CHAPITRE XL
L'euseignement des qnatre propositions de TÉglise gallicane sonlèye beaucoup d'objections au sein da clergé italien. — La suppression d'un certain nombre de sièges épiscopauz envenime la situation. — L'emperenr yeut réduire à quatre le nombre des évèques des Etats romains. — Langage qu'il tient publiquement aux prêtres de la Hollande et de la Belgique. — Il fait arrêter et conduire en France par des gendarmes les évêques, les chanoines et les curés italiens qui refusent le serment. — Les assertions des Mémoires de Napoléon, relativement au nombre des ecclésiastiques arrêtés pendant l'Empire, démenties par sa propre correspondance.
Ce ne fut point de propos délibéré, par suite d'un système préconçu, que l'empereur s'empara du gouvernement des affaires religieuses dans les anciens États pontificaux. Il y fut graduellement conduit par son goût naturel de domination aussi bien que par les nécessités de la situation qu'il avait créée de ses mains sur les bords du Tibre. Le pape une fois enlevé de Rome, les autorités françaises, succédant à un régime où les dépositaires un peu élevés de la puissance temporelle étaient tous ecclésiastiques,
avaient été obligées de se prononcer souverainement presque chaque jour sur une foule de matières d'un caractère mixte, quand elles n'étaient pas, comme il n'arrivait que trop souvent, exclusivement spirituelles. Dans les cas embarrassants, le général Miollis, s'il n'avait pas reçu d'avance les ordres directs de son mailre, ne manquait pas de les solliciter par écrit. Napoléon se trouvait donc hériter ainsi forcément des récents embarras du malheureux Pie VII. Sur lui retombaient maintenant les ennuis et les charges qui, à Rome, résultaient de la confusion traditionnelle des deux pouvoirs. Les premières mesures émanées de l'initiative impériale, quoique inspirées par une façon toute moderne et plutôt philosophique d'envisager les choses de la religion, n'avaient pas d'ailleurs en elles-mêmes une grande gravité. L'empereur, à peine en possession des Étals romains, avait été frappé de ce qu'il y aurait d'étrange à ce que le gouvernement dont il était le chef continuât à recevoir comme par le passé certaines redevances qui, sous le régime antérieur, venaient tout naturellement grossir le trésor pontifical. « A quelque prix que ce soit, je ne veux pas, écrivait-il le 13 aoutJ809 à M. Bigot de Préameneu, qu'on paye rien à Rome pour l'expédition de bulles,
dispenses, etc.. C'est une profanation des choses sacrées*. » Cette décision, raisonnable en elle-même, n'avait rien qui excédât les droits du pouvoir civil. En tout cas, elle ne faisait de tort qu'à ses propres finances. Il n'en était peut-être pas tout à fait ainsi d'une autre résolution prise par l'empereur le 18 janvier 1810. Il lui répugnait beaucoup de voir célébrer en Italie la fêle de Grégoire VII et de laisser figurer, de l'autre côté des monts, au calendrier des saints un pontife qu'à Paris, dans ses harangues ofiicielles, il ne cessaitd'anathématiser à tout propos. Celte contradiction ne devait plus subsister. « Le ministre des cultes a-t-il fait une circulaire aux évêques, écrit-il le 15 janvier, pour leur ordonner de supprimer la prière de Grégoire VII et de substituer une autre fête à celle de ce saint que l'Église gallicane ne peut reconnaître *? » Supprimer par décret des prières, abolir par simple circulaire la fête des saints qui lui déplaisaient, c'était là, s'il en fut, besogne de pontife. Cependant il y avait tant de fêtes
1. Lettre de l'empereur au comte Bigot de Préameneu,Schœnbrunn, i3 août 1809. -r- Correspondance de Napoléon /«»", t. XIX, p. 338.
2. Note dictée par l'empereur au conseil des ministres, le 18 janvier 1810. —Cette note n'est pas insérée dans la Correspondance de Napoléon /«♦•.
342 L'ÉGLISE ROiVlAINE ET LE PREMIER EMPIRE
religieuses à Rome et si grande abondance de saints de Tautre côté des Alpes, que les Italiens ne songèrenl pas à se plaindre beaucoup de ce qu'on ne leur permettait plus de se placer sous la protection particulière de Grégoire VIL II ne parait pas non plus que les ecclésiastiques romains, si respectée et si populaire que fût restée parmi eux sa mémoire, aient trouvé trop mauvais qu'on leur interdit de célébrer désormais en chaire les mérites d'un pape dont les exemples étaient, dans les circonstances présentes, devenus tellement hors de saison. Une certaine émotion accueillit au contraire à Rome et dans toute l'Italie le décret du 25 février 1810, qui établissait comme loi générale de l'empire l'édit de Louis XIY et la déclaration de 1682 du clergé français^. Jamais, on le sait, les quatre propositions auxquelles est attaché le nom de Bossuet n'avaient été admises par le saint-siége. S'il ne les avait pas dogmatiquement condamnées, il les avait toujours combattues de toutes ses forces. La controverse engagée à ce sujet depuis plus d'un siècle avait partagé en deux camps presque hostiles l'Église romaine et l'Église gallicane. De l'un et de l'autre côté, l'animation avait