‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 46 sur 81 · CÉRÉMONIE D L MARIAGE · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIE D L MARIAGE

I.a messe du mariage est célébrée dans le grand salon du Lou\'rc. — Colère de l'empereur quand il apprend que les cardinaux ne sont pas tous présents. — A la réception officielle du lendemain, l'empereur fait renvoyer des Tuileries les cardinaux qui n'étaient pas la veille à la messe du mariage. — Ordre donné de les faire juger. — Il est commué en un décret d'exil hors de Paris. — Consternation des cardinaux. — Ils écrivent une lettre pour protester de leurs sentiments. — Ils n'en sont pas moins exilés et dépouillés de leurs insignes de cardinaux. — La colère de Napoléon s'étend jusqu'à l'abbé Émery, et pourquoi. — La communauté de Saint-Sulpice est dissoute, et l'abbé Émery pense à la transporter en Amérique.

Cependant, le moment décisif approchait, et la future impératrice était arrivée à Paris. A la réception des grands corps de l'État, l'empereur, lui présentant le sacré collège, nomma gracieusement Consalvi en disant à l'impératrice, qu'il tenait par la main : « C'est celui qui a fait le concordat. » Cela se passait le samedi au soir 31 mars. Le mariage religieux était fixé pour le surlendemain lundi. On avait à «cet effet disposé en chapelle le grand salon du Louvre" qui fait suite à la galerie des Tableaux. Rien n'avait été épargné pour ajouter le plus magnifique éclat à cette cérémonie. Si vaste que fût la

salle où la bénédiction devait être donnée aux époux, elle ne l'était pas encore assez pour contenir tous ceux qui, avec quelque apparence de droit, avaient aspiré à s'y faire placer. Toute la grande galerie des Tableaux était remplie d'une foule de spectateurs choisis parmi ce que la Franceavaitde plus distingué, et qui, rangés de chaque côté sur trois ou quatre rangs, jouissaient au moins du privilège fort envié de voir défiler devant eux le cortège impérial. Lorsque l'empereur, conduisant Marie-Louise par la main, traversa lentement l'interminable galerie, chacun fut frappé de l'air de triomphe qui éclatait dans toute sa personne. Sa physionomie, naturellement sérieuse, était resplendissante de bonheur et de joie. Comment en aurait-il été autrement ? et pour cet enfant de ses œuvres, pour ce soldat de fortune épris avant tout des jouissances de l'orgueil, quelle immense satisfaction de mener ainsi à l'autel, au milieu de tant de têtes inclinées, la fille môme des Césars, enlevée comme un dernier trophée de victoire à la plus vieille r ice des souverains qui fût alors sur le continent !

Cependant, la minute d'après, à peine entré dans la chapelle improvisée, les traits de l'empereur changèrent tout à coup d'expression. Son front s'était ridé. « Où sont les cardinaux ? dit-il du ton le plus irrité à son maître de chapelle, l'abbé de Pradt. Je ne les vois pouit. » Il les voyait parfaitement, mais ils n'étaient que quatorze, son compte

D'y était pas. « Uq grand nombre s'y trouvent, loi 6t remarquer l'abbé de Pradt. D'ailleurs, il y a bien des infirraes et des vieillards parmi eux, et le temps est si mauvais ! — Ah ! les sots ! » Puis, reportant ses regards sur quelques banquettes vides : « Mais non, ils n'y sont point. Ah ! les sots 1 les sols î » répéta-l-il d'une voix courroucée en lançant de ce côté un regard foudroyant, accompagné d'un mouvement de tête où se peignait l'annonce de la vengeance ; et l'abbé de Pradt comprit qu'il se formait un gros orage. Durant la 'cérémonie, l'empereur resta tout absorbé, comme s'il avait peine à se distraire de son mécontentement. Cependant, en revenant de l'autel, après avoir mis l'anneau nuptial au doigt de Marie-Loiiise, lorsqu'il fnt assis de nouveau dans son fauteuil, s'adressant à -AI. de Pradt, il lui dit : « Je \iens de donner un anneau à ma femme; elle ne m'en a pas donné. Pourquoi cela? » M. de Pradt lui fournit une explication quelconque. Napoléon demeura un instant dans une sorte de rêverie qui lui était familière quand il avait reçu une réponse qui ne le satisfaisiit point. Au bout d'une minute, il reprit : « J'ai donné un anneau à l'impératrice parce que la femme est l'esclave de l'homme. Regardez chez les Romains : les esclaves portent tous un anneau ' .»

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