‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 36 sur 83 · II. n · texte numérisé non relu

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fidèles. Cette qualité constitue la différence qui existe entre lui et les autres princes séculiers, et les devoirs qui en dérivent le privent de la faculté de suivre les princii)es d'après lesquels ces princes sont maîtres de régler leur conduite politique. »

Après avoir soutenu cette thèse par les mômes raisons que Pie VII avait déjà fait personnellement valoir, après avoir rappelé combien, dans toutes les circonstances où sa conscience religieuse ne le lui avait pas formellement interdit, le souverain pontife avait été empressé à complaire à l'empereur des Français, la note remise par le cardinal Caprara abordait l'hypothèse oii, pour le punir d'une conduite uniquement conseillée par l'intérêt de la religion, l'empereur, ainsi qu'en menaçait la lettre de son ministre des relations extérieures, se déciderait à violer les droits temporels du saint-siége. L'auteur de la note s'efforçait d'établir que la spoliation du temporel des papes ne pouvait, quoi qu'en (îfit dit M. deïalleyrand, être regardée comme étrangère aux intérêts du catholicisme.

« Il faut réllécliir, ajoutait-il, au tort incalculable qui en rejaillirait sur cette religion elle-même, si, en privant son chef de sa souveraineté temporelle, on la privait ainsi des avantages que cette souveraineté procure au saintpère, h sa libre iniluence, h sa communication nécessaire avec toutes les nations et tous les individus qui professent

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la religion du Christ. Quand pour comble d'adversité le saint-père verrait se réaliser les menaces dont on veut l'elTrayer, lié par ses serments et par l'intérêt de la religion, il ne pourrait jamais renoncer aux. droits du saintsiége. Il espère toutefois dans le secours du Seigneur et dans la droiture éclairée de Sa Majesté pour n'être pas réduit à cette triste extrémité: mais, si par les desseins impénétrables de Dieu il arrivait que la même main qui a relevé en France les autels et rétabli le libre exercice du culte s'appesantit sur son chef, le saint-père saurait le souffrir en punition de ses péchés. Il aimera mieux suc-, coraber victime de ses devoirs avec le sentiment de son innocence que de se soustraire h la tempête en trahissant ses obligations et la voix de sa conscience. Sa constance et la cause de son sacrifice lui mériteront la miséricorde divine, qui ne s'étendra pas moins sur lui que sur ses sujets. Le monde entier et la postérité sauront que le vicaire de Jésus-Christ ue s'est pas rendu indigne de son caractère sacré. Dans s^ malheurs, il trouvera au moins quelque consolation à penser avec l'univers entier que toute sa conduite vis-à-vis de la France n'avait pas mérité UQ pareil traitement. »

Suivant un usage de la cour de Rome qui n'excédait pas son droit, mais qui dans cette occasion manquait peut-être d'opportunité, la note pontificale ne laissait point

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passer celte occasion d'énumérer avec une modération tranquille, mais avec une insistante persévérance, les r(v clamations et les griefs qu'elle croyait avoir elle-même à faire valoir contre le gouvernement français. Elle rappelait les articles organiques publiés subrepticement avec le concordat français, et comme s'ils en faisaient partie ; les décrets du vice-président Melzi abrogeant de leur autorité propre les clauses convenues en commun du concordai italien ; elle se plaignait de la publication du code Napoléon en Italie et des mesures prises dans les provinces de ce pays pour détruire la plupart des anciens éiablissemenls ecclésiastiques. Le ton général de cette dépèche, évidemment libellée par le cardinal Consalvi, était d'ailleurs grave et mesuré. Dans des termes réfléchis et pesés, elle oppos;ul aux exigences péremptoires du gouverne nent français les principes dont le Vatican entendait de son côté ne se point départir, et que depuis, en effet, il n'a jamais abandonnés. Par ce document officiel, comme par la note de M. de Talleyrand, qu'elle s'appliquait h réfuter, la nature des différends qui séparaient les deux gouvernements était nettement accusée. De part et d'autre, les arguments ne varièrent plus beaucoup; mais des incidents fâcheux ne tardèrent pas a surgir, qui étaient destinés ii aigrir considérablement la vivacité de la controverse engagée entre les deux chancelleries.

Le cardinal Fesch, demeuré à peu près inactif à Rome et toujours désireux d'accroître les embarras de Consalvi, employait les loisirs qui lui étaient faits à remplir sa correspondance de continuelles dénonciations contre les actes du ministre qu'il voulait à tout prix faire tomber du pouvoir. II ne regardait pas ^ représenter sous les plus noires couleurs les plus simples mesures prises par la secrétairerie d'État. Afin de subvenir à la détresse croissante du trésor, le gouvernement pontifical avait, par un récent décret, mis à la charge des Romains un impôt provisoire destiné à solder diverses dépenses extraordinaires, parmi lesquelles étaient comprises celles qu'occasionnait le passage continuel des troupes impériales à travers le territoire du saint-siége. Là-dessus, le cardinal Fesch n'avait pas craint d'écrire h Paris « que ce nouvel impôt avait été consacré à payer la nourriture des soldats français, et qu'on s'efforçait d'en rendre la levée aussi vexatoire que possible, afin d'en faire rejaillir d'autant plus de haine contre la France. » Dans une autre dépèche, l'oncle de l'empereur dénonçait peu de Jours après le prétendu rassemblement à Rome d'un grand nombre de chefs de bandes, rassemblement qui ne pouvait sans doute avoir lieu sans l'aveu du gouvernement, et qui révélait de sa part les plus sinistres projets formés contre la sûreté des soldats français qui allaient rejoindre isolément leur corps.

Ces faits, qui attirèrent aussitôt à la cour de Borne deux notes très-vives du ministre des relations extérieures, n'avaient jamais existé que dans l'imagination du cardinal Fcsch. Il ne fut pas difficile à Gonsalvi de les faire officiellement démentir par le légat à Paris. Au sujet de l'impôt extraordinaire, il lui avait suffi d'envoyer un exemplaire du décret incriminé. Bien loin d'avoir voulu, par ce dfîcrct, exciter les sujets du pape contre les Français, le ministre du saint-siége avait poussé la précaution jusqu'à insérer dans son préambule des expressions honorables l't gracieuses pour le gouvernement de l'empereur. Parmi les motifs qui obligeaient le saint-père à demander à ses peuples ce subside momentané, il avait eu soin de mettre en première ligne ceux qui avaient nécessité l'établissement d'un cordon sanitaire du côté de Livourne, les dégîlts causés par les débordements du Tibre et d'autres frais extraordinaires ; ce n'était qu'après avoir cité toutes ces causes de dépenses que le préambule du décret parlait enfin des frais qu'avait entraînés le passage des troupes rançaises. Il y était dit avec la plus grande précision qu'il ne s'agissait en cette occasion que d'un prêt dont le remboursement était assuré, la France ayant promis de restituer les dépenses faites pour son armée.

Le cardinal Consalvi n'avait pas plus de peine h établir, par les termes mômes du décret, que cette imposition ou

plutôt ce prêt avait été prélevé, non pas .-iur toutes les classes de la population^ mais seulement sur la classe aisée des propriétaires de terre * ; il se trouvait enfin que c'était le général Lemarrois, commandant d'Aucône, qui, le premier, avait mis en avant l'idée de recourir à cet impôt. Ainsi tombaient à terre les premières allégations du ttiixlinal Fesch, car tout était irrécusable dans les détails fournis {)ar le cardinal Consalvi au légat, tandis qne rien n'était au contraire moins fondé que les affirmations par lesquelles l'empereur soutenait ne plus devoir un seul écu au trésor pontifical. A Rome, la légation franç;ùse était de meilleure foi, et ne pouvait s'empêcher de reconnaître que le saint-père était en avance d'une somme de 1,500,000 piastres environ, somme bien lourde alors pouises finances^.

Relativement à l'accusation de soutfrii' à Rome des ras-

t. Note du cardinal Caprara à M. de Talleyrand, ministre de-> ri'Iations exiérieures (derniers jonrs d'arril on premiers jours de mai 1806\

i. a Le canlinal Consalvi m'a dit que les dépenses occasionnées par nos troupes s'élèvent déjà à 1,000,000 <le piastres, somme qui s'accroissait chaque jour de 4 ou 5.000 piastres pour l'entretien de la garnison d'Ancône, etc. Je répondis qne je croyais qne la France avait remboursé les avances faites, ou donné du moins des à-rompte. Le secrétaire d'État me protesta qu'on n'avait absolument rien donné, et je ne peux pas dissimuler que cette assertion m'a été conGrmée par le canlinal Fesch. » (Dépêche de M. Alqnier, 17 mai 1806.)

semblemenls de bnndes qui, de connivence avec le gouvernement, se proposeraient d'assassiner les soldats français isolés, le cardinal Consalvi ne la pouvait repousser sans une certaine émotion indignée.

« L'empereur, s'écriait-il, a été trompé par de faux rapports... A l'assertion que les chefs de bandes et les hommes qui se sont fait connaître par des actes de violence ou môme des assassinats, non-seulement vivent à Rome dans l'impunité, mais y sont ouvertement protégés, le saint-père répond, avec cette fermeté qui résulte de l'évidence des faits qui sont sous ses yeux, que cette calomnie est la plus odieuse de toutes celles par lesquelles on a essayé de surprendre la religion de Sa Majesté, et de l'indisposer contre le gouvernement pontifical. Pas un seul des individus dont on veut parler n'est à Rome. Il défie les auteurs de ces imputations, aussi vagues que méchantes, d'en faire connaître un seul. On les a déjà infructueusement sommés de faire connaître un de ces prétendus chefs. Ils ne l'ont pas pu, ils ne le pourront jamais, le saint-père en est sûr, parce que les individus désignés se gardent bien de venir à Rome, oii ils ne seraient pas longtemps sans être reconnus'. »

i. Noie ihi cardinal Caprara en réponso à la noie ili* M. de Talleyrand en date du 30 avril 1806.

Le fiscal de Rome, appelé Barberi, personnage obscur qui vivait dans l'intimité de Consalvi, avait été particulièrement désigné par le cardinal Fesch comme étant le protecteur avéré des brigands ; ce rôle paraissait lui revenir d'autant plus naturellement, suivant le dire de l'ombrageux ministre de France, que cet homme avait été autrefois, assurait-il, l'un des auteurs du meurtre de Duphot. Il y avait là une étrange confusion de noms qu'avait amenée la légèreté de Fesch . Le ministre du pape avait eu d'abord quelque peine à la démêler. « Mon Dieu ! écrivait-il plus tard au cardinal Caprara, combien ce pauvre Barberi va être étonné ! Il mourra certainement de peur, s'il apprend que l'ambassadeur de France l'a seulement soupçonné d'avoir eu part à l'affaire de Duphot ! »

Sans être bien graves en elles-mêmes, et quoique victorieusement réfutées par Consalvi, ces injustes accusations ne laissaient pas que de rendre plus aigres les rapports, entre les deux cours. L'empereur, en effet, se souciait assez peu des réponses faites aux notes de M. de Talleyrand. Il tenait à conserver tous ses griefs fondés ou non contre le Vatican, et les assurances, quelles qu'elles fussent, d'un ministre qu'il avait résolu de renverser n'avaient plus le don de le convaincre. Un nouveau sujet de discorde ne tarda point d'ailleurs à éclater ; celui-là prenait son origine dans les affaires du royaume de Naples,

qui désormais allaient ajouter leurs dinicultés propres à celles déjà si considérables de la discussion pendante enire Paris et Rome.

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