I. Dépêcliesde M. Jackson (1805-1806). — Fortign-Oflke
renseignements les plus détaillés tant à Londres qu'en Sicile *. Peut-être quelques-unes des dépêches de M. Jackson avaient-elles été interceptées par la police impériale. En tout cas, Consalvi était trop perspicace pour ne pas avoir deviné que la surveillance exercée sur les allées et venues de l'armée française par un pareil témoin, si habile à tout savoir et si appliqué à rendre compte de tout à son gouvernement, devait être la cause première des éclats de colère qu'excitait chez l'empereur la présence de M. Jackson à Rome. Le cardinal s'était donc flatté que la violente irritation de Napoléon s'apaiserait un peu d'ellemême, et que toute chance de réconciliation ne serait pas encore perdue, si, donnant une entière satisfaction au plus sérieux de ses griefs, il obtenait, en temps opportun et à l'amiable, l'éloignement volontaire de l'envoyé britannique.
Les moments étaient précieux, et déjà il n'y avait plus de temps à perdre, car l'orage était imminent. Dans la seconde quinzaine de février 1806, c'est-à-dire à une époque oii les dernières lettres de l'empereur au saintpère et au cardinal Fesch n'étaient pas encore arrivées à destination, avant donc que les menaçantes sommations qu'elles contenaient eussent été l'objet d'aucune discus-
1. Dépèohes do M. Jackson des mois de janvier ei février 180G.
sion officielle entre la secrétairerie d'Étit et l'ambassade française. Consalvi fit prier M. Jackson de vouloir bien passer chez lui. L'accueil du cardinal secrétaire d'État, toujours si aimable avec tout le monde, mais surtout avec les étrangers, fut particulièrement empressé et gracieux. En cette occasion plus encore qu'à l'ordinaire, il parut se complaire à témoigner à son interlocuteur, par les attentions les plus délicates et par les compliments les plus flatteurs, le cas qu'il faisait de sa personne. En peu de mots, le cardinal mit M. Jackson au courant des difficultés qui s'étaient élevées entre le Vatican et le gouvernement français. Il assura le diplomate anglais que le saint-père était décidé à résister publiquement à des exigences dont Tinjustice était évidente; là-dessus, la l'ésolution de Pie Vil était formellement arrêtée. A auiin prix, il ne consentirait à épouser les querelles de Napoléon et à rompre ses relations avec des puissances amies par la seule raison qu'elles étaient en guerre avec le chef de l' empire français.
Du même ton et avec la même ouverture, Consalvi ne Gicha point à M. Jackson que sa personne se trouvait incidemment mêlée à ce grave débat. Le gouvernement français réclamait son éloignement, et, la veille même, le cardinal Fesch lui avait déclaré que l'envoyé britannique (levait quitter Kome, ou qu'il serait obligé do présenter
i 10 L'ÉGLISE ROMAINE ET LE PREMIER EMPIRE
h ce sujet une note officielle*. Le secrétaire d'État de Sa Sainteté n'alla pas plus loin, et se garda bien de rien insinuer à son interlocuteur sur le parti qu'il avait à prendre. M. Jackson avait toutefois compris. Sans hasarder aucune représentation, sans laisser percer aucun signe d'irritation ou de mauvaise humeur, il se hâta d'assurer Consalvi qu'il était bien loin de vouloir compromettre en rien la sûreté du gouvernement papal. Il demandait seulement le temps nécessaire pour faire ses préparatifs de départ, et pour recevoir en temps utile, avant de se mettre en roule, des passe-ports réguliers. Le cardinal secrétaire d'État et l'agent britannique se séparèrent satisfaits l'un de l'autre, en se promettant de se revoir bientôt ^.
A celte seconde entrevue, Gonsalvl aborda M. Jackson avec les marques d'une véritable douleur. Il lui apprit que l'affaire prenait une tournure de plus en plus désagréable. Le cardinal Fesch s'était absolument refusé à accepter les délais demandés. Il venait, disait-il, de recevoir une dépêche signée de la propre main de l'empereur qui lui ordonnait de requérir l'arrestation immédiate de M. Jackson, s'il était encore à Rome, et lui prescrivait,
1. M' Jackson to M' Fox, secretary of llie Foreign-Office, Triesle, 16 mars 1806.