DU SÉMINAIRE CATHOLIQUE, A BALTIMORE
35 septembre 1810.
... En attendant, il faut bien que je vous dise un mot de nos propres affaires à Paris. Le séminaire a essuyé un grand orage provoqué par le parti janséniste. Par la protection de la sainte Vierge et de nos saints patrons, il s'est apaisé et les choses sont dans le mên^e état, soit à Paris, soit ailleurs- Voici l'état de la religion. Le pape, qui est à Savone, y est dans ce moment retenu comme prisonnier d'État, et il ne peut plus communiquer avec personne. Les cardinaux di Pietro, Oppizzoni, Gabrielli, sont à la Force. Le gouvernement a réuni les cardinaux et les évoques qui avaient déjà été rassemblés l'année dernière pour donner leur avis sur la manière de pourvoir à l'institution des évêques et aux dispenses. Il n'est question de rien moins que de l'abolition du concordat, ou du moins d'y faire des changements, et du rétablissement de la pragmatique. Il est question encore d'une députation de quelques évêques français au pape et d'assembler un concile national pour auto-
riser les changements qui seraient faits. Rien n^est encore statué sur tous ces points. Vous comprenez dans quelle émotion doivent être les esprits dans le moment présent, et tout ce qui peut arriver de troubles dans la suite. Ce sont quelques personnages zélés, mais indiscrets dans leur zèle, qui ont attiré cet orage. Je vous fais ces observations pour vous faire entendre que votre situation du côté de la paix et de la tranquillité est préférable à la nôtre.
... Mon attention se tourne plus que jamais sur Baltimore. S'il arrivait, ce que je ne crois pas, que Saint-Sulpice ne pût plus subsister en France, j'ai pris des mesures pour qu'il soit comme transféré à Baltimore avec tout ce qui nous reste de plus précieux. Je ne peux pas donner ma démission, qui ne pourrait être acceptée que par une assemblée générale qui ne pourrait avoir lieu, et d'ailleurs je veux mourir les armes à la main et tout occupé de l'œuvre de M. Ollier, que je vais fréquemment honorer dans la chapelle de Vaugirard. Vous savez que je peux nommer, et je nommerai aussi un vice-supérieur. Nous sommes le seul corps qui débat pour son existence. Tous les autres sont morts, et au lieu de nous occuper de nous, occupons-nous d'un objet bien plus intéressant qui est le pape. Considérez-vous comme singulièrement chargé de maintenir et d'étendre l'esprit de Saint- Sulpice dans le nouveau monde. Argue, obsecra, increpa in omni patienlia.
Matériaux poar écrire une vie de Tabbé Émery , conservés su séminaire de Saint-Sulpice.
LETTRE DE l'EMPEREUR A Bl . BIGOT DE PRÉAMENEU, MINISTRE DES CULTES.
31 décembre 1810.
Monsieur le comte, je reçois votre lettre du 34 décembre. Écrivez au préfet de Montenotte pour lui faire connaître la lettre que le pape a écrite au grand vicaire de Paris, afin d'éclairer ce fontionnaire sur la mauvaise foi du pape qui, sous des apparences de conciliation et de charité, excite en secret la discorde et la rébellion. Donnez-lui Tordre «d'empêcher qu'aucun courrier ne soit reçu ni expédié avec des lettres pour le pape ou sa suite, et pour que la poste ne fasse porter ni ne lui remette aucune lettre. 11 faudra pour cela qu'il soit sûr du directeur des postes. Vous lui ferez connaître que je fais venir l'évêque de Savone à Paris, aûn d'ôter au pape un canal de communication. Vous donnerez effectivement l'ordre au prélat de venir à Paris, où je désire le voir. Vous écrirez au sieur Chabrol d'avoir dans ses conversations un ton plus ferme, de représenter au pape qu'il fait du tort à la religion, qu'il cherche à semer le trouble et la division ; qu'il néglige la douceur et les bonnes manières {sic) qui auraient pu réussir auprès de moi; qu'il n'obtiendra rien par les moyens qu'il emploie et que l'Église finira par perdre le reste de son temporel, que ceux qui seront assez fols et assez ignorants de leurs devoirs pour l'écouter perdront leur place, et que ce sera par sa faute. Il faut que cela goi( ^y ^vec vigueur. Il doit voir également ceux qui entourent
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le pape et les éclairer sur les fâcheuses conséquences que cela aura pour eux.
Il est inutile que le pape écrive. Moins il fera de besogne et mieux cela vaudra. II est nécessaire : 4° que le préfet envoie un état des individus qui sont auprès du pape; qu'il désigne les plus grands travailleurs, afin que je les renvoie, pour ôter au pape le moyen d'écrire et de répandre le poison ; 2" que vous donniez ordre au préfet de ne plus expédier les lettres du pape pour le royaume d'Italie, le royaume de Naples, la Toscane, le Piémont, la France, et de ne lui remettre aucune lettre et de les envoyer toutes ici. Vous en ferez le triage, et l'on ne donnera cours qu'aux lettres dont l'émission sera sans inconvénient. Faites vous en conséquence envoyer toutes celles que le pape écrirait et celles qui lui seraient adressées, ^p général, moins il en parviendra et mieux cela vaudra. Vous ferez connaître au préfet et au prince Borghèse que mon intention est que l'extérieur du pape se ressente du mécontentement que j'ai de sa conduite, et que l'état de sa maison soit réglé de manière à ne pas dépenser plus de 42 à 4500 francs par mois. Les voitures qui avaient été mises à sa disposition à Savone pour lui et sa maison seront renvoyées à Turin.
Recommandez au sieur Chabrol de ne plus rien dire dans ses discours qui tende à faire croire au pape que je désire un accommodement. Mais son langage doit être qu'aprèsson excommunication et sa conduite à Rome, qu'il continue à Savone, jo dois m'attend re à tout de lui ; que je m'embarrasse fort peu do ce qu'il peut faire; que nous sommes trop éclairés aujourd'hui pour ne pas distinguer la doctrine de Jésus-Christ de celle de Grégoire VII.
Écrivez à la grande-duchesse de Toscane, pour lui faire connaître ce que j'ai fait pour le chapitre d'Asti et pour lui recom-
mander d'agir fermement et de ne se permettre aucune faiblesse. Que les chanoines du ciiapitre de Florence sachent qu'à la moindre faute ils perdront leur temporel pour toujours. En6n je désire que vous me proposiez un évèque doué de boDS principes qu'on pourrait nommer à l'archevêché d'Aix afin de l'envoyer promptement là-bas. Sur ce...
Cette lettre n'est pas insérée dans la correspondance de Napoléon I'^
LETTRE DE L EMPEREUR NAPOLÉON A M. LE GOIITE BIGOT DE PRÉAMENEU, MINISTRE DES CULTES.
20 janvier 1811.
Monsieur le comte, j'ai reçu votre lettre avec le rapport du préfet de Savone du iO janvier. Mon intention est que vous écriviez au préfet que le pape ne doit se mêler de rien; et comme il a lui-même proposé de ne se mêler de rien si on le lui signifiait, je vous autorise à lui faire faire cette signification. Le préfet doit lui faire connaître que tous les chanoines et théologiens de France et d'Italie sont indignés des lettres qu'il a écrites aux chapitres, que par cette conduite il a été cause de l'arrestation de trois chanoines à Florence et de la confiscation de leurs prébendes, de la même sévérité exercée envers le chapitre d'Asti, et de l'arrestation du cardinal di Pietro, du chanoine d'Astros, de l'abbé Fontana, de l'abbé Gregori, qui tous sont éloignés de manière qu'ils ne puissent jamais faire de mal; que ces pratiques ténébreuses sont indignes d'un pape; qu'il sera cause des malheurs de tous ceux avec lesquels il correspondra ; que déclaré ennemi de l'empire, il doit désormais rester tranquille,
et puisqu'il se dit lui-même arre^e^ se conduire comme tel et cesser de correspondre, soit avec ses agents, soit avec ceux qui auraient noué quelques relations avec lui; qu'il est fâcheux pour la chrétienté et pour l'Église d'avoir un tel pape, aussi ignorant de ce que Ton doit aux souverains; mais que du reste l'État ne sera pas troublé et que le bien s'opérera sans lui. Vous écrirez en outre au préfet de Montenotte qu'il ait à prendre toutes les mesures nécessaires pour que le pape w puisse communiquer avec personne, pour que les auberges de Savone et les voyageurs soient surveillés, et enfin pour ne rien laisser passer. Vous lui ferez connaître que le ministre de la police lui écrira pour les personnes qui doivent être arrêtées, renvoyées ou conservées auprès du pape. Je vous renvoie la lettre du préfet qui vous était adressée. Sur ce...
Cette lettre n^est pas insérée dans la correspondance de Napoléon !«'*.