‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 61 sur 83 · Dé|iêciie du canJinal Caprara, 3 juillet · texte numérisé non relu

Dé|iêciie du canJinal Caprara, 3 juillet

Les appréhensions du cardinal Caprara étaient parfaitement fondées, et les menaces de l'empereur avaient immédiatement reçu en Italie un commencement d'exécution, I Sur les ordres de M. de Talleyrand, M. Alquier, dans une note adressée directement au saint-père, et qu'il s'était efforcé de rendre aussi respectueuse dans la forme qu'elle était blessante dans le fond, lui avait signifié un véritable ultimatum'. Ce n'est pas tout encore. Des instructions secrètes envoyées aux commandants des troupes françaises qui occupaient Ancône et Civita-Vecchia leur avaient enjoint de mettre la main sur les revenus de l'État romain et d'incorporer les troupes du pape dans l'armée française. Le général Lemarrois, commandant les côtes de l'Adriatique, avait dû sommer les douaniers et les percepteurs des impôts sur le sel et sur les céréales de verser désormais entre ses mains les sommes destinées au trésor pontifical. Ceux qui avaient refusé d'obtempérer à ses ordres avaient été arrêtés. Il avait également fait saisir et déposer dans les caisses de l'armée française tout l'argent qui se trouvait chez les comptables du gouvernement romain. Aux réclamations élevées par les autorités pontificales, le général Lemarrois s'était borné à répondre qu'il agissait

1, Instructions de M. de Talleyrand à M. Alquier, 24 juin ISGG. — Note de 31. Alquier, adressée le 8 juillet 1806 au souverain

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par suite d'ordres directement envoyés par l'empereur, ce qui était vrai, et que c'était à lui qu'il fallait s'adresser*. En général, les officiers supérieurs de l'armée française mettaient dans l'exécution des mesures qui leur étaient prescrites tous les ménagements qui dépendaient d'eux, car ils éprouvaient quelque embarras d'être obligés de prêter main-forte à de pareilles violences contre un gouvernement si faible et avec lequel ils n'étaient point en guerre. « De quel droit agissez-vous ainsi? demandait un employé du trésor pontifical à un commandant des troupes françaises chargé de saisir sa caisse. — Vous servez un petit prince, et, moi, je sers un grand souverain, répondit l'officier, voilà tout mon droit. » Les mêmes choses se passaient avec quelques variantes à Civita-Vecchia. Là, le général Duhesme, qui prenait le titre de commandant des ' ôles de la Médilerrannée, faisait savoir au prélat Negreta, gouverneur de la ville pour le pape, « qu'il eût désormais a lui adresser directement les rapports qu'il avait coutume d'envoyer à la cour de Rome. L'administration de la justice lui était laissée, mais il ne devait plus entrer dans aucun détail de police ou d'administration sans prendre

1. Rapport (le Mgr Pietro Vidoni, délégaé da pape à Adcùiip, "29 juin 1800. — Circulaire du général Lemarrois, aide de camp de 1 empereur, aux fermiers des moutures.— Ordre du même à MM. Ge- : ddi, Masconi, Roberti, 'ii juillet 1806.

avant tout les ordres du commandant français de la place '. » Mgr Negreta ayant, d'après les ordres du saintpère, annoncé l'intention de continuer à exercer dans leur intégrité les fonctions qui relevaient de sa place, le général Duhesme lui montra un ordre dalé de Milan, signé par 1 le prince Eugène Napoléon, qui lui enjoignait, à la première opposition qu'il rencontrerait de la part du gouverneur de Civita-Vecclîia, de déclarer cette ville en état de siège et de renvoyer le représentant du pouvoir pontifical 2. Peu de jours après, Mgr Negreta persistant dans son refus, Civita-Vecchia avait été effectivement mise en état de siège ^ ; en suite de quoi, le représentant du saintpère avait été, malgré sa protestation, enlevé de vive force dans le palais de sa résidence officielle, mis en voiture et reconduit par une escorte de soldats français sur la route de Civita-Vecchia à Rome *.

On le voit. Napoléon avait résolu de ne laisser ni paix ni trêve à Pie VIL II s'y prenait avec lui comme il avait toujours fait avec ses adversaires à la guerre, combinant

1. Ordre du général Duhesme àMgrNegrelta, gouverneur de Civita-Vecchia, 21 juin 1806.

2. Dépèche de Mgr Negretta, gouvernour général de Civita-Veccliia, au cardinal Casoni, 8 août 1806.

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