‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 26 sur 83 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

en cas de refus de la pari du gouverDement pontifical et sous sa propre responsabilité, de faire procéder lui-raême à cette arrestation par un corps de troupes françaises. L'oncle de Napoléon avait semblé très-ému d'une pareille commission, mais plus effrayé encore à l'idée de ne l'exécuter point. Il n'entrevoyait d'autre manière d'arranger les choses que de supposer M, Jackson déjà parti, mais il fallait qu'il se hàlât ; il avait ajouté qu'en tout cas il serait nécessaire dantidater ses passe-ports.

M. Jackson n'éleva point d'ol)j celions. Après avoir remarqué combien les e^dgences de l'empereur étaient contraires à tous les principes du droit des gens, ce que le secrétaire d'État n'avait nulle envie de contester, il oflVit derechef de partir, cette fois en secret et dans le plus bref délai possible. Il était difficile de se montrer plus accommodant. Consalvi fui profondément touché d'un si obligeant procédé; quelques jours plus lard, il se rendit à son tour chez M. Jackson pour l'en remercier. Dans l'intervalle, les lettres de l'empereur et les dépêches comminatoires que son ambassadeur avait été chargé de présenter en son nom étaient parvenues au Vatican. Le cardinal ne manqua point, pendant le cours de la conversation, d'en fciire part à l'envoyé britannique. Le ton impérieux affecté par Napoléon et les menaces dont ces dépêches étaient remplies n'avaient rien changé, dit-il, aux déterminations

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du saint-père. Après avoir donné lecture à M. Jackson des lettres de l'empereur des Français, Gonsalvi lui expliqua de nouveau comment le gouvernement pontifical, en évitant toute apparence de raideur et toute récrimination inutile, ne cesserait point d'opposer aux demandes impériales une iouce mais inébranlable résistance.

Le cardinal ne se dissimulait pas, d'ailleurs, que les refus de Sa Sainteté et les raisons qu'il en donnerait, si fondées qu'elles fussent en droit, seraient très-mal accueillies à Paris, et, pour son compte, il était persuadé qu'une rupture définitive avec l'empereur des Français élait inévitable; suivant lui, elle ne tarderait même pas à éclater *. Tel

1. Ce n'est pas seulement dans les Mémoires dictés à Sainte-Hélène que Napoléon a cherché à égarer l'opinion publique sur la nature de ses différends avec Pie VII et le Vatican. Les pièces officielles publiées sous le premier empire sont remplies à cet égard d'inexactitudes monstrueuses et d'imputations vraiment inqualifiables, que notre devoir d'historien nous obligera de relever au fur et à mesure que le moment en sera venu. Parmi ces documents, il y en a deux plus considérables que tous les autres, l'un adressé au Sénat en 1810, l'autre au concile national en 1811, qui contiennent le résumé des griefs que l'empereur disait avoir à faire valoir contre le saint-siége. Dans l'exposé qui précède le sénalus-consulte par lequel les États romains étaient réunis à l'empire, exposé qu'il avait fait faire par son ministre des relations extérieures et qu'il avait retouclié lui-même. Napoléon, énumérant les toris de la cour do Rome à son égard, n'oublie pas de mettre en première ligne ce qui s'était passé en février 1805 à propos de l'envoyé anglais, M. Jackson, et voici comment il relate l'incident dont nous venons de rendre compte d'après les pièces originales de celle époque: « .... Soit

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était aussi lavis de M. Jackson. Une audience de congé fut accordée par le s:ùnt-père à l'envoyé britannique. Tranquille, bienveillant et digne, coiirae l'avait été Consalvi. Pie Vil se montra dans sa conversation animé exactement des mêmes dispositions que son ministre. Aucune illusion ne lui semblait plus possible. Le refus qu'il croyait de son devoir d'opposer aux exigences françaises et la ligne de conduite qu'il se proposait de suivre ne pouvaient manquer d'attirer prochainement de grandes calamités sur l'Église romaine; il les prévoyait, et d'avance il les acceptait. Presque au sortir de cette audienw, M. Jackson se rendait déguisé sur les côtes de l'Adriatique. Ancône étant occupée par nos troupes, il avait di'i se diriger un peu plus au midi. Il lui était ainsi arrivé de faire route plus d'une fois avec des corps détachés de l'armée française qui, s'ils l'avaient reconnu, l'auraient sans doute re-

avcaglement, soil obstination,... la cour de Rome alla plus loin encore. Un ministre anglais, la honte de son pays, avait trouvé un asile à Rome. Là, il ourdissait des complots, salariait des brigands, tramait des perfidies, payait des assassinats, et Rome protégeait le traître et »e$ agents, et Rome laissai', empdisoimer son cabinet de son souffle corrupteur, et Rome trahissait, en les altérant, les secrets de la correspondance de son auguste allié, et Rome éiait devenue un théâtre de diffamation, an atelier de libelles et un asile do brigandage. » 'Expose des motifs du sùnatus-consulte sur la réunion des Étals romains à l'empire, 17 février 1810, imprimé dans la Currespondance de Xapoléon 1»^, p. 162-163, t. XXVI p. 242.)

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