CHAPITRE XXXIV
l'excommunication.
Napoléon redonte Teffet qae pourrait prodaire en France la poblication de la balle d'excommunication. — Commentaires de l'abbé de Pradt à ce sojet. — £rrenrs dans, lesquelles est tombé Tarchevêque nommé de Mallnes. — L'empereur affiche de parler dédaigneusement de la bnlle d^excommunieation devant les ecclésiastiques , mais il prend toutes les précautions nécessaires pour qu^elle ne soit pas connue en France. — Rédaction malheureuse de cette bulle. — L^empereur consulte le nouveau ministre des cultes M. Bigot de Préameneu. — Antécédents et caractère de M. Bigot de Préamenea. — Mémoire de M. de Préameneu sur la bulle d'excommunication. — L'emperenr prend le parti de ne la point déférer an conseil d'État , mais il garde une profonde rancune contre le saint-père. —Mesures de mauvaise humeur prises contre le clergé.— Dissolution des congrégations ecclésiastiques et des établis^ sements de missionnaires. — Napoléon commande des ouvrages littéraires dirigés contre le saint-siége. — Pie YII , depuis son enlèvement de Rome, ne fait plus jamais mention de la bulle d'excommunication.
Il y avait cependant une cause sérieuse, d'autant plus inavouée qu'elle était plus personnelle, à la mauvaise humeur qu'avait inspirée à l'empereur l'apparition momentanée du saint-père sur le sol de l'empire français. Lorsque, dans sa correspondance datée de Schœnbrunn, il dénonçait à ses ministres ce qu'il appelait couramment la démence de Pie YII,
lorsque, dans les lettres mêmes où il rendait justice à
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rhonnéteté de ses sentiments, il n'hésitait pas à le traiter de prêtre ignorant et fanatique, Napoléon ne cédait pas exclusivement à Timpatience qu'excitait en lui la prolongation de ses différends avec la cour de Rome^. Ce n'était pas non plus seulement pour se venger de sa résistance et pour rendre plus cruelle la situation de son malheureux prisonnier, qu'il avait ordonné à Fouché de faire le silence et le vide autour da pape, et de veiller surtout à ce qu'il ne pût, durant son séjour en France, communiquer avec aucun personnage un peu cousidérable. La politique lui avait, comme à l'ordinaire, dicté ces rigoureuses prescriptions. Ce qui préoccupait alors l'empereur, c'était de dérober autant que possible à la connaissance de ses sujets le seul acte d'agression, la seule mesure de représaille irritée et violente que, pendant le cours de leur longue querelle, son inoffensif adversaire ait jamais osé hasarder contre lui : nous voulons parler de la bulle d'excommunication.
Il en avait été de la bulle d'excommunication, un moment affichée dans Rome par ordre de Pie YII,
1. Voir les lettres du 18 juillet, da 6 août et du 15 septembre 1S09; la lettre du 15 septembre, quoique citée dans le onzième volume de l'Histoire du Consulat et de l'Empire, n'est pas insérée dans la Correspondance de Napoléon /«*•.
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' comme de sa venue à Grenoble. Tout le monde en avait vaguement entendu parler en France. Excepté les partisans obscurs et d'ailleurs mal renseignés du régime impérial , personne n'en mettait Texistence en doute; mais quelle en était au juste la teneur, dans quelles circonstances et de quelle manière avait-elle été publiée ? Nul ne le savait. Chose singulière, c'était précisément dans les régions du pouvoir que circulaient à ce sujet les rumeurs les plus erronées, et, circonstance non moins étrange, c'étaient les propres dépèches des agents de l'empereur à Rome qui avaient accrédité certains récits où figuraient des scènes dramatiques purement imaginaires et de l'effet le plus fâcheux pour le gouvernement. Commentant la lettre de Radet au ministre de la guerre, que nous avons précédemment produite, ou citant les relations officielles du général MioUis à l'empereur, les uns prétendaient qu'après avoir fulminé l'excommunication du haut du balcon du Quirinal le saint-père avait parcouru les rues de Rome, le crucifix à la main, pour ameuter le peuple contre les Français. D'autres racontaient qu'il avait fallu lui livrer un assaut en règle dans son palais, et que Pie VII ne s'était rendu que forcé dans ses derniers retranchements. La vérité est que, pour justifier auprès du mattre la grave ré-
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solution qu'il avait été hypothétiquement autorisé à prendre, et qui avait été* surtout motivée de sa part par la publication de la bulle d'excommunication, le gouverneur général de Rome, moins scrupuleux dans sa correspondance qu'il n'était sage dans sa conduite, avait lui-même singulièrement amplifié et presque travesti la nature des événements qui s'étaient passés àRoine^
Il en était résulté que, ne sachant trop d'abord à quoi s'en tenir sur l'effet que pourrait produire en France un acte que MioUislui dépeignait comme ayant si fort agité les esprits à Rome, l'empereur commença par se résoudre à faire les plus grands efforts pour l'ensevelir, autant qu'il dépendrait de lui, dans un oubli profond , affectaifit de n'y attacher pour son compte aucune espèce d'importance. En réalité, rien de plus faux. Ce grief, quoique, habilement dissimulé, a toujours été profondément ressenti par l'empereur. Il lui a.
1. «... Le pape s'est opposé à l'arrestation du cardinal Pacca par àes barricades et une défense qui Tont entraîné lui-même avec le cardinal. » Le général Miollis à l'empereur, 6 juillet 1809.— « Lorsque le général Radet fut parvenu à son dernier retranchement,., » — «... 11 se fit en même temps un rassemblement tumultueux où l'oQ criait : « Mort aux excommuniés /... » Le général Miollis à Tempereur, 7 juillet 1809.
d'après les circonstances, inspiré successivement des conduites très-diverses, et arraché, suivant l'humeur du jour, des paroles empreintes tour à tour de la colère lapins insultante ou du plus hautain mépris. Jamais, au fond, la blessure n'a été complètement cicatrisée. Ce fut, sans qu'il en voulût jamais rien laisser paraître, le sentiment de l'injure reçue qui convertit en un duel à mort la lutte maintenant engagée par le souverain français contre le chef de la catholicité, et nous méconnaîtrions étrangement les nécessités de notre sujet, si nous évitions de donner à cet épisode de l'excommunication la place qu'il mérite d'occuper dans l'étude que nous avons entreprise.
« Parmi les singularités qui forment une partie si considérable de l'histoire de ces dernières années, écrivait l'abbé de Pradt en 1818 S aucune peut-être n'a présenté des caractères aussi frappants que cette bulle d'excommunication lancée contre le prince le plus puissant de son temps... 11 y avait mille ans d'intervalle entre la dernière et celle-ci. Après une si longue interruption, la nouvelle apparition de ce fantôme dut paraître bien étrange, et Rome put à rjyson passer pour n'avoir guère consulté l'art de vérifier