaspillage de la forlune publique. A peine la nouvelle de la mort du généi-al Duphot est-elle annoncée au Lusombourg que le DilH toire se couvre de pleureuses, fait prendre le deuîl à 1 patrie et s'empresse d'adopter des mesures concerté d'avance. Ordre est intimé à l'armée française de marcl sur Rome. Bonaparte ne la commande plus; elle ani donc le malheur d'y arriver.
■Devant l'imminence du péril, le Pontife, encoro pliu affaibli par la douleur morale que par les souffrances" jihysiquos, recueille le peu de forces qui lui restent. U communique une vie nouvelle à son gouvernement; i s'entoure du Sacré Collège; puis, convaincu de l'inutiliU de toute résistance , il ordonne à ses troupes de se ropUi devant les Français, afin d'éviter l'effusion du sang. 1 Français entrent, sans coup férir, dans la capitale du rnoott chrétien, et le général Berthier, qui triomphe, inau^n la seconde république par cette amplification de colt^J
« Mânes des Caton, dos Pompée, des Brutu3, Cicéron , des Hortensius, recevez l'hommage des Francaji libres dans le Capitole , où vous avez tant do fois défond les droits du peuple et illustré la République romain- Ces enfants des Caulois, l'olivier de la paix, à la niftial viennent dans ce lieu auguste y rtt<iblir les autels de I liberté dressés par le premier des Brutus. Et vous , peupifl romain, qui venez de i^eprendrc vos droits lêgiti
PIE VI ET LA RÉVOLUTION FllANÇAISK. 211
rappelez-vous ce sang qui coule dans vos veines! Jetez les yeux sur les monuments de gloire qui vous environnent ! Reprenez votre antique grandeur et les vertus de vos pères ! »
Au nom du peuple libre et souverain de Rome, une députation de juifs, d'étrangers et de mercenaires de la Révolution, représentant les mânes des Caton, des Pompée et des Brutus évoqués par le futur prince de Wagram , vice-connétable de TEmpire français, ose signifier à Pie VI qu'il est déchu de tous ses droits temporels. On lui apprend qu'à partir de ce beau jour il n'est plus qu'un simple citoyen. Cette première insulte reste sans réponse. Le général Cervoni, gouverneur de Rome, a l'audace d'offrir à l'auguste victime la cocarde nationale, qui l'investira de tous les droits civiques. « Je ne connais, répond Pie VI , d'autre uniforme pour moi que celui dont l'Église m'a honoré. Vous avez tout pouvoir sur mon corps , mais mon âme est au-dessus de vos atteintes. Je n'ai pas besoin de pension. Un bâton au lieu de crosse et un habit de bure suffisent à celui qui doit expirer sous la haire et sur la cendre. J'adore la main du Tout-Puissant qui frappe le berger et le troupeau. Vous pouvez détruire les habitations des vivants et les tombes des morts , mais la Religion est éternelle. Elle existera après vous, comme elle existait avant vous , et son règne se perpétuera jusqu'à la fin des temps. »
Ce refus entre dans les prévisions révolutionnaires; il donne le signal de tous les pillages. Au nom de la Démagcfgie universelle , un lazariste , apostat et régicide , Jean Bassal , et un calviniste suisse , nommé Haller, président à ces exactions , qui ne frappent pas seulement sur le trésor public , sur les musées ou sur la fortune des parti-
2U LIVBE PREMIER.
culiers. On dépouille le Pontife de loul ce qui luf f personnel. On l'insulte, on l'oulrage, on en vient t jusqu'à partager en sa présence ses vèteraenls, comme'* les déicides partagèrent ceux duClirJst. On le Tait assister à la proscription du Sacré Collège. La République romaine imite sa mère et sa sœur de France; elle confisque, ellq exile, en attendant qu'il lui soit permis d'égorger. 1 cardinaux Albani, Busca, d'York, Mattei, Gerdil, Antfl nelli, délia Somaglïa, Rinuccini, Brasctii, Arcbinto-J Roverella , Arclietti et Borgia, subissent le sort réservé an Souverain Pontife.
Les citoyens, qu'un désordre partiel impro\'ise, a'étaU flattés d'être libres. La Révolution s'arrange pour en faîH plus que dos esclaves; elle les déguise en comparses. I Révolution leur avait laissé espérer qu'après avoir mis ^ pied dans les ignominies civiques, ils pourraient meMrf la main dans les spoliations organisées par le Directoire 4 par ses commissaires. Elle les force de contribuer comai les autres au sakit de la patrie.
Rome, émancipée, mais ruinée, fait son premier ( prentissage de la liberté, de l'égalité et de la fraternité triple chimère qui s'unifie dans la mort, et qui , depuis II commencement du monde, engendre plus de martyi que de bourreaux. Pie Vi, captif, va parcourir jusqu'à Calvaire le chemin do la croix que lui trace la Révolution!
Il y a dans la vie de ce Pontife trois phases parfait* ment distinctes; elles aboutissent toutes à sa gloritlcatio] En montant sur le trùne, en régnant comme un père, est l'admiration do son peuple. PMerin apostolique, il tnÊ • verso l'Italie et l'Allemagne au milieu de tous les respcclf des Catholiques et des Protestants. Puis, quand un» r dieuse vieillesse couvre ses épaules de cheveux blaQCsJ
le Pontife est appelé à rendre à Dieu un suprême témoignage. Ou dirait que, comme saint Pierre, venant d'offrir à Jésus-Christ la double consécration de son amour et de son dévouement , Pie VI a entendu , a recueilli les paroles qui furent adressées au prince des Apôtres par le Christ lui-mêfoe : tf En vérité , en vérité , je te le dis : Lorsque tu étais plus jeune ^ tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais; mais lorsque tu seras vieux, tu étendras les mains et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas. »
Et rÉvangéliste ajoute : « Or, il dit cela pour marquer par quelle mort il devait glorifier Dieu, Et , après avoir ainsi parlé , il lui dit : Suivez-moi * . »
Le successeur des Apôtres faisait comme saint Pierre , il suivait.
Dans ce corps affaibli par Tàge et par les souffrances, il éclate une magnanimité de courage à faire envie à des héro9, Sa couronne d'or pur a été éprouvée dans la fournaise sept fois ardente des tribulations. Néanmoins, chaque parole qui tombe de ses lèvres est sublime; chaque sourire de résignation que le martyr adresse aux princes et aux peuples se pressant sur son passage , sera une bénédiction ou un signe de félicité. On Ta enlevé nuitamment, afin que, comme dans le récit de la Passion, il n'y ait pas de tumulte parmi le peuple. On le cache à tous les regards; c'est à peine s'il a autour de lui quelques dévoués serviteurs. Au moment où il va laisser Rome pour toujours , un de ces Jésuites que la tempête a dis*perses se présente à Pie VL « Parlez -moi franchement, dit le Pape au père Marotti , secrétaire des lettres latines :
^ Évangile selon saint Jean^ ch. xxi, v. 48.
Sl(i LIVRE l'nEMIEn.
vous sentez-vous le courage de monlor avec moi au Cu* vaire ?» Et Marotli répond : « Me voici prôt h suivre les paaj et la destinée du vicaire de Jésus-Clirist et de mon sou4 verain ' . »
Les peuples, dont les yeux étaient depuis longtenipd habitués aux crimes et aux désastres, ne s'étonnaicatul plus de grand'cliose. Cependant, à la vue de ce vieillard^] n'ayant de force que pour bénir, n'ayant do voix ( pour pardonner, les peuples s'émurent d'une do ces gém reuses pitiés qui préparent les restaurations et font com prendre la foi. On saluait le Pontife sur son passage, oïd s'agenouillait devant lui; de tous les yeux coulaient deaj larmes d'attendrissement ou de vénération. Plus d'unôj fois, même, le Père commun se vit forcé d'intervenî| pour arracher à la mort les satolUtes qui l'escortaiont < que la multitude indignée voulait massacrer.
D'étape en étape , c'est-à-dire de douleur on douletM la victime que Ton traîne au sacriûce passe à travei toutes les épreuves. Les épreuves produisent l'ospéraûw L'Italie, où tout est catholique, même le soleil, s'est inj clinée devant ce frout découronné, mais sur lequel r plcnditla triple majesté de la vieillesse, derinfortuneelda; la vertu. L'Italie a protesté contre les outrages de l'exjU
Ces protestations sont une insulte au Directoire. Un fi SOS membres, nn avocat , bossu et contrefait comme t sac de noix, mais théophilanthrope, la Révelliêre-Lepau: obtient de ses complices dans le gouvernement la in lation du Pape on France. Là, du moins, espèreat-Us, I
> L'archevâque de Corinthe, qui fut lu cardinal Spina ; le prélat Cara ciolo ; deux caméricrs secrels , Calvest et Morelli ; le père Faaiint , confesseur; l'abbé Baidassari et le père Pie de Plaisance , composèrent \M maisoD erraote <iu Pape prisonnier.
vieux levain du fanatisme sacerdotal no fermentera pas pour imposer un démenti à toutes leurs prédictions.
Le cortège du Pontife prisonnier s'engage dans les Alpes et dans les montagnes du Dauphiné. Au fond de cette province , qui donna le signal des innovations , il y a de rudes paysans , de simples bergers , des femmes laborieuses, que la conquête de Tégalité civile et de la licence religieuse a dû charmer. Le ciel est chargé d'apostasies, l'atmosphère s'imprègne d'une moqueuse incrédulité, La Révolution s'applaudit d'enlever un pape, mort ou vif, et de le montrer au peuple comme le dernier vestige de la superstition expirante.
Le peuple a saisi la leçon, mais en sens contraire. On lui a dit qu'il était libre ; il use de cette liberté pour s'agenouiller au bord des chemins. On lui a légiféré et décrété qu'il n'y avait plus d'autre Dieu que celui dont la Nation faisait choix à volonté et à terme, "plus de Pape, plus de ciel, plus d'enfer. A l'aspect de ce pauvre vieillard , qui peut à peine lever les mains pour bénir , ce peuple redemande son Dieu; il couvre des plus touchants hommages le vicaire de ce Dieu.
Malgré tous ses vols constitutionnels et ses pillages à domicile, la République française est à la mendicité. La pénurie du trésor a quelque chose de si inexplicable , que la Révolution se voit contrainte de laisser à la charge de ses prisonniers les frais de leur translation forcée. La Révolution est sans ménagements comme sans pudeur. Elle a fait appel aux mauvaises passions de son peuple , afin de désoler la patience de Pie VI ; le Pontife n'entend sur toute sa route que des voix filiales : il ne rencontre que de respectueuses tendresses. L'autorité veut obéir aux ordres supérieurs qu'elle a reçus et s'opposer à tant de
218 LIVRE PIIEMIER,
démonstrations incroyables. L'autoi'iKJ reele confoftd' dans sOTi impuissance.
Surle chemin qui coniiuisait au Calvaire, riiorame-Dîtïf ne trouva pas un bras de bonne volonté pour l'aider i porter sa croix. Simon de Cyrène, qui revenait daf champs, se vit imposer ce fardeau. Plus heureux que & maître, le Pontife-roi évoque partout des dt^vouemenla Le jour do ta Passion précède la t'ôto dos Rameaux, Pie VI mourant, mais consQl(^, mais édifié, put s'écrier 3 « Tout cela prouve que la foi n'est pas éteinte en France.i
Son exil et ses pérégrinations la réveillaient dans Id cœura.
Le Père commun , épnisé par les douleurs et vaincu f l'émotion, arrive enfin à la citadelle de Valence. La part lysie gagne fous ses membres, et le Directoire veut oncoH qu'il marche. Pie VI ne résiste pas; ce sont les niédecia qui s'opposent n cette impitoyable translation : ils déoM rent que te moritwnd n'a plus que très-peu de jourej vivre. Le Pontife expira en eflet, le 29 août 1799, à Vi de quatro-vin^t-un ans et demi.
Le Seigneur avait donné à ce grand Pape la science d saints. Ses pieds marchiVenl constamment dans ta ^ droite; il n'eut de zèle que pour lo bien. C'est poim ainsi qu'il est dit au Livre do la Sagesse, Uieti rendit a longs travaux vénérables aux yeux do tous, pi le» glori d'une dernière couronne d'honneur.
Il n'y avait plus de Pape, il ne devait plus y en avi plus d'iiglise, par conséquent. La Révolution m félicilalQ avec le Dirocloire, de régner au Capilole et de comm der au Vatican. Elle «'applaudissait d'avoir dispensé | Sacré Collège, et de rendre ainsi tout concla\o inin sibic. I^s jours marqués par le Philosophisme uni i
Jansénistes et aux Constitutionnels civils arrivaient à pas précipités, L*Église romaine allait tomber par morceaux comme un vieux mur qui n'a plus d'étais, quand tout à coup la face des événements change avec une rapidité providentielle.
Pie VI était mort le 29 août 1799. A moins de trois mois d'intervalle, le Directoire succombe à son tour sous les risées de la France et devant l'épée du général Bonaparte. Le Directoire a tout voulu gangrener, il meurt de sa corruption. Il a tout vendu, tout acheté, tout avili. Il se laisse mettre à l'encan et marchander comme un objet de hasard. Il tombe en pourriture, sans même donner de fumier; et, sur ses débris, le général Bonaparte fonde un nouveau gouvernement.
Le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), l'anarchie dans les idées et dans les faits était vaincue. La France et l'Europe allaient respirer de cette longue tourmente d'immoralités. Comme pour offrir une consécration à tant de justes espérances, le Conclave se réunit à Venise le l**" décembre de cette même année qui clôt le dix-huitième siècle.
Pendant ce temps, que devenait Rome, livrée aux premières joies de son affranchissement républicain ?
En appelant tous les peuples à la révolte , en se proclamant ou en s'offrant comme les libérateurs des nationalités opprimées, les démagogues français s'étaient attribué une singulière mission. Us créaient des républiques là où il existait des royaumes; ils tuaient les républiques partout où elles se trouvaient légitimées par plusieurs siècles de durée. La Suisse, Gênes et Venise ont disparu. La pauvreté de la république de Saint-Marin l'a seule préservée des avides atteintes de la Révolution; mais une repu-
!Ï0 LIVRE PHKMUÎIi.
bliqiic cisalpine, imo itiptibiiiiiio parlliûnopôonno rt Tlnl république romaine s'élèvent à Milan , à Naplcs et i Rome, sur les ruines des trônes.
La Révolution française, qui organise dans son sein t Fraternité à coups d'écliafaud , prêche la concorde à toiil^ ces sœurs ennemies. Elle ne peut pas les faire vivre ( paix, elle les asservit. Il lui est impossible d'exaucer leui vœux disparates; elle les confond dans la mémo cala" strophe. Elle leur permet de uc plus avoir de Dieu ; les félicite d'afficher le plus suprême dédain pour la Religion; mais, de gré ou de Force, il faut passer sous t niveau des exactions et des ignominies. La RévolutiflS prend les armes en faveur des peuples qu'elle proclaraff opprimés; elle ne les délivre jamais que dans la Marseiflaisc. Seulement elle leur fait toujours payer Irès-ctier la carte de la délivrance. On n'est républicain qu'à là. Les étrangers, qui jouaient le rôle des vieux Romai y souscrivirent sans peine. Immédiatement après le dépatl de Pie VI, l'ère des prospérités civiques commença donc.
L'armée française devait offrir à Rome l'exemple de toutes les vertus patriotiques; la guerre intestine éclftlj dans ses rangs. Il y a des dilapidateurs qui s'enrichisseol et d'honnèles officiers qui meurent de faim avec loiilf régiments sans solde et ssms vêtements. Les publieras d l'armée étalent un luxe moins insolent que leurs rapinûs ^
' On lit dans l'Hitloin de l'enlèvement et de la captivité de Pie VI, J l'abbi Bdlilassari, p. SiS, les détails SuivaDts eur le^ exacliODS ci
( Les agents du Direcloire montrèrent véritablement une rupacJlé i Vandales. Au Vatican, non-seulement ilâ s'emparèrent des tableaux, i statues , des camées , des marbres , des colonnes , Ils prirent rnâmo jtu qu'aux clous et aux serrures; de sorte qu'un Institut national, qu'où ii gina de créer alors , ayant voulu tenir ses si^anoes dans ce palais , f obligé de faire remettre les clous et les surrures qui avaient di^»nj
■lier la^H
mainfl^^H dépan^^J
Berthier a cédé le commandement à Masséna. Les olliciers violent toute espèce de discipline et de subordination militaires pour sauvegarder la probité du drapeau. Ils se réunissent au Panthéon, devenu leur mont Avenlin. Ils délibèrent, ils protestent contre leur général, ils Taccusent* a de brigandages et d'extorsions. » Ils disent a que le territoire vénitien , et surtout Padoue , est un champ fertile où Ton peut rassembler les preuves les plus nombreuses de son immoralité. »
L'armée faisait ses réserves , le général fait sa proclamation. Il s'indigne d'être calomnié et méconnu. Comme Scipion, qu'il rappelle fort peu, mais qu'il cite beaucoup, Masséna se contente de répondre : « Allons au Capilole rendre grâces aux dieux des victoires que j'ai remportées. »
Tandis que le général parcourt idéalement la Voie Sa-
Ainsî, cette superbe résidence des Pontifes romains, où l'on conservait les chefs-d'œuvre des Raphaël et des Michel-Ange, et tout ce que la Grèce et ritalie avaient produit de plus curieux, se présentait à l'œil étonné comme une demeure déserte et dévastée, et c'était là l'ouvrage d'une civilisation qu'on avait tantvantéel (Botta, Storia dltalia») Les auteurs d'un tel vandalisme n'étaient-ils pas dignes d'une république qui avait eu la pensée d'ériger le sans-culot tisme en vertu? Voici un échantillon do leur impudence. Malgré tous les pillages , malgré les taxes énormes payées par le Pape, la nouvelle République romaine fut bientôt réduite à demander l'aumône. On déclara, dans le quarante -quatrième numéro du Moniteur de Rome, que a le trésor public vide, la perle et le gaspillage des fonds » nationaux, f riste héritage de l'inepte et rapacc administration du gouver- » nement passé, forçaient le gouvernement provisoire à recourir aux for- » tunes privées pour obtenir quelques secours. » En mémoire de toutes les prospérités dont on avait gratifié les Romains, on frappa une médaille avec ces mots : Berthier, restUutor Urbis; Gallia^ salus generis humant. Ces ennemis de toute vertu avaient au moins le mérite d'avoir fait une bonne épigramme. »
* Cette adresse, datée de Rome 9 ventôse, fut présentée au Directoire. Elle est insérée au Moniteur.
m LIVRE l'IUÎMIEU.
crée, les habitants du Trastev(>re et des Monti profite) de la division introduite parmi les Français pour arborer l'étendard de l'insurrection. Vial prend le coramandement des troupes, et une fois encore la disciplina militaire triomphe du désespoir. Le cardinal Albani exerce dans les montagnes de Velletri une grande iniluence. Ces campagnes se soulèvent au cri de : Vive la Madone I Vi" le Papel Murât, avec son impétuosité ordinaire, pouf sa cavalerie sur ces masses, s' avançant vers Rome. Il h atteint à Castel-Gandoifo, il les met en dérouli'
Des Romains, sans chef et à [jeu près sans amiesi avaient lutté courageusement contre l'armée françai Les patriotes italiens, qui se sont bien gardés de prei part au combat, abusent de la victoire qu'ils n'ont remportée. Ils s'installent au Capitole en gouvomemi provisoire. Sous le nom A'Émules de Bruhix, ils fondout une espèce de club des Jacobins. Des Lucrèce de contrebande et des Cornélie de raccroc s'y font affilier pour vailler à l'émancipation Je la femme. La Révolution , n'a qu'un moule et qui, malgré les dilîérences de carat lèros et de mœurs, veut y couler tous les hommes, pose ses lois el ses usages.
Les Romains, peuple spirituellement caustique maniant l'épigranime encore mieux que le stylet, ne consentirent jamais à prendre au sérieux ces évocaliODS du passé. Ils eurent des boas mots pour bafouer les chOf stupidcs , et d'acerbes plaisanteries pour dégager honneur. La Révolution aime peu à se familiariser les licences de l'esprit; elle a toujours peur d'en ètrfr victime. Elle laissa néanmoins les habitants rire de f ésurrections , et elle coalinua son œuvre. Comme cl tous les peuples , il y avait chez iptelques RoiDains Va.\
Lre-
PIE VI ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 2i3
mour du progrès et le désir de réformer les abus, amour et désÎT qui rendent tout tremblants de la fièvre des révolutions. Ces êtres, prédestinés à la niaiserie sentimentale ou à d'incurables vanités bourgeoises, seront toujours les instruments les plus actifs de chaque combinaison de désordre.
Toutes les institutions civiles du gouvernement pontifical sont supprimées. Leurs avantages, leurs abus mc^mes se trouvent en parfaite harmonie avec le génie du peuple. La Révolution , qui concentre tout , afin de tout dominer, crée des milliers de fonctionnaires publics. La garde nationale est établie; elle veille à la rentrée des impôts onéreux dont l'État est surchargé. Il n'y a plus de commerce, plus de transactions; la misère seule règne au milieu des ruines. Le patrimoine de saint Pierre est divisé, morcelé en départements. Il a sa constitution calquée sur une des dix ou douze de rechange que la France possède.
Quand tout ce désordre fut réglementé et paraphé , un soldat français fit la mauvaise plaisanterie de rendre à Rome ses consuls, son sénat, ses censeurs, ses édiles, ses tribuns et ses licteurs. Un Oratorien, plus fameux par son impiété que par ses écrits , Daunou , F un des commissaires du pouvoir exécutif dans les États pontificaux, honora d'un certificat de civisme et de vertu les sept nouveaux consuls. Deux suffisaient autrefois pour gouverner le monde; il n'en fallut pas moins de sept pour obéir au coup de sonnette du Directoire.
La République romaine, à peine née, devait être jugée bien malade, car à son berceau on l'entoure de trois médecins, cumulant, avec leurs fonctions sanitaires, le métier de consuls. Un accoucheur, nommé Angelucci, les
2il LIVUE l'UKMinil,
|)œside'; un moine renégat, Fauslin Gagliulli, se met j la tête du tribunal. De toutes les institutions catlioiiquei il ne restait debout que la Propagande. Un ordre d'u laconisme inusité la détruit. Cet ordre est ainsi conçu 5 « Le commissaire Haller supprime la Propagande corani un établissement Fort inutile, u
Les sénateurs de Rome, qu'un Domitiea de carrefioijj am'ait pu mieux que jamais faire délibérer pour savoir \ quelle sauce il doit mettre le turbot, les sénateurs coo: vertissent en loi ce firman d'un calviniste.
L'Inquisition et le Saint-Office sont abolis. Les triba^ uaux vont siéger et juger publiquement. On écrit don au Moniteur* : « Le procès des détenus se fait dans le plu grand secret. Aujourd'hui tout est tranquille. Le repos f blic, le cours des affaires ne sont nullement lroul)lés f les divisions de l'armée. Maaséna, qui ne s'est pas retirt comme on l'avait dit à tort, continue à commander. Il a forme des clubs et des sociétés d'instruction publique : parle et on écrit beaucoup. Le peuple souverain ne tardera pas à se dégager do son abrutissement; mais, pour le présent, il est encore trop plongé dans l'ignoranct!.] Les prêtres redoublent d'hypocrisie , pour ne pas lai échapper tout à fait leur empire. Ils ont repris l'babj long, qu'ils dédaignaient de porter auparavant. Les fai tiques gémissent, tes coupables tremblent, et les rîchH payent. Voilà en raccourci le tableau de Rome.
■ On lit dans le Mortih-ur sous la rubrique àe Ramo, 1 3 gonoinal an V la nouvelle aui vanta :< Le consul Ângelucci, célèbre cliirurgleo-accoudi jouit d'une grande popularité. Il a publié un avia par lequel îl s sea cenciloyens que ses ronclions do premior magistrat no l'empAcl» pas «l'assister l'huataDÎté souffrante, lor£(|ue l'un <'roîra avoir ttesoin d son ministère comme accoucbeur et chirurgien. >
* Rome, 17 ventûse an VI (tfonifsitr).
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Pour flétrir une pareille tyrannie , s' accusant ellemême, Tacite n'aurait pas employé d'autres termes. Haller et Daunou régnent à Rome sous le nom de sept consuls ridicules. Ils dictent à un inepte sénat les lois qu'il va promulguer. Le tribunat est chargé d'annoncer chaque matin à l'univers catholique la régénération de la ville sainte. Rome déchire les langes du fanatisme; le bonheur 'd'être républicaine lui fait oublier qu'elle est la capitale du monde chrétien. Tout ce qui fut ignoble proscrit tout ce qui fut illustre ^
Les Cincinnatus de fabrique nouvelle , restes échappés d'une pépinière de parricides, pouvaient bien, dans leurs discours d'apparat, se décerner de pareilles louanges;
1 Le cardinal Consalvi raconte, dans les Mémoires inédits sur les diverses époques de sa vie, son exil et celui des principaux personnages de Rome. On lit dans ces Mémoires le singulier hommage que la République romaine se plaisait à rendre à Tégalité :
a Je devais partir pour Civita-Vecchia, où déjà se trouvaient sept à huit cardinaux et différents prélats. Nous étions destinés tous ensemble à faire voile pour TAmérique; on nous reléguait dans l'île de Cayenne. Cependant on n*osa point en venir là, et nous fûmes seulement condamnés à la déportation dans le lieu que chacun choisirait, avec défense perpétuelle, sous peine de mort, de rentrer dans les États de la République romaine. Cette sentence fut reçue comme la grâce de la vie, accordée aux condamnés qui marchent au gibet.
» Je choisis Livourne, espérant de là pouvoir rejoindre le Saiot-Père; mais sur le point de partir, je fus arrêté de nouveau , jeté en prison durant plusieurs semaines, reconduit à Rome, et enfin on se décida à m*exi- 1er à Naples. J'ai eu longtemps entre les mains Tordre du général de faire partir cette même nuit, et tous ensemble, les individus désignés sur une liste contenant vingt-trois noms. Attendu les principes d'égalité qui régnaient dans ces temps républicains , les vingt-trois noms étaient pêlemôle. n y ayait dix-huit galériens, un religieux, deux avocats «t un officier de Tancien gouvernement; mon nom se trouvait le treizième sur cette liste.
T, A Albano, on nous conduisit dans, une hôtellerie, et nous dûmes
dîner tous ensemble. »
mais ces louanges étaient démenties par les faits, déi lies surtout par les proscriptions et par l'etVroi. Des voltes à main armée éclatent sur la terre papale. On oAl dit que les Romains couvaient encore ce silence des grandes colères et des grandes terreurs dont parle l'historien latin.
Les villes de Ferentino, de Veroli, de Terracine, d'Ali tri et de Frosinone, se soulèvent aux cris de Vive JiJsui et Marie! On les mitraille, on les incendie, on les met
Les campagnes ne veulent pas s'humilier sous un joug étranger. On les opprime au nom de la liberté. L'égaliK^ des cultes tes rend esclaves de l'athéisme , et en fin da; compte la République , même romaine, c'est pour tout l'appauvrissement avec le déshonneur. Les campaffni organisent la guerre au poignard contre ceux qui viennent leur apporter la guerre au canon.
Les Romains ont reconquis leur indépendance. Ils veulent ni d'éti'angers pour les tyranniser tratemelh ment, ni do consuls accoucheurs ni de tribuns renégal pour parodier leur vieille hisloire.
On leur a enlevé le Pontife-Roi; ils combattent comi la Vendée militaire. Ils succombent comme elle; mai leur défaite est encore une profession de foi. Le ji n'est pas éloigné où le martyre d'un pape, où les pi des uns et le sang des autres la feront sortir triomphanl de tous les désastres, car l'Église a toujours su opt?rcr tjl choses merveilleuses dans la mort. Pour clic, plue hi est obscure, plus la lumière s'approche.
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FIN PL* LIVRE PRESUEn.