‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 66 sur 81 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

le biographe ecclésiastique de l'abbé d'Aslros. 11 descendait alors jusqu'aux plus grossiers procédés si les victimes étaient préseules, ou jusqu'à des menaces hyperboliques si elles étaient absentes. » M. Kegnault de Saiiit-Jeand'Angély fit observer à son maître qu'il flétrirait une gloire bien belle dans une querelle bien petite. « Eh bien , s'écria l'empereur, qu'oa le jette en prison pour toute sa vie '. » L'abbé d'Astros fut, en etfet, conduit peu d'heures après à Vincennes, où il resta, enfermé jusqu'à la chute de l'empire. Parmi les membres du clergé, il ne devait pas d'ailleurs être seul à souffrir du courroux excité chez l'empereur par la bulle relative au cardinal Maury. Peu de temps après, les portes du donjon de Vincennes s'ouvraient pour recevoir les cardinaux di Pietro et Gabrielli. Ce dernier avait été conduit à la prison de la Force, où il avait été enfermé pendant quinze jours avec deux scélérats qui furent plus tard condamnés à mort 2. Ce qui est peut-être plus étrange que ces mesures elles-mêmes, c'est que l'homme chargé d'y présider, le duc de Rovigo , était sincèrement convaincu qu'elles étaient la preuve la plus éclatante de la mansuétude du régime impérial. Il ne se lassait

1. Vie de Mgr le cardinal d'Aslros, archevêque de Toulouse, par le R. P. CausseUe.

2. Notice historique sur le chevalier de Thuisy. — Biographie universelle, l. LXXXIV.

pas de répéter incessamment à tous les infortunés ecclésiastiques que Napoléon lui envoyait pour qu'il les retint prisonniers dans quelques affreux cachots , ce qu'il venait justement de dire à l'abbé d'Astros lui-même, lors de son premier interrogatoire : « Ah ! alj ! vous voudriez bien être martyr, mais vous ne le serez pas M »

Arrivait maintenant le tour du pauvre M. Portails. Uiielle était sa faute? Elle est vraiment difficile à deviner. 11 semble qu'il en avait fait autant, quelques-uns pourraient même penser un peu plus peut-être que ne l'exigeaient de lui ses devoirs de fonctionnaire. Cependant, l'empereur avait résolu de faire un solennel éclat propre à intimider désormais tout le monde. Il ne lui importait guère que sa colère fût juste ou injuste, qu'elle tombât sur un innocent ou sur un coupable. Cette colère ellemême était maintenant à peu près calmée, et Napoléon était redevenu parfaitement maître de lui-même à la séance du conseil d'État dont il nous reste maintenant à rendre compte. La scène à laquelle il allait se livrer, comme malgré lui, était de sa part si bien préparée d'avance, que, parmi les nombreux témoins auxquels nous l'avons maintes fois entendu raconter, il en est un, collègue de M. Portails, qui , sans rien comprendre alors aux paroles du duc de Rovigo, se souvenait parfaitement d'avoir entendu ce ministre lui dire de se bien garder, s'il rencontrait le di-

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