‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 51 sur 83 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Apparition inattendue d'un catéchisme pour les enfants, précédé d'une approbation donnée par le cardinal-légat. — Comment et par qui avait été rédigé le nouveau catéchisme. — Chapitre relatif aux devoirs des sujets à l'égard des souverains, et particulièrement des Français envers Napoléon. — Le cardinal Caprara avait eu ordre du pape de ne point se prêter à l'établissement d'un catéchisme uniforme pour tous les diocèses de l'empire français. — Il passe outre. — Mécontentement a Rome. Cependant, le saint-siége ne proteste point. — Surprise et scandale en l'Yance à propos du chapitre sur le quatrième commandement. Les évêques n'osent point réclamer. — On met en avant le cardinal Fesch, qui se plaint uniquement de ce que l'empereur a fait disparaître du nouveau catéchisme la formule hors de l'Égthc point de salut. — L'empereur la fait rétablir. — Le catéchisme paraît enfin avec cette addition.

L'article 39 de la loi du i 8 germinal an x (cette loi n'est autre que la réunion des ai'ticles organiques, précédés du texte du concordat) avait stipulé, dans le paragraphe !•"■ du titre IIÏ relatif au culte, qu'il n'y aurait plus qu'une liturgie et un catéchisme pour toutes les Églises de France. Quoique publiés le même jour dans la même forme et confondus à dessein avec les articles du concordat, les articles organiques n'avaient été l'objet, on

s'en souvient, d'aucun arrangement particulier, m même il'aucune discussion préalable entre le saint-siége et le : ouvernement français. Peut-être nos lecteurs n'ont-ils |ias tout à fait oublié comment, par l'habile rédaction de quelques-uns de ces articles, le premier consul avait su reprendre en réalité et dans la pratique ce qu'en principe, AU nom des doctrines immuables et des traditions séculaires de l'Église romaine, la fermeté de Consalvi avait refusé de lui concéder par rapport à l'exercice extérieur du culte. L'espoir de faire reviser par l'empereur la plupart des articles organiques avait été, nous l'avons dit, l'un des motifs qui avaient le plus influé sur la résolution prise par le saint-père de venir sacrer l'empereur à Paris; mais cette prif^re avait été éludée comme toutes les autres, et IMe VII était reparti sans avoir obtenu à cet égard la moindre satisfaction. Il ne paraît pas d'ailleurs que ce projet de Napoléon d'établir à la fois l'unité dans la liturgie et dans Ye catéchisme ait, pendant le séjour du pape en France, suscité de la part de Sa Sainteté aucune sérieuse objection. L'unité en toutes choses a toujours plu infiniment à la cour de Rome. Elle n'a pas cessé d'y pousser autant qu'il a dépendu d'elle. A la veille et au lendemain du couronnement, Pie VII, encore placé sous le ( harme de ses premières illusions, avait mille raisons de se flatter que, sur ces affaires de la liturgie et du calé-

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chisme se rattachant de si près au dogme, il serait la première personne consnltée par lo prince qui attachait en ce moment tant de prix à faire consacrer son pouvoir par les propres mains du vicaire de Jésus-Christ. Comment n'aurait-il pas supposé des dispositions pleines de déférence et de soumission à celui qui revendiquait alors comme le plus beau des privilèges l'honneur de porler, ainsi que l'avaient fait ses prédécesseurs, le titre de « fils aîné de l'Église? « Sur ce chapitre comme sur bien d'autres, l'Église romaine ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle était loin de compte, et qu'elle avait adopté un fils très-entreprenant et des moins dociles envers sa mère.

Ce fut le lundi 5 mai 1806 que le Journal de l'Empire, révéla tout à coup l'existence d'un décret impérial, daté du 4 avril, approuvé par Son Éminence le cardinal- légat et annonçant la publication prochaine d'un catéchisme qui devait désormais être seul en usage dans toutes les Églises de l'Empire français. Ce catéchisme, décrété le 4 avril, annoncé le 5 mai, ne fut cependant mis en circulation que dans la première quinzaine d'août 1806. Les difficultés de l'impression, dont la surveillance était spécialement con- (iée au ministre des cultes, chargé de prendre h cet etfef toutes les précautions qu'il jugerait nécessaires, ne furent pas les seules causes de ce retard. La confection du catéchisme lui-même avait donné lieu h beaucoup de tiraille-

ments. L'empereur, désirant vivement que la rédaction de ce travail ne soulevât aucune objection à Rome, en avait d'abord chargé un tiiéologicn italien faisant partie de la légation du cardiiial-légat.Cet ecclésiastique étranger, qui n'était guère au courant de nos mœurs et de nos habitudes, a peine de notre langue, s'acquitta fort maladroitement de sa tache. Son ouvrage n'était pas acceptable; grand fut l'embarras de l'empereur. Ce fut l'abbé Éraery qui l'en tira. Des personnes auxquelles le ministre des cultes, M. Portails, l'avait communiqué, ayant critiqué sévèrement devant l'abbé Émery le manuscrit du théologien italien et raconté comment le chef de l'État en était luimême très-peu satisfait : « Si j'étais à sa place, dit le supérieur général de la congrégation de Saint-Sulpice, je prendrais purement et simplement le catéchisme de Bossuet.On déchnerait par là une immense responsabilité». » Cet-te idée frappa Napoléon. Bossuet, ainsi que nous I avons déjà dit, était alors en grande faveur auprès de lui, à c;iuse surtout de l'appui qu'il avait jadis prêté à Louis XIV dans ses différends avec le pape Innocent XL M. Portails reçut donc ordre de faire rédiger le catéchisme nouveau sous ses yeux, d'accord bien entendu avec 1'' cardind Caprara, mais par une commission composée

1. Hi.'itoire lit' Mgr d'Aiinu Du Bois de Sanzay, par W. l'abbé L\oiinel; Paris, 1847.

exclusivement d'ecclésiastiques français. Ces messieurs eurent pour instructions de reproduire autant que possible le texte primitif du à l'ancien évêque de Meaux, car la teneur du catéchisme de ce diocèse avait été, depuis la mort de ce glorieux prélat, légèrement modifiée, en ce qui regardait du moins l'article relatif à l'Église, par l'un de ses. successeurs, le cardinal de Bissy. La commission au sein de laquelle M. Portails fit entrer son neveu, l'abbé d'Astros, dont le nom reviendra dans le cours de ce récit, suivit exactement les instructions de Napoléon. Ses travaux préliminaires étaient à peu près terminés vers les derniers mois de l'année 1803 ; mais, à cette époque, un peu d'incertitude régnait dans les projets du chef de l'État. 11 venait d'être nommé consul à vie. Cette position intérimaire était loin de lui convenir; il méditait de se faire bientôt nommer empereur. Rien ne lui parut donc plus naturel et plus opportun que de différer la publication du catéchisme jusqu'au moment oii, définitivement monté sur le trône, il saurait au juste à quel titre il devait réclamer l'obéissance des Français. 11 n'y a pas lieu de se le dissimuler, en effet, le catéchisme en question n'avait de valeur aux yeux de celui qui en avait prescrit, puis suspendu l'achèvement, qu'en raison du parti qu'il espérait en tirer pour faire religieusement et dogmatiquement consacrer son autorité souveraine sur les prêtres qui

allaient enseigner et sur les jeunes générations qui allaient désormais apprendre ce nouveau formulaire.

A ce sujet, nul doute n'est permis. Dans le rapport destiné à la publicité qui parut en même temps que le catéchisme, M. Portails ne manqua point de parler avec son autorité accoutumée de l'inconvénient résultant en matière de foi de la multiplicité des catéchismes qui, en France, variiùent fréquemment d'un diocèse à l'autre. Il prit soin de constater, ce qui était exact, que l'ancien catéchisme de Bossuet avait principalement dirigé le travail des nouveaux, rédacteurs. Il ajoutait, ce qui cessait d'être aussi vrai, que l'ouvrage de ceux-ci n'était, à proprement parler, qu'un second exemplaire de l'ouvrage de Bossuet. Il plaçait enfin avec confiance le nouveau catéchisme sous la protection du nom « de ce prélat fameux dont la science, les talents et le génie ont, disait-il en terminant, servi l'Église et honoré la nation, et ne seffaceront jamais de la mémoire des Français. La justice que tous les évêques de la chrétienté ont rendue à la doctrine de ce grand homme nous en garantit sulTisamment l'exactitude et l'autorité'. » Telles étaient les considérations que M. Portails avait l'art de présenter au public dans ce langage noble, coulant, un peu pompeux qui lui était propre. Ce n'était pas la pre-

1. Rapport de M. Portails à l'empereur sur le catéchisme de 1806. Archives impériales à Paris.)

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