‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 47 sur 81 · M. de Pradt, les Quatre Concordats, t. 11, p · texte numérisé non relu

M. de Pradt, les Quatre Concordats, t. 11, p

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Au retour de la cérémonie, les spectateurs de la galerie ne furent pas médiocrement surpris de voir celte physionomie du maître, tout à l'heure si radieuse, devenue en si peu de temps sombre et menaçante. Que s'était-il passé ? Bientôt l'on connut^ l'absenee des treize cardinaux, qui seule avait causé cette colère de l'empereur. Les effets en furent terribles et immédiats. « Quoi ! ils avaient osé persister dans une résolution qu'il les avait défiés d'accomplir ! Quoi ! ils avaient eu la hardiesse de le braver et de lui faire un affront public ! Ils en subiraient un à leur tour. Ils n'avaient pas voulu assister aujourd'hui à son mariage, eh bien, demain, il les chasserait honteusement de sa cour. » Le lendemain était en effet le jour oîi devait se faire aux Tuileries la présentation de tous les grands corps de l'État aux deux souverains assis sur leur trône. Les treize cardinaux s'y rendirent avec leurs collègues, ainsi qu'il avait été convenu. Rien de moins assuré que leur contenance. « On peut facilement imaginer, dit le plus brave d'entre eux, le cardinal Consalvi, de quel cœur nous attendions, dans la grande salle oii se trouvaient réunis cardinaux, ministres, évoques, le Sénat, le Corps législatif, les magistrats, les dames de la cour et tous les fonctionnaires de l'empire, le moment de voir l'empereur et d'en être vus. »

Tout à coup, après trois heures d'antichambre, une

porte s'ouvre, et parait un aide de camp apportant l'ordre aux cardinaux qui n'avaient pas assisté au mariage religieux de partir snr-le-champ, parce que Sa Majesté ne voulait p-is les recevoir. Qu'on juge de l'effet et de l'étonnement de -toutes les personnes présentes ' Les unes entendirent l'ordre lui-même, les autres virent. avec non moins de surprise ces graves personnages, que leur costume rouge désignait à tous les yeux, se retirer avec un manifeste embarras et traverser, non sans peine, les saloss encombrés pour aller regagner leurs voitures. Cependant, les cardinaux qui avaient assisté au mariage religieux étaient restés. Quand ils défilèrent un à un, l'empereur, debout devant son trône, lança les apostrophes les plus terribles contre les cardinaux expulsés. Ses invectives tombèrent principalement sur les cardinaux Oppizzoni et Consalvi. Il reprochait au premier son ingratitude, parce qu'il lui avait donné l'évêché de Bologne et le chapeau de cardinal : mais c'était surtout contre l'ancien secrétaire d'Étal tle Pie VII que s'exhala son courroux. Il était plus coupable que tous ses collègues. « Les autres sont peut-être excusables, disait avec colère Napoléon, à cause de leurs préjugés théologiques. Il m'a offensé, lui, par principes politiques. Il est mon ennemi. Il veut se venger de ce que je l'ai renversé du ministère. Pour cela, a osé me tendre^ un piège profondément médité en présentant

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contre ma dynastie un prétexte d'illégitimité, prétexte dont mes ennemis ne manqueront pas de se servir quand ma mon aura dissipé la crainte qui les comprime aujourd'hui.» Nous croyons que Consalvi se trompe quand il ajoute que ce fut un miracle, s'il ne fut pas alors fusillé, ainsi qu'Oppizzoni et un troisième cardinal, probablement di PJetro, car dans sa première fureur l'empereur en aurait donné l'ordre; et peut-être s'exagère-t-il la bienveillance de son singulier ami, le ministre de la police, lorsqu'il suppose que, dans cette circonstance, la suprême adresse de Fouché lui sauva la vie. Napoléon, fort capable d'avoir articulé de semblables menaces, ne songea certainement pas à les exécuter. La scène étrange qu'il s'était donné le plaisir d'arranger avec tant d'éclat devant toute sa cour n'était d'ailleurs que le premier acte de sa vengeance, très-froidement et très-mùrement calculée. Dès le jour même, il écrivait en effet à son ministre des cultes : « Plusieurs cardinaux ne sont pas venus hier, quoique invités, à la cérémonie de mon mariage. Il m'ont par là essentiellement manqué. Je désire connaître les noms de ces cardinaux et savoir quels sont ceux qui ont des évêchés en France, dans mon royaume d'Italie ou dans le royaume de Naples. Mon intention est de donner à ces individus leur démission, et de suspendre le payement de leurs pensions, en ne les considérant plus comme cardi-

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naux. Vous me ferez un rapport là-dessus pour que je prenne un décret authentique *. »

Cette façon de donner leur démission aux évêques qui lui avaient manqué, mesure à laquelle l'empereur revint depuis si souvent, était encore loin de lui suffire. A peine eut-il reçu le rapport de >I. Bigot de Préameneu, rapport fait avec modération et qui chargeait aussi peu que possible les cardinaux contre lesquels il était dirigé, que Napoléon donna l'ordre à son ministre de la police de mettre en détention et de faire conduire dans une maison d'arrêt celui d'entre eux qui se permettrait de porter les insignes du cardinalat. Sa Majesté était inébranlable. Elle ne voulait recevoir aucune excuse. Elle considérait comme factieux et comme conspirateurs contre l'État les cardinaux qui avaient émis la doctrine que le pape devait nécessairement intervenir dans la dissolution de son premier mariage. Elle était résolue à les envoyer devant une cour spéciale, afin de faire un exemple et d'intimider tous ceux •qui, étant dans l'impuissance de troubler aujourd'hui l'État, voudraient semer pour l'avenir des germes de discorde civile -. Mais l'idée de faire comparîtitre des cardi-

1. Lettre de remper<>ur à M. le comte Bigot de Préameneu , 5 avril 1810. Cette lettre n'est pas insérée dans la Correspondance de \apoléon 1er.

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