‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 23 sur 83 · II · texte numérisé non relu

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98 L'ÉGLISE ROMAINI;: ET LE PREMIEil EMPIRE

même au milieu des emportements de la passion, à discerner les qualités de ses adversaires, Napoléon n'y songea jamais sérieusement. Depuis le commencement de ses débats avec le Vatican, sa préoccupation était autre. Persuadé qu'il fallait surtout attribuer aux avis de son secrétaire d'État la résistance inattendue de Pie VII, l'empereur, qui venait de bouleverser à son gré tant de choses en Europe, avait peine à s'imaginer qu'il put être au-dessus de son pouvoir d'ôter sa place à un ministre du pape. « Mes intentions sont que vous viviez cii bonne intelligence avec le cardinal Consalvi, avait-il écrit naguère au cardinal Fesch. S'il y avait quelque raison de se plaindre de lui, dites-le-moi tout en vivant bien avec lui. Je trouverai le moyen de le faire chasser. » Afin de le faire chasser, puisque c'est son expression. Napoléon ne cessa plus, en effet, pendant quelques mois de dénoncer continuellement Consalvi, tant à Rome par ses lettres qu'à Paris dans ses conversations avec le cardinal Caprara, comme l'unique auteur des difficultés qui venaient de surgir entre les deux gouvernements. Tous les efforts de la malveillance impériale avaient cependant échoué devant l'inaltérable confiance de Pie VII dans son fidèle conseiller. Surpris de si mal réussir, et plus que Jamais résolu d'en venir à ses fins, Napoléon avait alors essayé un autre genre de démarche, contraire à ses procédés ordinaires, et qui témoigne

à la fois de l'opinion qu'il avait de la solidité de la situation du secrétaire d'État à Rome et de son estime profonde pour son caractère. On vit le maître tout-puissant de la France, l'homme qui faisait profession de ne pas croire aux généreuses inspirations de la conscience humaine, faire tout à coup appel au désintéressement bien connu de son adversaire, et prier le ministre du saint-père de vouloir bien quiiter de lui-même, pur bonne grâce et de soc propre mouvement, le poste officiel d'oîi les assauts répétés de sa malveillance n'avaient pas réussi à le faire déchoir. Plus que tous les autres, cet acte dut coûter à l'orgueil de l'empereur ; cependant, il n'hésiUi pas. « S'il aia^-î sa religion et sa patrie, dites bien à Consalvi, écrit l'em- \yàreur à son oncle, qu'il n'a qu'un de ces deux partis à prendre : faire toujours ce que je veux, ou bien quitter le ministère ' . »

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