Vie de M, l'abbé Émery^ t. II, p
en ce moment la harangue du prince archichancelier, et peut-être n'avait-il pas lui-même oublié les paroles pleines de déférence et d'admiration laudative que le plus considérable d'entre ces messieurs, l'abbé Lejeas, premier vicaire de l'archevêché de Paris, vacant depuis la mort de M. de Belloy, avait tout récemment adressées à l'empereur au nom du chapitre métropolitain. Ce fut toutefois l'expression d'une vive surprise, puis celle d'une craintive terreur que Cambacérès put d'abord lire sur le visage de ses interlocuteurs. ((Cette cause, dirent -ils tout d'une voix , est de celles qui sont réservées, sinon de droit, au moins de fait, au souverain pontife. — Je ne suis pas, répondit l'archichancelier, autorisée recourir à Rome. — Mais, objecta l'un d'eux, il n'est pas besoin de recourir à Rome pour avoir la décision du pape, puisqu'il est à Savone. — A la bonne heure, mais je ne suis pas chargé de traiter avec lui, et dans les circonstances actuelles c'est impossible ^ » Le désir qu'avaient les malheureux ecclésiastiques du
1. Narration par l'abbé Rudemare de la procédure suivie à roccasion de la demande en nullité du mariage de l'empereur Napoléon et de rimpératrice Joséphine. — Pièces justificatives de la vie du cardinal Feschy par l'abbé Lyonnet, présentement archevêque d'Albi, t. Il, p. 740.
SENTENCE DE L'OFFICIALITE 233
chapitre métropolitain d*êlre déchargés d'une si incommode commission était manifeste.
il Ils ouvrirent Tavis qu'on pouvait soumettre l'affaire aux cardinaux qui étaient présentement en si grand nombre à Paris. — Ils n'ont pas de juridiction ici, répliqua Cambacérès. — Mais, monseigneur, il existe précisément une commission de cardinaux , d'archevêques et d'évêques assemblés pour délibérer sur les affaires de l'Église. — Ils ne forment pas un tribunal, et l'officialité est le tribunal établi pour connaître de ces causes. — Oui, prince, entre particuliers ; mais dans cette occasion la dignité éminente des personnes en cause ne permet pas h l'officialité de se regarder comme le tribunal compétent. — Pourquoi donc ? Est-ce qu'il n'est pas libre à Sa Majesté de se présenter, si bon lui semble, devant un tribunal établi pour ses sujets et composé de ses sujets? Qui peut lui contester ce droit? — En effet, reprit le promoteur, M. Rudemare, Sa Majesté en est le maître ; mais cela est tellement nouveau et tellement contre l'usage^ que nous ne pouvons prendre sur nous de nous regarder comme compétents , à moins que le comité ne décide sur notre compétence. Disposés à faire tout ce qui dépend de nous pour prouver notre dévouement à Sa Majesté , nous ne pouvons cepen-
dant nous dispenser de recourir à tous les moyens qui peuvent mettre notre responsabilité à couvert et notre conscience en repos ^ »
A des gens aussi troublés, il était nécessaire de concéder quelque chose. Cambacérès le sentit. «Nous ne voulons à aucun prix que cette affaire devienne publique et que les journaux anglais s'en occupent. Toutes les pièces en seront déposées dans la cassette • de Sa Majesté, et nous vous demanderons le plus profond secret. Le ministre des cultes vous fera cependant passer la décision que vous demandez ^ » Le comité ecclésiastique indiqué par les membres de Tofficialité, et dont nous aurons plus tard à nous occuper, siégeait alors effectivement à Paris, Il était composé de SonËminence le cardinal Fesch, président, du cardinal Maury, de l'archevêque de Tours, des évêques de Nantes, de Trêves, d'Évreux, de Yerceil, et de l'abbé Émery, supérieur du séminaire de Saint- Sulpice. Conformément à la promesse faite par Tarchichancelier, la question de la compétence de Tofficialité diocésaine lui fut soumise, et le 2 janvier 1810