III
la domination temporelle du pape. D'autres occupaient dans le gouvernement intérieur de l'ftglise romaine des postes très-importants. Le cardinal Carandini était préfet du concile, le cardinal délia Somaglia était vicaire de Sa Sainteté, et le cardinal Braschi-Onesti secrétaire des brefs du pape.
Enfin, il se trouvait par une rencontre bizarre que le propre secrétaire de Sa Sainteté étail lui-même atteint par la mesure. Ainsi que son prédécesseur Casoni, qui était né à Sarzane, le cardinal Doria Pampliili, parce qu'il était originaire de Gènes, recevait à l'improviste du ministre de France, avec qui la veille il traitait, l'ordre de quitter sur-le-champ ses bureaux du Vatican et d'aller, comme sujet de l'empereur, faire sa soumission officielle aux autorités de sa nouvelle patrie. En recourant à ces brutalités, l'empereur, quoi qu'il en piît dire, se voyait, au bout de quelques jours seulement, entraîné malgré lui à confondre de la façon la plus funeste les choses mômes qu'au début de la querelle il s'était vainement flatté de pouvoir toujours séparer les unes des autres. En faisant sortir violemment de Rome tant de cardinaux, Napoléon ne battait pas seulement en brèche le pouvoir temporel du pape, envers qui maintenant il était décidé à ne plus garder aucun ménagement; il atlaquait aussi de front le régime inférieur de cette grande Église catholique pour
laquelle, à celle époque de sa vie, il aifectail de professer encore, chaque fois que l'occasion s*en présenlait, les plus respeclueux égards et un filial altachemenl.
Ces nuances un peîi contradictoires que Napoléon excellait à garder dans ses paroles ne sont pas toujours aussi faciles à maintenir dans l'action. En réalité, la manière dont à Rome.les ordres de l'empereur furent habituellement mis h exécution n*était point de nature à tempérer l'amère douleur qu'ils ne pouvaient manquer de causer à Pie VII. Les termes des dépèches qu'ils recevaient à la fois de Paris et de Milan faisaient assez connaître à M. Alquier et aii général Miollis combien vive était en ce moment l'irritation de leur. tout-puissant maître. Ménager si peu que ce fût la sensibilité du saint-père, suivre en celle occasion leur penchant naturel, qui les portait à user de modération et de douceur, eût été trop dangereux. Ils n'y songèrent ni l'un ni Pautre. Ils §e trouvèrem, au contraire, d*accord pour exécuter à la lettre la déplaisante commission dont ils étaient chargés. Trois jours furent donnés aux cardinaux désignés pour quitter Rome; à l'expiration de ce délai et sur leur refus, la force armée se présenta chez eux et les Gt partir de vive force.
Le secrétaire d'État, Doria Pamphili, ne fut pas plus épargné que ses collègues, et n*obtint pas une seule minute de répit pour remettre à son successeur, le cardinal
Gabrielli, les papiers de son ministère. Quant à Tordre du jour adressé aux troupes papales, pour leur annoncer leur incorporation dans l'armée française, le général Miollis, se conformant sans doute aux instructions reçues du ministère de la guerre, avait pris soin d'y faire intervenir directement le nom de l'empereur et de le rédiger dans les termes les plus blessants pour le gouvernement pontifical. Il était ainsi conçu : « Sa Majesté l'empereur et roi Napoléon témoigne sa satisfaction aux troupes de Sa Sainteté pour leur bonne tenue. Elles ne recevront plus d'ordres à l'avenir ni des prêtres ni des femmes. Des soldats doivent être commandés par des soldats. Les troupes peuvent être assurées qu'elles ne retourneront plus sous les drapeaux des prêtres. L'empereur et roi leur donnera des généraux que leur bravoure a rendus dignes de les conduire K «
Tandis que le général Miollis, procédant avec une rudesse évidemment imposée, et qui contrastait de la façon la plus singulière avec sa courtoisie bien connue, s'emparait par tous les moyens possibles de l'absolu gouvernement de la ville de Borne, la situation du ministre de France, M. Alquier, devenait de plus en plus embarrassante, et ce fut, nous le supposons, avec un véritable
1. Ordre du jour du général Miollis. Au quartier général de Rome, i? 27 mars 1808.
soulagement qu'il reçut enfin l'invitalion de quitter son poste sans bruit, comme s'il avait demandé et reçu un congé. Il avait ordre de laisser pour chargé d'affaires à sa place un simple secrétaire de légation, M. LL-febvre. Celte détermination de l'empereur au sujet du rappel de son ministre à Rome était elle-même un signe des projets qu'il avait dès lors formés et sur lesquels sa pensée était irrévocablement fixée. Déjcà, lorsqu'il avait voulu sévir une première fois contre le saint-père, il avait éprouvé une forte répugnance à laisser près de lui un personnage aussi considérable que son propre oncle, le cardinal Fescli. Il avait donc engagé ce grand dignitaire de l'Église à revenir à Paris ; il lui avait même recommandé, si par hasar.d il était obligé de rester à Rome, de laisser faire à Alqiiiir (c'étaient ces proj)rcs expressions) tuut ce qui serait or/iewx^ Aujourd'hui qu'il méditait de dépouiller entièrement Pie VII de sa souveraineté, et peut-être déjà de le faire un jour ou l'autre enlever de vive force du Vatican, il ne croyait pas davantage convenable pour M. Alquier, quoique simple amb issadeur laïque, d'assister de sa personne à la scène qui allait mettre fin à ce lugubre drame. Celait pour lui sauver cet ennui et cette honte qu'il l'avait autorisé à revenir en France. Avant de cesser ses fonc-