Noie du cardinal Consalvi à M. Alquier, 11 juin
3. Note remise par les nonces du pape près tes différentes cours, même date.
il avait fait preuve et sa patiente douceur envers l'empereur des Français avaient injustement accrédité en plus d'un lieu l'opinion qu'au fond il était d'accord avec son prétendu oppresseur, et que sa résistance apparente était un jeu joué et convenu d'avance entre eux.
Une dernière surprise plus pénible encore attendait Pie Vil et Consahi. Elle leur fut donnée par la lecture d'un décret inséré au Moniteur et qui annonçait que l'empereur avait disposé des districts de Bénévent et de Ponto- Corvo en faveur de M. de Talleyrand et du maréchal Bernadotte. Une autre mesure avait précédé ces témoignages de la colère impériale. Le cardinal Fesch avait été brusquement rappelé de Rome, et un laïque, M. Alquier, ancien représentant de la république française à jNaples, était provisoiremeni appelé à le remplacer. 11 n'était point malaisé de comprendre ce que signifiaient toutes ces décisions prises ab irato par Napoléon, et signiûées coup sur coup au saint-père. Pie Vil ne s'y laissa pas tromper un seul instant ; il sut aussitôt à quoi s'en tenir, n'accordant qu'une assez médiocre confiance aux notes venues de Paris, notes rédigées par M. de Talleyrand, soutenues des assurances du cardinal Caprara, et qui, sans doute afin de prolonger des illusions rendues désormais impossibles, s'efforçaient d'attribuer à ces actes de la volonté impériale des motifs qu'en vérité ils ne comportaient guère. C'est
180 L'ÉGLISIi UOMAINE El Lli PREMIER EMPIRE
ainsi que, nolKiant au saint-père le rappel du cardinal Fesch à Paris, Napoléon représentait sa présence comme devenue nécessaire dans son diocèse de France K S'il avait mis la main sur Bénévent et Ponte-Corvo, c'était dans l'intérôt du pape, assurait le ministre des relations extérieures, « Sa Majesté ayant. souvent observé que ces deux pays, enclavés dans le royaume de Naples, étaient un sujet habituel de difficultés entre cette cour et le saint-siége '^. » Voilà quelles étaient les raisons officiellement produites. Les véritables intentions, qu'elles déguisaient assez mal, ne seront de notre part l'objet d'aucune vaine hypothèse. Elles sont, à cette même époque, très-clairement déduites dans la correspondance de Napoléon. « Je vous ai rappelé de Rome, écrit-il au cardinal Fesch le 6 mai, parce qu'il n'est plus de ma dignité que vous restiez dans une cour aussi mal conduite et qui prend tellement à tâche de me contrarier, que je serai tôt ou tard obligé de la punir 3. » Au roi de Naples, il mande le 5 juin : « La conduite de Rome est marquée au coin de la folie. J'ai voulu lui faire sentir par un premier coup (la prise de possession de Bénévent et de Ponto-Corvo) ce qu'elle avait à crain-
1. Lettre de l'empereur au pape, 18 avril 1806. (Celle lettre n'a pas été insérée dans la Correspondance de Napoléon 1er.)
ii. Note de M. Alquier au cardinal Consahi, 17 juin 180{».
3. Lettre de l'ompereur au cardinal Fescli, 16 mai 1806. — Correspondance de Napoléon Ie^ t. XIL p. 37.'i.
RETRAITE DU CARDINAL CONSALVl ISl
dre de moi '. » Quant aux menaces contre Gonsalvi, elles redoublaient de violence. « Voyez le pape et dites-lui, mande l'empereur à son oncle, dites-lui bien que la note du cardinal Gousalvi m'a fortement indisposé ; que cet homme, par bêtise ou par trahison, veut perdre les États temporels du saint-siége, et qu'il y réussira -. » Plus tard, c'est à M. de Talleyrand qu'il ordonne de faire entendre par M. Alquier au cardinal Cunsalvi « qu'aucune de ses démarches n'échappe à l'empereur, et qu'il les suit de l'œil. A la première chose qu'il fera, il en répondra sur sa tête, et je le ferai arrêter au milieu de Rome ^. » On le voit, l'emportement de l'empereur était monté à sim comble. Cet emportement lui faisait-il au moins illusion sur la perfidie et la violence des moyens qu'il mettait en usage pour donner satisfoction à sa passion? Ce serait pour lui une sorte d'excuse; cette excuse, l'empereur n'en veut point. Il a tout fait de sang-froid et de propos délibéré. De lui-même, il qualifie sa conduite par une épithète que la modération de nos jugements sur sa personne nous aurait empêché d'employer, si elle ne sortait de sa propre bouche. Dans la lettre adressée à son oncle.
i. Lettre (le l'empereur an roi de Naples, 5 juin1805.t, XII, p.432.